Quand François Hollande tomba après Nicolas Sarkozy

Hollande et Sarkozy absents de la présidentielle 2017

François Hollande ne sera pas candidat à sa propre succession. Celui qui se voulait être un président « normal » a décidé une sortie politique inédite dans l’histoire de la Ve République puisque tous ses prédécesseurs s’étaient eux engagés dans la course présidentielle pour prolonger leur mandat. Mais Hollande avait-il vraiment le choix ? Jamais un président ne fût aussi impopulaire et ceci si durablement que l’actuel locataire de l’Elysée. Rarement un homme au pouvoir aura vu son propre camps se déchirer à son propos jusqu’à générer des fractures dangereuses pour l’avenir même de son parti. Jamais un Président de la République ne se livra comme lui à la confidence, l’exercice ressemblant fort bien à un suicide politique. Rarement un chef d’Etat n’eût à connaître autant de critiques, de sarcasmes, de railleries même à son encontre, jusqu’à ce que son autorité soit ébranlée et son image totalement écornée, rendant inaudible le moindre de ses messages politiques.

François Hollande ne sera jamais vraiment parvenu à incarner le pouvoir. C’est bien plus sur la forme, sur l’exercice de la fonction présidentielle, qu’il a échoué. C’est l’histoire d’un candidat qui après avoir séduit les français les a perdus une fois devenu président. Après tout, le bilan de François Hollande n’est pas plus mauvais que celui de ses prédécesseurs. On lui doit au moins de ne pas avoir sabordé le système de protection sociale en France malgré des tensions économiques très fortes. Il a également permis aux entreprises de restaurer leurs marges, n’en déplaise à la droite qui ne propose pas mieux. Il a son actif la dernière grande avancée républicaine en France avec la loi sur le mariage pour tous. Il s’attela aussi à redonner à l’école les moyens de ses ambitions, soit la réduction des inégalités pour moins d’endogamie sociale. Il fût aux côtés des forces de l’ordre lorsque la France fût victime d’attaques terroristes inégalées sur son sol.

François Hollande a fait des erreurs politiques. Mais qui n’en fait pas. La plus importante de toutes est certainement de ne pas avoir renégocié le traité budgétaire européen dès son accession à l’Elysée. Très vite le discours du Bourget ne fût plus qu’un souvenir de campagne. François Hollande donna aussi l’impression de renoncer face à la pression de l’Allemagne pour plus d’austérité en Europe. Alors que nombres d’économies européennes étaient déjà exsangues, celles-ci se retrouvèrent à payer un coût budgétaire toujours plus élevé. François Hollande n’a pas su inverser la tendance. Le discrédit s’est emparé de sa fonction puis le désamour des français de sa personne. Un d’Etat incarne un mandat présidentiel et aussi un rapport affectif entre un peuple et celui qui le représente. Cette relation rapidement a été troublée entre François Hollande et les français.

Décider de ne pas être candidat est tout aussi courageux que de s’engager en politique mais plus douloureux lorsque l’on y est contraint. François Hollande une fois de plus sème le trouble dans les esprits. On est à la fois partagé entre le courage qu’inspire sa décision pour le service de l’intérêt  général et une forme d’apitoiement devant un homme qui n’a d’autre choix que de partir. François Hollande rebat également quelques cartes pour les semaines à venir en n’étant pas candidat. Son départ programmé crée un nouvel espace politique qui à n’en pas douter sera très vite investi par Manuel Valls. Qui sait si bientôt nous ne verrons pas s’affronter deux ex-premier ministres respectivement débarrassés de « leur » président et impatients d’être à leur tour au sommet de l’Etat.

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Finances publiques et dette entre expertise et manipulation

Finances publiques et dette au coeur de l'expertise et de la manipulation

A entendre bon nombre de politiques français plutôt classés à droite et bon nombre d’économistes de tradition libérale, la dette publique serait un mal français. Les commentaires sont légion sur une situation française présentée volontiers comme catastrophique concernant les finances publiques. Nous serions près du précipice, au bord même de la faillite selon les propos du récent vainqueur des primaires, François Fillon, quand celui-ci était à Matignon. Les discours alarmistes ne suffisent pas cependant à effacer les contre-vérités qui parfois les fondent pour affirmer des positions bien plus idéologiques que descriptives de la réalité. Concernant la dette, il est possible d’en distinguer deux.

Premièrement, la France est loin d’être le seul pays riche endetté. Certains Etats le sont d’ailleurs dans des proportions plus élevées, comme le Japon dont la dette est deux fois supérieure à la richesse produite annuellement et ceci depuis de nombreuses années. Une dette est en effet supportable si elle est financée. Concernant l’Etat japonais, celui-ci peut compter sur l’épargne des ménages pour emprunter. La France aussi dispose de capacités d’emprunt, notamment auprès des investisseurs institutionnels qui lui prêtent volontiers de l’argent. En outre, comme au Japon, une partie de la dette française est financée par les français eux-mêmes, au travers des contrats d’assurance-vie qui restent l’un des placements privilégiés des épargnants.

Ensuite, dire que la France est en faillite est un non-sens puisque contrairement à une entreprise, un Etat ne peut pas être déclaré comme tel, donc disparaître, même s’il n’est plus en mesure de rembourser ce qu’il doit. Tout pays s’appuie sur un cadre étatique qui perdure et évolue. Tout au plus un Etat fait-il défaut lorsqu’il se trouve dans l’incapacité de régler son dû. Ce n’est pas le cas actuellement de la France. D’ailleurs, il y a bien longtemps que l’Etat français n’a plus fait défaut vis-à-vis de ses créanciers, soit la dernière fois en 1812 après un quart de siècle traversé par une révolution sans précédent et des campagnes napoléoniennes ayant asséché les caisses de l’Etat. C’était là seulement une situation historique suite à des soubresauts politiques d’une ampleur rarement égalée. Même après les deux guerres mondiales du XXe siècle, la France a toujours depuis su faire face à ses échéances…

L’endettement public occupe une place importante dans les débats économiques, politiques, médiatiques. D’un côté on trouvera l’expert qui promet aux générations futures d’être écrasées par le poids d’une dette dont ils ne sont absolument pas responsables. De l’autre, un expert réclamera plus d’endettement pour relancer l’économie, laquelle relance profiterait aux même générations futures. Qui a raison ? Seul un troisième expert nous le dira ! En matière de finances publiques, les expertises se mêlent aux discours politiques jusqu’à devenir inaudibles. On finit par ne plus savoir qui a raison et qui a tort, plus grave qui manipule qui.

