Le Brexit, ou la fin d’un échec politique débuté avec la France

Brexit et erreur politique de la France

Suite à un événement de grande ampleur, les prévisions vont toujours bon train. On n’imagine très vite ce que seront demain les conséquences d’un fait d’importance, oubliant parfois au passage ce que sont d’ores et déjà ses effets. A propos du Brexit, on mesure des impacts économiques futurs pour décrire dès maintenant un avenir dès plus morose pour les britanniques. C’est là aussi une façon d’employer la prévision en la brandissant comme une sanction,  comme s’il s’agissait de faire payer tout de suite aux britanniques leur sortie européenne. Après tout, personne ne les a obligés à se prononcer par référendum sur leur maintien ou pas au sein de l’Union. Ils n’auront à l’avenir que ce qu’ils méritent aujourd’hui pourrait penser quelques esprits chagrins, et certainement qu’il s’agit là d’un avis aisément partagé dans l’opinion publique jusqu’à nos chers responsable politiques. Pourtant, le Brexit est une faillite collective qui dépasse de loin les cotes anglaises et dont l’origine est bien antérieure à la décision du premier ministre Cameron de convoquer les électeurs.

L’Union européenne, et avant elle la CEE et la CECA, n’ont jamais été politiques. Après que le Vieux continent se soit lui-même ensanglanté, des volontés politiques se sont affirmées pour créer les conditions de la paix en Europe. Pour éviter de se faire à nouveau la guerre, quoi de mieux en effet que d’essayer de vivre réellement ensembles.  Cependant, seule l’économie a matérialisé cette vie commune, avec pour acte fondateur un traité signé à Rome à la fin des années cinquante qui fût avant tout une feuille de route consacrée aux échanges économiques entre parties signataires. C’est que la politique avait échoué juste avant cette signature, lorsque les pays à l’initiative d’un nouvel espace européen ne s’accordèrent pas sur la mise en place d’une armée conjointe. Les députés français pour une grande part furent responsables de cet échec politique, lorsqu’en 1954 gaullistes et communistes s’associèrent pour voter à l’Assemblée nationale contre le projet d’une défense européenne. Ainsi, l’Europe s’est construite sur un refus. Dès le départ, il a fallu trouver des compromis pour avancer dans la construction européenne. C’est sur le terrain économique que l’on trouverait les possibilités d’une union entre Etats-Nation, et quant à une Europe politique, elle finirait bien par venir…mais elle n’est jamais venue jusqu’à présent. Pire, avec le Brexit, les britanniques ont même refusé ce qui fût le substitut d’une véritable gouvernance partagée, ce marché commun qu’ils contribuèrent pourtant à mettre en place jusqu’à l’imposer, et qu’ils décident finalement de quitter.

En se prononçant majoritairement contre le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, les britanniques ont en quelque sorte fermer la parenthèse d’une défaite politique qui a débuté avec l’opposition française au Parlement pour la mise en pace d’une communauté européenne de la défense. Mais la fin d’une histoire en appelle une autre. L’Histoire n’en a jamais fini. Il n’est pas impossible qu’une nouvelle ère politique s’ouvre en Europe pour plus d’intégration, mais cette fois-ci pas seulement entre des Etats, mais aussi et surtout entre les peuples. Certes, les replis identitaires qui s’expriment actuellement un peu partout sur le Vieux continent laissent à entendre autre chose. Mais ce qui est maintenant ne présage rien de ce qui sera bientôt. Les prévisions peuvent aller bon train, comme à propos du Brexit, ce ne sont pas elles qui tracent les sillons pour demain.

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La BCE à l’origine et contre une nouvelle bulle financière

La Banque Centrale Européenne, BCE; la bulle, les taux d'intérêts négatifs

En 2005, Ben Barker, alors à la tête de la banque centrale américaine, la FED, affirmait que le niveau d’épargne mondiale était en excès. Cette déclaration pouvait sembler à contretemps du dynamisme économique alors ambiant, la croissance mondiale avoisinant les 5% par an. Cette activité soutenue  nécessitait de l’investissement, donc de l’épargne pour le financer. Pour autant, le patron de la FED était dans le vrai au regard de la situation actuelle. Ben Barker anticipait peut-être bien plus qu’il ne constatait son époque, et si tel était le cas, force est de constater qu’il a vu juste. Dix ans plus tard, nous nous trouvons dans une situation monétaire caractéristique d’une épargne excédentaire par rapport à l’investissement,  comme le vit le Japon depuis plusieurs années. C’est ainsi que les taux d’intérêts sont historiquement bas et que l’inflation flirte dangereusement vers un zéro pointé. A défaut d’être investie dans l’économie dite réelle, l’épargne s’oriente dès lors vers les actifs financiers, incitation d’autant plus vive que les taux d’intérêts sont faibles. Les investisseurs institutionnels préfèrent le marché financier au crédit classique.