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Merci patron !…ou le scandale des rémunérations de certains dirigeants du CAC 40

Salaire des grands patrons

Les actionnaires, à l’instar de députés de la majorité, seraient-ils devenus des frondeurs en manifestant leur désaccord à propos de la rémunération de leurs dirigeants ? Par le passé, les salaires de l’exécutif opérationnel ne sortaient guère des conseils d’administration feutrés. Mais depuis 2014, les entreprises adhérentes au Medef sont tenues de pratiquer le « say on pay », soit de demander aux actionnaires leur avis à propos de la rémunération des dirigeants. Il s’agit là uniquement d’un vote consultatif, les administrateurs restant les seuls décideurs sur ce point. La directive initiée par le syndicat patronal est certes une démarche intéressante en obligeant les grandes sociétés à plus de transparence. Mais compte tenu des niveaux astronomiques, pour ne dire scandaleux, de certaines rémunérations allouées, la transparence ne suffit pas toujours. A l’évidence, le recours à la loi apparaît nécessaire. Dans cet esprit, il serait peut-être temps de changer un point clé de gouvernance des grandes entreprises, à savoir donner aux actionnaires, et non plus aux seuls administrateurs, le soin de décider des salaires à verser au dirigeant.

Même si la loi impose un cumul des mandats, il n’est pas rare de retrouver les mêmes personnes dans différents conseils d’administration des principales sociétés cotées en Bourse, siégeant dans certaines entités, appartenant à l’exécutif dans d’autres. Autrement dit, un administrateur dans telle société peut décider de la rémunération d’un dirigeant, lequel dans une autre entité sera décideur du salaire de l’administrateur en question puisqu’à son tour membre de l’exécutif. Ainsi, des situations de conflit d’intérêt sont toujours possibles si c’est entre-soi que sont fixés les salaires des grands patrons. Le code de gouvernance émis par le Medef va certainement dans le bon sens, pour preuve la rémunération des dirigeants n’est plus seulement une simple formalité entre personnes averties, en étant projetée sous les feux de l’actualité. Mais le droit est nécessaire pour éviter à l’inverse de tomber dans des travers populistes. Il n’est pas anormal qu’un dirigeant est un niveau de rémunération conséquent compte tenu de la responsabilité qui est la sienne sur la marche générale de l’entreprise. Mais encore faut-il que son salaire soit véritablement indexé sur cette responsabilité, ce qui n’est pas toujours le cas. Certaines pratiques sont révoltantes au regard des niveaux de salaire et autres avantages de type « parachute doré » dont les sommes en jeu sont indécentes.

Les actions de performance pensées par Emmanuel Macron et inscrites dans la loi éponyme ont très vite reçu la faveur de certains grands groupes pour remplacer les fameuses stock-options devenues bien moins intéressantes une fois fiscalisées comme du salaire. Cette disposition cependant apparaît comme un nouvel avantage allouable au grand patronat sans guère de contrepartie. Même si y est accolé le terme de performance, ce type d’actions correspond bien plus à une ponction sur le capital existant qu’à une rémunération indexée sur les résultats. Au moins, avec les stock-options, le dirigeant était personnellement concerné par la situation financière de la société puisqu’il tirait sa rémunération en revendant les titres de la société lui appartenant une fois le cours de bourse supérieur au prix d’exercice des options. Les actions de performance sont elles attribuées gratuitement au dirigeant, d’où une plus value latente sans condition. Les actionnaires auront manifestement encore de quoi afficher leur mécontentement dans les années à venir.

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SOS Fantômes contre les banques parallèles

Shadow banking

Le shadow banking qui caractérise le monde des banques dites parallèles, est un sujet particulier du débat économique compte tenu du caractère fantomatique qu’on lui prête volontiers et qui n’exclut pas nombre d’extrapolations proches du fantasme. Il repose pourtant sur des techniques bien réels de financement et suffisamment structurantes pour la constitution d’un circuit financier distinct des banques traditionnelles. En outre, les sommes en jeu n’empruntent rien à l’imaginaire, représentant environ 80 000 milliards de dollars d’actifs financiers. Le shadow banking n’est donc pas un épiphénomène, il s’est fortement développé ces dernières années pour devenir une composante à part entière de la finance mondiale.

Le shadow banking  par nature est difficile à cerner. Il concerne cependant pour l’essentiel les Fonds Communes de Titrisation (FCT). Pour bien comprendre le shadow banking, il est impératif de savoir ce qui le nourrit : la titrisation. Elle est une technique financière permettant à un établissement bancaire de vendre des crédits à une entité créée pour l’occasion, le FCT, laquelle émettra des titres qui seront souscrits par des investisseurs généralement institutionnels, comme les compagnies d’assurance. Les souscriptions versées au FCT lui permettent ainsi de payer les crédits cédés par la banque, cette dernière récupérant donc des liquidités. Autrement dit, l’établissement bancaire octroie le crédit à son client et le FCT en devient finalement le prêteur. L’intérêt de ce montage pour la banque est de lui permettre de produire du crédit tout en disposant très vite des liquidités représentatives de cette production, sans attendre plusieurs années avant que les clients aient remboursé l’argent emprunté. En outre, en cédant ses créances, la banque transfère le risque de crédit vers le FCT et se trouve dès lors moins contrainte en termes d’exigences de fonds propres imposées par les règles en vigueur.

La titrisation était à l’origine une technique parmi d’autres à disposition du secteur bancaire pour l’optimisation des activités. Mais avec l’accroissement des normes prudentielles, elle s’est intensifiée, jusqu’à générer un nouveau modèle de financement de l’économie. La titrisation a dépassé sa condition d’accessoire financier à la gestion d’un stock de prêts, pour devenir une phase à part entière du process de production des crédits. En octroyant un prêt, l’établissement bancaire sait déjà qu’il sera logé dans un fonds dédié pour le recevoir. Les FCT ne sont plus seulement une possibilité de placement de l’épargne et un procédé de mutualisation des risques de crédit pour les établissements bancaires. Ils participent indirectement à la création monétaire des banques, donc impactent plus sensiblement l’économie en constituant un circuit parallèle de financement.

Le shadow banking en soi n’est pas un problème. C’est la façon dont il est traité réglementairement qui pose question. Car en effet, les FCT ne sont pas soumis aux obligations prudentielles des  établissements bancaires bien qu’ils se soient transformés en quasi-banque. Rappelons que les contraintes de fonds propres appliquées aux entreprises bancaires sont avant tout destinées à la protection des épargnants car ce sont leurs dépôts qui servent à financer la production de crédits. Mais si ces derniers se retrouvent comptabilisés au bilan d’une entité appartenant au shadow banking, les épargnants perdent en quelque sorte leur protection. Le risque de crédit produit avec leur épargne échappera, avec la titrisation, à l’obligation pour la banque qui l’a généré de détenir un niveau minimal de fonds propres faisant office d’une certaine garantie en cas de perte.

Eu égard les sommes en jeu et compte tenu que la titrisation entraîne dorénavant plus de dispersion des risques que leur mutualisation, il est urgent que la chaîne réglementaire aille jusqu’au bout de tous les processus de financement de l’économie, en intégrant le shadow banking. Les règles existent aussi pour lever les voiles.

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Croissance et bonheur, croissance ou bonheur, ou la croissance nécessaire mais insuffisante au bien-être

Croissance et bonheur

La croissance économique est comme l’argent, elle ne fait pas le bonheur mais elle y contribue. C’est dans cet esprit qu’il est possible de réfléchir sur le lien entre performance économique et bien-être et ensuite d’en proposer une mesure. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est toujours depuis 1945 l’indicateur phare et sert désormais d’étendard à l’action politique en général. Pourtant, on entend ici et là des voix réclamant sa réforme. Accorder au PIB l’exclusivité du sens économique et en faire le déterminant de la politique revient à penser qu’une population est heureuse parce que son économie croît sensiblement. Affirmer ceci est pourtant aussi absurde que de conditionner le bonheur individuel à un compte en banque. Tout le monde dira dans le cas présent que l’argent ne fait pas le bonheur. Cependant, à l’inverse on doute beaucoup plus que quelqu’un puisse être heureux dans le dénuement matériel. C’est ici qu’on pensera que l’argent contribue tout de même à vivre mieux. S’il faut trouver une corrélation entre argent et bonheur, donc entre économie et bien-être collectif, l’exercice semble moins difficile si l’on place la pauvreté en son centre. Que le rapport entre croissance et bien-être soit démontrable dans le cas de l’indigence mais le soit moins dès lors qu’il est question de richesse induit la conclusion suivante : la croissance économique est nécessaire au bonheur sans qu’elle y pourvoit suffisamment. Il faut plus que du développement et de la performance économiques pour que nous soyons heureux. Ce surplus est exclu de la sphère économique. Il serait alors infructueux que de tenter de le mesurer dans une approche exclusivement macroéconomique. Par contre, dire que la croissance est nécessaire au bonheur nécessite de dépasser le seul calcul de la production annuelle et de la valeur ajoutée qui en résulte.

Penser le rapport entre économie et bonheur revient finalement à s’interroger beaucoup plus sur la façon dont est réalisée la croissance économique qu’à se préoccuper uniquement de son évolution. Car en effet, tous les développements économiques ne se valent pas, et cela même si les taux de croissance seraient identiques entre deux économies. A ce titre, intéressons-nous aux inégalités. Il n’est pas incohérent de penser que plus de production ne réduit pas forcément les inégalités. La croissance économique peut être exclusive, et d’ailleurs tirée sa dynamique des inégalités entre catégories sociales. Il n’est pas question ici de refaire la lutte des classes, de verser dans un manichéisme absolu de type marxiste. Mais de dire que la croissance, en plus de n’offrir aucune garantie au bonheur, peut volontairement contribuer au désespoir. Le PIB dans ce cas ne dit absolument rien d’une société de plus en plus malade de sa richesse. Et si, à contrario la croissance est de bonne qualité en diminuant les inégalités dans le respect de l’individu, le PIB n’en dira pas plus. Que l’économie soit profitable à tous ou seulement à quelques-uns, son visage avec le PIB reste identique. Le taux de croissance économique est sans nuance.

Apprécier la corrélation entre économie et bien-être n’a pas de sens s’il s’agit de mesurer le bonheur individuel. Chacun a sa définition du bonheur, c’est une histoire personnelle, presqu’intime. Il serait absurde, voire même dangereux, que de vouloir s’assurer de façon macroéconomique que tout le monde est heureux. Par contre, chacun a droit à sa part au bien-être collectif. L’enjeu de la croissance économique porterait moins sur le bonheur que sur la justice sociale. Seulement cette dernière reste encore trop souvent secondaire dans la mesure macroéconomique. Bien-sûr, on ne tait pas les inégalités. Mais on les traitre différemment selon l’importance qu’on leur donne, et aujourd’hui tout indique avec la prédominance du PIB qu’elles sont au second plan. Certes, un indicateur économique ne solutionne rien. Mais il est tout de même un début pour que les choses changent.

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Quand Hollande et Valls s’affrontent au sommet de l’Etat

Hollande contre Valls au sommet de l'exécutif

Les jeux ne sont pas encore faits et rien ne va presque déjà plus au sommet de l’Etat. Dans un entretien auprès d’un quotidien national, le premier ministre s’affirme un peu plus mais toujours sans le dire comme un probable candidat à la primaire socialiste. Dans le même temps, François Hollande devrait prochainement annoncer si lui aussi s’engage dans la bataille élyséenne à venir en se soumettant tout d’abord au vote des militants et sympathisants de gauche. Fait inédit donc dans l’histoire de la Ve République où un président et un premier ministre en exercice et du même bord politique seraient engagés demain dans la même course présidentielle. La gauche était déjà divisée, il ne manquerait plus qu’à son débit s’ajoute une crise institutionnelle. Car en effet, comment imaginer qu’un pays, qui plus est sous état d’urgence, puisse être gouverné sereinement si les deux fonctions clés de l’exécutif s’opposent pour conserver le pouvoir…

La Ve République est un régime présidentiel. Pensé par le Général de Gaulle, le suffrage universel direct devait donner au président élu l’aura suffisante et la légitimité incontestable pour conduire la politique du pays. Assisté d’un gouvernement avec à sa tête un premier ministre, s’appuyant sur un Parlement votant les lois, le Président de la République est ainsi constitutionnellement le premier représentant de l’Etat dont l’autorité est garantie par les institutions. Mais le cadre institutionnel est une chose, l’exercice du pouvoir en est une autre. Même si elle est présidentielle, la Ve République s’est caractérisée par une série d’oppositions, d’affrontements, voire de luttes au sommet de l’Etat. La collaboration entre l’Elysée et Matignon n’a pas toujours été de tout repos, loin de là. Le Général de Gaulle lui-même fût au centre de tensions au sein d’un régime qu’il s’était pourtant taillé à sa mesure. A l’issue de mai 68, son autorité vacille tandis que son premier ministre, Georges Pompidou, sort lui grandi dans sa famille politique tant il sembla affronter seul l’insurrection après que le président se soit réfugié à Baden-Baden. On se souvient également des relations conflictuelles entre le président Giscard et le chef de gouvernement Chirac, ce dernier claquant avec fracas la porte de Matignon pour très vite s’opposer bien plus au pouvoir giscardien qu’au socialiste Mitterrand dont il contribua pour partie à la victoire en 1981. Sont restées également dans les mémoires les passes d’armes entre le même Mitterrand et son meilleur ennemi à gauche, Michel Rocard. L’association des deux hommes au sein de l’exécutif fût moins une collaboration qu’une forme de cohabitation. Mitterrand ne se privera pas d’ailleurs de contrer Rocard aux élections européennes en manipulant son fringuant ministre Bernard Tapie, condamnant son premier ministre à un échec qui l’écartera d’une possible candidature un an plus tard aux présidentielles de 1995.

La Ve République n’a pas été épargnée à sa tête par les conflits.  Cependant, les discordes au plus haut sommet du pouvoir n’ont pas eu raison d’elle. La Ve République demeure. Elle est bien moins instable que le régime des partis qui la précéda. Ce ne sont certainement pas les querelles entre François Hollande et Manuel Valls qui la bousculeront, tout comme les précédents affrontements entre Président de la République et Premier ministre l’ont animée sans la faire tomber. C’est par contre le parti socialiste qui risque fort bien de sombrer un peu plus avec un président et un chef de gouvernement tous deux sortants et candidats.

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La droite vote aux primaires, la gauche se divise avant les primaires

La gauche se divise avant les primaires

Quel que soit le résultat, la droite aura réussi ses primaires. Le premier tour a rassemblé plusieurs millions d’électeurs et a abouti à l’une des plus grandes surprises électorales de la Ve république. Les primaires ont aussi permis d’en finir avec une forme de populisme omniprésent dans les discours et brouillant les messages sensés. Sur la forme, Juppé et Fillon ont délivré un débat sérieux et de qualité dans l’entre-deux tours, bien loin de l’agitation sarkozyste devenue quasi-caricaturale. S’agissant des idées, la droite s’étant durcie ces dernières années, elle proposera un programme mêlant libéralisme, austérité, individualisation. Qui pour lui répondre ? La gauche manifestement ne sera pas dans le meilleur des états pour la contredire d’une voix commune. Au fur et à mesure que les primaires de la Belle Alliance Populaire approchent, les divisions se creusent, au sein du parti socialiste et au-delà.

Il y a tout d’abord ceux qui se présentent sans se soumettre au vote des militants. Arrive en tête Jean-Luc Mélenchon qui a pris tout son monde par une surprise toute relative en se déclarant candidat pour la prochaine présidentielle, ceci sans concertation avec ses alliés d’extrême-gauche. Néanmoins, le concernant les communistes viennent de réaliser un exercice d’un genre nouveau. Les militants se sont en effet prononcés favorablement pour soutenir Mélenchon alors que les cadres du parti ne lui avaient pas accordé leur confiance. Le parti communiste vient en quelque sorte de réaliser une primaire sans candidat en votant pour une personne qui ne leur a même pas demandé leur avis pour se présenter à la prochaine présidentielle. C’est dire dans quel état se trouve aujourd’hui le parti communiste français en sérieux manque d’incarnation.

Côté socialiste, ce serait plutôt l’inverse avec différentes personnalités pour incarner la gauche. Le seul problème, c’est que celles-ci ne s’accordent pas sur la direction politique à emprunter contrairement à la droite. Les affrontements d’ego ne sont certainement pas plus forts chez les socialistes que chez Les Républicains. Ces derniers avec les primaires disposeront d’un candidat unique pour 2017. A gauche par contre, pas sûr que le vote des militants suffit à éteindre les passions discordantes. Les divisions vont bien au-delà des simples luttes de personnes. Les différences idéologiques sont nombreuses et significatives entre les prétendants déclarés et ceux qui le seront bientôt à la candidature présidentielle. La gauche va sortir très fragmentée de cinq ans d’exercice du pouvoir, se cherchant entre la social-démocratie et une voie socialiste plus classique.

A coup sûr la présidentielle de 2017 va constituer un tournant historique pour la gauche dans son ensemble. Les socialistes, les écologistes, les communistes et l’extrême-gauche, sortiront différents de la prochaine élection nationale. Pas étonnant donc qu’ils soient si nombreux à prétendre être celui ou celle qui demain rassemblera après s’être autant divisés aujourd’hui.

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Mais qui est François Fillon ?

fillon-et-les-reactionnaires

Le diable se cache dans les détails nous prévient une expression populaire. Peut-être aussi se sert-il des ambiguïtés pour avancer masqué. Après sa victoire éclatante au premier tout des primaires de la droite et du centre, certains propos équivoques de François Fillon ont suscité nombre d’interrogations, d’inquiétudes, parfois d’indignations. L’Interruption Volontaire de Grossesse par exemple est revenue cette semaine dans le débat politique alors que l’on pensait la question définitivement tranchée depuis bien longtemps. La Manif pour tous semble également avec la victoire de François Fillon retrouvait quelques couleurs même si ce dernier ne s’est pas prononcé publiquement comme incarnant les idées du mouvement réactionnaire. En cette fin de primaires de la droite et du centre qui annonce la suite de la compétition pour les prochaines présidentielles, la réaction semble s’inviter de plus en plus dans les carnets de campagne.

Est réactionnaire tout engagement visant à rétablir aujourd’hui quelque chose du passé. La réaction en tant que courant politique peut être considérée comme une traduction idéologique du « c’était mieux avant », cherchant à diriger la société selon des valeurs qui ne seraient plus effectives depuis longtemps. On la confond souvent avec le conservatisme qui pourtant lui est différent en visant à maintenir ce qui est, à préserver un ordre établi. A propos de François Fillon, la droite aurait tendance à considérer qu’il est conservateur, la gauche quant à elle le trouvant plutôt réactionnaire. La nuance est certes question de valeur. Mais elle n’est pas qu’une façade conceptuelle. Elle est déterminante pour l’avenir de la société. Un projet réactionnaire est de nature à remettre en cause des droits acquis, des avancées sociales. Ce n’est pas tant de rétablir ce qui exista, mais d’imposer des orientations d’après des considérations morales qui fonctionnent bien plus avec des mythes que sur un passé réellement révolu. La réaction fait souvent référence à une France éternelle qui n’existe pas…

Idéologiquement, la réaction est creuse parce que construite sur des imaginaires. Mais elle n’en est pas moins influente dans les faits. Pour preuve cette semaine les voix indignées de la Manif pour tous entendues par certains maires. En effet, des élus ont publiés des arrêtés municipaux pour interdire une campagne de prévention contre le sida, prétextant que les affiches utilisées sont contraires aux bonnes mœurs. « L’ordre réactionnaire » selon les mots de Marisol Touraine,  ministre de la Santé et instigatrice de l’action préventive, se sent peut-être poussé des ailes avec le succès de François Fillon. Certains de ses soutiens d’ailleurs font partie de ses voix offusquées qui très vite portent atteinte aux droits fondamentaux de chacun. Sous des propos courroucés tels qu’exprimés ces derniers jours se cachent des intentions de rompre avec des acquis sociaux acquis de longue date ou après d’âpres combats. Les procès d’arrière-garde ne seront jamais rangés dans les placards de l’Histoire.

François Fillon n’a pas été élu par la droite populaire, mais par celle identifiée comme bourgeoise et traditionnelle. Il est évident que cet électoral loge en son sein des forces réactionnaires très vives, prêtes à contraindre la société pour imposer ce qui finalement n’est rien d’autre que des conceptions rétrogrades. Comment François Fillon se situe-il par rapport aux idées de cette frange réactionnaire qui le soutient ? Difficile de répondre tant le vainqueur du premier tour des primaires manie l’ambigüité pour s’assurer d’une victoire annoncée. Ce n’est certainement qu’après le second tour que nous connaîtrons qui est véritablement Monsieur Fillon sur bien des sujets de société.

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La réforme du collège unique avec l’enseignement personnalisé

La réforme du collège unique

Il ne suffit pas qu’une idée soit juste pour que sa mise en œuvre soit garantie de succès.  Le collège unique illustre l’écart possible entre une bonne intention et le résultat effectif de celle-ci. En 1977, le ministre de l’Education nationale de l’époque, René Haby, sur instruction du président Valéry Giscard d’Estaing, met en place une réforme visant à instaurer un système d’enseignement commun à tous, après l’école primaire et ce jusque l’âge de 16 ans. Le collège devient donc unique après avoir été divisé en trois, l’objectif étant que chaque enfant puisse disposer d’un niveau de connaissances identique à tous et ce quelle que soit son origine familiale. C’était là une mesure de justice visant à réduire l’endogamie sociale. Idée juste donc initialement mais résultat plus que décevant. Le collège est aujourd’hui le moment où des parcours scolaires se brisent, où les inégalités s’accroissent, où les difficultés rencontrées à l’école primaire se prolongent pour devenir définitives. Le collège unique est pourtant l’une des réformes les plus emblématiques de la Ve République en matière de lutte contre les inégalités. Faut-il donc enterrer aujourd’hui un projet destiné à constituer un socle de savoirs communs à tous ? La personnalisation des parcours scolaires défendus par certains représentants politiques en remplacement du système actuel ne serait-il pas un retour vers une école plus inégalitaire qu’elle ne l’est aujourd’hui ?

L’école est très peu présente pour l’instant dans les débats ouverts pour les prochaines présidentielles. Les primaires à droite se sont centrées sur d’autres thèmes, tandis que chez EELV l’élimination surprise de Cécile Duflot a occulté toute médiatisation du sujet, si tenté qu’il y en avait un. L’éducation est pourtant le premier poste de dépenses nationales, représentant un peu de plus de 25% du budget de l’Etat, soit un niveau légèrement supérieur aux intérêts de la dette. L’endettement public n’en reste pas moins une thématique plus souvent reprise dans les échanges politiques que peut l’être l’Education nationale. En matière d’avenir, le désendettement semble être une préoccupation plus forte que l’école. Celle-ci est pourtant le meilleur des investissements sociaux qui soit en permettant des développements économiques capables de résorber les dettes actuelles et à venir. La campagne pour les prochaines présidentielles ne fait que commencer. Espérons que les débats s’élèvent avec l’école…

On ne peut pas dire que la gauche actuellement au pouvoir n’a rien fait en direction du collège. La ministre Najat Vallaud-Belkacem a engagé une série de mesures visant un enseignement plus interdisciplinaire afin de réduire le cloisonnement des matières, dans l’esprit de Montaigne à propos du savoir : il vaut mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine. Non pas qu’il soit question de réduire le niveau des connaissances, comme le prétendent les détracteurs du collège unique, mais de mieux transmettre les savoirs pour un apprentissage intelligent. Sur ce point, Najat Vallaud-Belkacem a peut-être manqué d’ambition. Le rythme d’acquisition des connaissances aurait pu être revu, en supprimant les classes annualisées selon l’âge des collégiens pour instaurer une approche pluriannuelle personnalisée. Autrement dit, chaque collégien aurait quatre ans pour acquérir les connaissances sur base d’une cadence personnalisée, sans avoir à passer par des échelons communs à tous. Procédant ainsi, le collège permettrait une personnalisation plus forte des enseignements tout en restant unique.

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Juppé, Fillon, faux frères ennemis

Fillon et Juppé face à face aux primaires de la droite et du centre

Depuis dimanche soir, la droite est traversée par un nouveau duel : Fillon face à Juppé. Le premier tour des primaires de la droite et du centre a abouti à un résultat totalement inattendu. Les sondages et les observateurs de la vie politique donnaient Juppé contre Sarkozy pour le second tour, les interrogations portant plus sur qui serait le troisième homme du scrutin. On imaginait donc que l’entre-deux tours serait l’affrontement entre deux styles, deux façons de faire de la politique, la forme l’emportant sur le fond. Les électeurs en ont décidé autrement. L’impétueux Sarkozy ne rencontrera pas le tiède Juppé. Les costumes sont rangés au placard. Désormais le débat s’est dirigé vers le terrain des idées. On ne s’en plaindra pas. Une élection présidentielle mérite que s’opposent des projets au lieu que les candidats se battent comme des chiffonniers.

Affrontement donc entre deux ex-premiers ministres pour représenter la droite aux prochaines élections nationales. Les petites phrases entre les deux hommes ne se sont pas fait attendre. Le délai est court entre les deux tours. Juppé est donc allé directement au but, présentant le programme de son adversaire comme socialement trop brutal. Fillon a réagi en s’affirmant volontiers comme le représentant d’une droite ni forte, ni décomplexée, mais tout simplement telle qu’elle est majoritairement, conservatrice sur les questions de société et libérale sur les sujets économiques. A entendre les deux nouveaux frères ennemis,  on a l’impression de se trouver dans un duel gauche-droite, avec un Juppé presque gauchisant contre un Fillon toujours plus à droite au fil des semaines. Encore un peu et l’on croirait que les deux hommes sont de sensibilité politique différente. Bien-sûr il n’en est rien. Nous sommes toujours dans le cadre d’une primaire d’un même parti. Et sur le plan des idées, bien que Juppé soit devenu « inrockuptible » et Fillon proche de la Manif pour tous, les divergences sont bien faibles. Les deux hommes en effet nous proposent le même projet de société : moins d’Etat avec une réduction très forte des dépenses publiques, plus de dérégulation en matière de droit du travail, une privatisation du dialogue social en reconnaissant l’accord d’entreprise comme une source principale du droit, la fin de l’impôt sur la fortune.

Juppé, Fillon, faux frères ennemis puisque si proches sur un plan idéologique. On s’accorde à dire que la France actuelle a rarement été aussi à droite. C’est peut-être vrai. Toujours est-il que Juppé et Fillon eux, le sont bien, à droite. Alors, où est le centre ? L’UDI est-elle encore représentative d’une force centriste dans le paysage politique français en apportant son soutien à François Fillon pour le second tour de la primaire ? A ce jeu-là, il est fort à parier que François Bayrou sortira du bois pour une nouvelle candidature si Juppé est éliminé de la course présidentielle. Si tel est le cas, les primaires auront été un échec en générant une nouvelle division entre la droite et le centre qui pourrait s’avérer bien coûteuse électoralement.

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L’Europe pour sauver le candidat François Hollande

Hollande candidat à la présidentielle et l'Europe

Bientôt l’heure du bilan pour François Hollande, qu’il soit candidat ou non pour la prochaine présidentielle. Que retiendra-t-on du mandat de celui qui succéda à François Mitterrand dans l’histoire des présidents socialistes ? L’actuelle côte de popularité, ou plutôt dirions-nous d’impopularité de l’actuel locataire de l’Elysée laisse à penser que l’inventaire sera pénible. Néanmoins, au fil du temps, les bilans politiques tendent à s’améliorer dans la représentation collective. Mitterrand, puis Chirac, furent aussi l’objet de vives critiques venant de toute part, y compris de leur propre camps. Mais une fois quitté le pouvoir, très vite ils gagnèrent définitivement une stature de chef d’Etat à la hauteur de leurs fonctions. Ce ne fût pas le cas de Sarkozy, peut-être parce qu’un retour de sa part sur le devant de la scène politique n’était pas exclu. Après avoir remporté les élections, l’homme politique gagnerait les sondages d’opinion une fois sa carrière publique définitivement terminée. Loin des yeux, loin du cœur, dit-on. En politique, ce serait plutôt l’inverse quant au rapport entre élus et électeurs.

S’agissant de François Hollande, nous n’en sommes pas là. Le président en exercice est sous le feu des commentaires acerbes à son égard. Rien ne semble pouvoir le faire sortir d’une impopularité qui très vite lui a collée à la peau après avoir remporté les dernières présidentielles. Hollande n’a connu aucun état de grâce, même pas au tout début de son mandat alors que bien souvent la victoire donne des ailes dans l’opinion publique. Certes, le président socialiste débuta sa fonction à un moment très difficile, la France étant traversée par une crise économique n’en finissant pas. Mais c’est certainement l’attentisme de François Hollande à propos de l’Europe qui lui a coûté la confiance des français. Il fallait agir très vite pour renégocier avec l’Allemagne une sortie de crise européenne différente de celle engagée par le couple Merkel-Sarkozy pour que l’Union européenne ne plonge pas dans l’austérité. Il n’en fût rien. François Hollande s’aligna sur les positions prises avant son arrivée à l’Elysée. Son manque d’initiative sur la scène européenne lui a coûté sa popularité. Il n’y avait que trop peu de distance entre son discours offensif du Bourget et son consentement à la rigueur budgétaire imposée par l’Allemagne à des économies pourtant déjà à bout de souffle. Ceci  ressembla fort bien à une sorte de renoncement tant Hollande apparaissait désarmé devant l’intransigeance de la chancelière allemande.

L’histoire présidentielle n’est pas terminée pour François Hollande. Peut-être même ne s’achèvera-t-elle pas dans quelques mois même si tous les pronostics prédisent au président une retraite rapide. Après tout, une élection n’est jamais jouée d’avance, ou alors il ne s’agit plus de démocratie. Mais si Hollande est candidat, la tâche pour lui sera bien rude. Plus question de chercher dans la finance un ennemi désigné et néanmoins rassembleur. Le président en exercice a également emprunté une voie sociale-démocrate dont le candidat saura difficilement se défaire pour contenter un électorat de gauche en quête de repères socialistes. Par contre, rien n’empêche à ce que Hollande candidat soit bien plus incisif que le président qu’il est à propos de l’Europe, en proposant pourquoi pas une mutualisation des dettes souveraines et une véritable politique sociale à l’échelle européenne. Le président de gauche qu’il ne fût pas dans son pays ne pourrait-il pas le devenir à l’échelle de l’Union européenne ? C’est peut-être du côté de l’Europe que le candidat Hollande trouvera son salut pour sa réélection.

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François Fillon, un Thatcher à la française

Fillon et les primaires, Thatcher à l'Elysée

Assurément, les sondages sont aussi myopes en France qu’aux Etats-Unis. Même si une remontée de François Fillon était pressentie par les observateurs professionnels, personne n’avait anticipé une victoire aussi éclatante de celui que l’on présentait il n’y pas si longtemps de cela comme le troisième, voir le quatrième homme des primaires de la droite et du centre. Fillon a réalisé un score au premier tour qui à la fois siffle la fin de la partie pour Nicolas Sarkozy et douche les espoirs d’Alain Juppé quant à devenir le prochain président de la République. Depuis hier soir, une fois les résultats annoncés, Fillon est devenu le leader de la droite française. Quant au centre, il est certainement trop tôt pour le dire. Plane en effet l’incertitude d’une candidature de François Bayrou en cas d’élimination d’Alain Juppé dimanche soir prochain. Par contre, s’agissant du programme porté par l’ex-premier ministre de Sarkozy, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un projet pour la France profondément ancré à droite. Passe encore que les sondages tout compte fait anticipent bien peu de chose. Mais sur le plan des idées, toute myopie n’est guère concevable.

François Fillon est libéral sur un plan économique et conservateur sur les questions sociales. Celui que l’on présentait volontiers comme le successeur de Philippe Séguin, en digne héritier d’une forme de gaullisme social, semble désormais bien éloigné des idées de son mentor. On le verrait bien plus aujourd’hui proche de Margareth Thatcher. Fillon lui-même reconnait d’ailleurs une certaine admiration à son égard. Mais c’est surtout sur son programme que le rapprochement peut être fait avec celle qui fût la Dame de fer. Pendant que Jean-François Copé revendiquait une droite décomplexée, Fillon lui ne faisait guère de complexe sur le front libéral.

Haro tout d’abord sur les trente-cinq heures ! Fillon n’en veut plus. Lui président, la France retournera au travail en moyenne quatre heure de plus par semaine. Fillon souhaite que le temps de travail soit renégocié à la hausse dans les entreprises. Concernant la fonction publique, il estime que revenir à 39 heures permettra de supprimer jusqu’à 500 000 postes de fonctionnaires. Fidèle à la pensée libérale, François Fillon s’inscrit dans une logique comptable laissant peu de place aux considérations sur la qualité du service public. Les services hospitaliers par exemple sont déjà très sollicités aujourd’hui. Avec moins de moyens, on leur demandera encore plus. L’Education nationale sera elle aussi touchée, comme à l’évidence tous les ministères puisque Fillon présente à droite le programme le plus drastique en matière de coupe budgétaire. Lui président, la France va se serrer la ceinture. Jusqu’à s’étrangler ? Pas moins de 110 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques sont annoncées par le grand gagnant du premier tour de la primaire…

Toujours en matière de droit du travail, Margareth Thatcher n’aurait pas désavoué les propositions de celui qui comme elle occupa les fonctions de premier ministre. L’ancien locataire de Matignon envisage de libéraliser le marché du travail, en permettant notamment le licenciement pour réorganisation. Une entreprise pourrait ainsi réduire ses effectifs sous prétexte qu’elle révise ses modes d’organisation. On ne sait rien encore des conditions d’emploi de ce nouveau droit pour les employeurs qui ressemble pourtant bien à une régression pour les salariés. Toujours est-il que ce projet s’accompagnerait d’une limitation de l’exercice syndical en privilégiant, comme annoncé, le référendum dans l’entreprise en guise de dialogue social.

Libéralisme toujours chez François Fillon lorsqu’il affiche sa volonté d’accroître la compétitivité des entreprises en réduisant significativement les cotisations sociales et l’impôt sur les sociétés. Les ménages seraient par contre contraints de financer ces mesures. Comme si rien n’avait été fait depuis 2012 pour restaurer la marge des entreprises. Le pouvoir actuel a tout de même mis plus de 40 milliards d’euros dans la corbeille des entreprises tandis que les paniers des ménages étaient de plus en plus percés avec la hausse des impôts. Pourtant, ces mêmes entreprises n’ont pas spécialement recruté pour autant, contredisant la thèse libérale selon laquelle donnant plus aux entreprises, celles-ci embaucheraient plus. François Hollande a choisi cette orientation, axant son action économique sur une politique de l’offre qui finalement restera bien infructueuse en matière d’emplois. Et bien lui président, François Fillon promet de faire plus que son prédécesseur. Là non plus, Margareth Thatcher n’aurait pas fait mieux, ou plutôt pas moins !

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Une brève histoire du capitalisme

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De quand date le capitalisme ? Peut-on parler de système capitaliste avant que les révolutions industrielles n’aient été en marche en Europe ?

Dans l’hypothèse où le capitalisme se caractérise par la détention privée de moyens de production, l’accumulation de capital, la recherche du profit, l’emploi de ressources sur des marchés organisés, l’existence d’une force de travail salariée, difficile d’identifier un système productif répondant à ces qualités avant que l’Angleterre ne soit engagée dans l’industrie au XVIIIème siècle.

Un capitalisme social s’est pourtant développé dès le XVème siècle, dans des sociétés majoritairement rurales, le cœur du système étant constitué par des grandes cités marchandes ouvertes sur la mer, la Méditerranée d’abord, avec des villes comme Venise, Gènes, sur l’océan ensuite, avec la domination des ports de l’Europe du Nord (Anvers, Amsterdam). Ce n’est qu’après que Londres est devenu le centre de l’économie mondiale. La prospérité de ces grands pôles marchands reposa sur des fonctionnements capitalistes : accumulation du capital, prise de risque, quête du profit. Les marchands négociants avaient également recours à une main d’œuvre salariée, et utilisaient déjà les outils d’un capitalisme financier embryonnaire : lettre de change, achat à terme, assurance pour les navires…

A une époque où les rendements agricoles sont faibles, où domine l’artisanat, les activités marchandes sont la principale source de bénéfice. Les profits issus du commerce vont progressivement alimentés l’industrie naissante, les commerçants des grandes cités faisant travailler les artisans de l’arrière-pays. Puis, avec le développement du machinisme, la main d’œuvre salariée se trouve de plus en pus concentrée dans des unités spécialisées. L’accumulation des capitaux en Europe du Nord a alimenté un premier capitalisme d’argent.

Le capitalisme financier émergent produit le crédit vers des entrepreneurs innovateurs, mais aussi vers les propriétaires fonciers soucieux d’accroître les rendements agricoles, au moment où l’industrie naissante provoque une poussée de la population urbaine qu’il faut nourrir. La révolution agricole nourrit l’essor de l’industrie, les disettes disparaissent. Une abondante main d’œuvre est devenue disponible pour l’industrie. Et avec la baisse des prix des matières premières, les industries agro-alimentaires sont stimulées.

La dynamique du capitalisme est donc en marche à partir de la fin du XVIIIème siècle. Et si le système capitaliste est protéiforme dans le temps (commercial, industriel, financier), c’est avant tout le reflet des mouvements de capitaux, lesquels se dirigent là où les taux de rendement sont les plus élevés. Il y a donc un véritable continuum entre les espaces précapitalistes constitués au Moyen-âge et l’émergence du capitalisme moderne.

Sur un plan géographique, on peut se demander pourquoi le capitalisme est né en Europe. Pourquoi est-ce dans l’espace européen que se sont développées les innovations technologiques ayant permis le décollage de la croissance économique, et non pas chez d’autres cultures, musulmanes ou chinoises, lesquelles ont pourtant été à une époque plus puissantes que la civilisation européenne et ont connu aussi des créations de richesse liées au commerce et à l’utilisation d’outils financiers innovants ? Au début du XXème siècle, Max Weber répondît à cette question en établissant un lien entre l’esprit capitaliste et l’éthique protestante. La diffusion de valeurs, comme la discipline ou l’épargne, aurait selon lui favoriser l’émergence des entrepreneurs. Cette explication n’est pourtant pas suffisante car, outre que les espaces précapitalistes soient antérieurs à la Réforme, l’émergence du capitalisme correspond surtout à l’émergence d’une pensée laïque et rationnelle, laquelle a impacté les rapports sociaux. Ainsi, les thèses portées par les mercantilistes et les physiocrates ont stimulé dans toute l’Europe la montée en puissance d’une classe bourgeoise et le libéralisme en tant que doctrine économique et politique. C’est sans doute sur ce point que se situe la différence fondamentale entre le continent européen et les autres grandes civilisations, celles-ci restant ancrées dans des rapports sociaux peu évolutifs, mais aussi l’abondance de leur population n’ayant pas été  incitative pour la recherche de gains de productivité, donc de l’innovation.

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Les Papillons noirs, un petit Bijou avec Gainsbourg

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Un papillon virevoltant, scintillant sous un soleil d’été, brillant de ses couleurs sans fin. Des papillons noirs, des années plus tard, dans cette nuit qui hurle toutes les idées noires. La nuit, les chats sont gris, les papillons sont noirs, les chagrins se grisent…Le cœur n’y peut rien, les aventures d’un soir non plus. Emprunter à la nuit sa couleur ne suffit pas. Les papillons noirs sont là, volant sans cesse du sommeil.

Les Papillons noirs est une chanson écrite par Serge Gainsbourg, qu’il interprète d’abord avec Michèle Arnaud en 1966. Puis les années passent, la chanson s’efface, Gains bourg connaît une mauvaise passe. En 1978, cette année là, le groupe Bijou s’empare de la perle Gainsbourg et de ses papillons noirs. Le duo est formé, la voix faussement haut-perchée de Vincent Palmer se marie alors avec le ton grave d’un Gainsbourg ténébreux. Avec cette interprétation, la carrière de Serge à nouveau s’envole, tel un lépidoptère lumineux, mais les idées sombres demeurent comme un papillon noir sur la chemise.

Pour écouter et voir Les Papillons noirs :

Les paroles

La nuit, tous les chagrins se grisent;

De tout son cœur on aimerait

Que disparaissent à jamais

Les papillons noirs

Les papillons noirs

Les papillons noirs

Les autres filles te séduisent;

De mille feux, leurs pierreries

Attirent au cœur de la nuit

Les papillons noirs

Les papillons noirs

Les papillons noirs

Aux lueurs de l’aube imprécise,

Dans les eaux troubles d’un miroir,

Tu te rencontres par hasard

Complètement noir

Complètement noir

Complètement noir

Alors tu vois sur ta chemise

Que tu t’es mis tout près du cœur

Le smoking des temps de rigueur,

Un papillon noir

Un papillon noir

Un papillon noir

Un papillon noir…

 

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La dynamique des inégalités expliquée par Thomas Piketty

La mécanique des inégalités

Les inégalités sous-entendent la représentation que l’on se fait de la justice. Une inégalité en soi n’est pas une mauvaise chose. Elle le devient quand elle est injuste. Penser que toute inégalité serait à éradiquer reviendrait à tomber dans un égalitarisme dangereux…

Thomas Piketty nous apprend, dans son essai Le capital au XXIe siècle, que depuis les années 1970 la répartition des richesses s’est transformée, avec une concentration des patrimoines qui profite aux revenus du capital. Ceux-ci ont retrouvé les niveaux qu’ils avaient atteints à la fin du XIXème siècle, début XXe, avant d’être érodés par les grands chocs politiques et économiques de la première moitié du siècle dernier. Ainsi, la question d’une croissance équitable est à remettre au centre du débat. Faut-il croire qu’elle puisse sur le long terme être équilibrée, et si oui quelles sont les conditions de cette équilibre ? La pensée économique ne doit pas se soustraire à ce type de questionnement essentiel, en se perdant notamment dans des réflexions stériles car trop abstraites, se complaisant dans un certain académisme bien trop distant du réel.

Les inégalités sont un sujet primordial puisque s’y jouent les rapports existants au sein d’une société. Le débat n’est donc pas uniquement économique, il est aussi et surtout social. Le phénomène des inégalités est donc à étudier pour former ensuite un projet politique visant à les réduire. On combat mieux ce que l’in connaît ! Thomas Piketty, dans son livre, décrit la dynamique à l’œuvre en matière de répartition des richesses, laquelle selon lui prend sa source en deux points : le patrimoine et le revenu. Sa réflexion, il l’entreprend à partir de données fiscales qui permettent de disposer d’une perspective à long terme. On comprend ainsi que la fiscalité n’est pas seulement vouée à la collecte de l’impôt. Elle se caractérise aussi par une dimension historique qui sert la transparence démocratique. Elle nous renseigne entre autres sur le poids de l’héritage dans le capital global etg son évolution dans le temps, distinction importante car les inégalités patrimoniales sont différentes selon qu’elles résultent de la succession ou de l’épargne acquise grâce au travail.

Pour Thomas Piketty, les inégalités ne sont pas naturelles mais historiques. La fatalité ou toute autre nécessité ne commande pas la répartition des richesses, laquelle d’ailleurs a pu profiter aussi bien au capital qu’au revenu. Sur un plan structurel, des forces sont à l’œuvre, générant des mouvements de convergence, ou de divergence, entre capital et revenu pour recevoir les fruits de la croissance. D’après l’auteur, la convergence est possible grâce à la diffusion des connaissances et à l’investissement dans la formation. La croissance des savoirs est riche d’avenir. Elle permet d’améliorer la productivité, donc les revenus futurs du travail. Ce dessein vertueux n’a cependant rien de spontané. La politique est nécessaire pour l’initier, avec des actions dirigées vers l’éducation et le développement des qualifications au profit des salariés.

A l’inverse, une faible progression de l’activité productive et une hausse des taux de rendement du capital tendent à une plus grande concentration du capital, donc à plus d’inégalités tant au niveau du patrimoine que du revenu. On constate par ailleurs que le décrochage toujours plus élevé des hautes rémunérations par rapport aux salaires moyens et médians entretient une spirale inégalitaire. Aux Etats-Unis, le décile supérieur en matière de rémunération représente aujourd’hui 45% à 50% du revenu national, soit le retour à des proportions équivalentes à celles des années 1910 et 1920 après que cette part ait diminué sensiblement durant les Trente Glorieuses, s’établissant alors autour de 30 à 35%. Schématiquement, cette évolution est représentée par une courbe en forme de U, tout comme l’est le rapport entre capital et revenu. En effet, fin XIXème siècle, début XXe, le patrimoine total représentait 6 à 7 années de revenu national, puis 2 à 3 années après la première guerre mondiale, pour à partir des années 1970 correspondre à 5 et 6 années de revenu.

La différence entre le taux de rendement du capital et le taux de croissance économique est donc essentielle pour l’analyse des inégalités. Si le premier est plus élevé que le second, et si l’écart entre les deux se confirme et perdure, les inégalités patrimoniales seront croissantes et celles du revenu avec. L’économie dans son ensemble sera plus fortement empreinte du passé avec un capital qui s’entretient grâce aux successions, ce qui n’est pas sans affaiblir tout système démocratique dont l’un des fondements repose sur la méritocratie. Thomas Piketty nous dit qu’à propos de l’écart entre rendement du capital et croissance de la production, ceci n’est nullement une imperfection de marché mais résulterait plutôt de son efficience. Ainsi, même si l’économie de marché autorise la liberté d’entreprendre, protège la propriété, confère à chacun les mêmes droits, elle n’est pas spontanément garante d’une société plus juste.

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