Depuis que la Banque Centrale Européenne a lancé un programme de rachats massifs de titres subordonnés, en janvier 2015, les obligations d’Etat sont transférées des établissements bancaires vers la BCE. Les sommes en jeu sont colossales, suffisamment pour orienter les marchés financiers. Les investisseurs se tournent volontiers aujourd’hui vers les actions, avec des exigences de rendement qui n’ont pas été revus à la baisse même si les taux d’intérêts sont très faibles. Le levier financier, soit la différence entre le produit des actifs investis grâce à l’endettement et la charge d’intérêt relative à cette dette, est au centre de toutes les exigences. Compte tenu que la croissance économique est atone, que les pays émergents montrent des signes d’essoufflement, les investisseurs demandent plus des actifs possédés dans un contexte où le capital croît peu. Cette situation s’apparente à une économie de rentier qui n’est guère favorable au développement. Premièrement, c’est là source de plus d’inégalité car seuls ceux qui possèdent déjà captent le plus de richesse créée. Tout le monde n’a pas non plus les capacités pour s’endetter et cela même si les taux d’intérêts sont très bas. Ensuite, les pressions sur le levier financier conduit à chercher des rendements toujours plus élevés, donc à des prises de risques toujours plus conséquentes. Les bilans bancaires sont dès lors plus exposés à des défauts de paiement, et dans le même temps les patrimoines des banques sont de plus en plus tributaires des valorisations boursières eu égard des portefeuilles d’actifs financiers en croissance permanente.

Une inflation proche de zéro caractéristique d’une économie poussive, une injection continue de liquidités dans la sphère financière, nous ne sommes à l’évidence pas très loin de connaître une nouvelle bulle financière. On sait ce qu’il advient de ce type de fluctuation économique extrême. Les bulles éclatent bien plus souvent qu’elles ne se dégonflent. La BCE est bien plus contrainte dorénavant de racheter des titres pour maintenir les cours et éviter aux banques des dépréciations considérables d’actifs, afin que n’éclate une bulle naissante. L’économie réelle attendra bien encore un peu.

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L’urgence de politiser à nouveau l’écologie

L'écologie politique

L’écologie est de plus en plus absente des discours politiques. Il n’y a qu’à entendre les candidats aux primaires de la droite et du centre pour s’apercevoir que les considérations environnementales sont reléguées au second plan, si ce n’est plus loin encore. A gauche, la question écologique n’est guère plus exprimée. L’écologie politique existe aujourd’hui au travers de sommets internationaux, comme dernièrement à Paris avec la COP21. C’est déjà cela. De plus en plus d’Etats s’engagent sur des accords contraignants pour viser une économie moins énergivore. Mais les signatures ne suffisent pas à concrétiser des engagements. Les contrats n’ont pas la force de la volonté politique. Mais celle-ci semble bien terne en ce moment, en France mais ailleurs aussi, comme aux Etats-Unis par exemple. Les primaires américaines qui ont lieu actuellement resteront bien plus dans l’histoire du fait des frasques de Donald Trump que de l’annonce d’un projet ambitieux pour la préservation de l’environnement. L’écologie n’a pas été invitée dans la campagne pour la Maison-Blanche qui s’achève.

Des deux côtés de l’Atlantique, l’écologie est de moins en moins politisée. Il serait facile de considérer que seuls les hommes et les femmes politiques sont responsables de cette dépolitisation. Après tout, ce sont bien eux qui discourent et proposent. Mais leurs discours et leurs propositions sont aussi le reflet des préoccupations actuelles. Même si chacun est conscient que la préservation de l’environnement est un enjeu essentiel pour la survie de l’humanité, on reste cependant tous attaché à nos modes de vie et rare sont nos inquiétudes écologiques. Entre la politique et l’individu, il y a cependant un entre-deux que l’on désigne communément société civile, laquelle s’est saisie de la question environnementale, avec entre autres les Organisations Non Gouvernementales (ONG). Celles-ci font pression sur les acteurs économiques pour que l’écologie soit intégrée dans leurs modèles de développement. On peut penser qu’elles sont efficaces, notamment lorsque de grandes banques françaises annoncent qu’elles ne financeront plus à l’avenir de centrales à charbon. Certes,  leur décision est peut-être motivée seulement par des raisons financières. Le charbon est condamné à disparaître, les rendements qu’ils génèrent aussi. Mais il n’est pas impossible que ces banques ne financent plus une énergie polluante parce qu’elles craignent que leur image auprès du public en pâtisse. Dans ce cas, la réputation des entreprises serait un levier d’action pour les activistes écologistes bien plus puissant que la conversion politique.

La société civile qui se distingue de la représentation politique n’est pourtant pas en mesure à elle seule de bouleverser profondément les comportements. Elle ne l’est pas parce qu’elle se contredit, sur l’écologie comme sur le reste. Certains qui appartiennent à cette même société civile pensent que le marché sera capable de dépasser le défi écologique, que la transaction énergétique se fera parce qu’elle est la promesse de revenus futurs tandis que les énergies fossiles ne seront plus employées parce que devenues trop chères. Les habitudes évolueraient donc non pas en changeant les mentalités mais grâce aux impératifs financiers guidant les marchés…On peut douter que seul le profit puisse éviter à notre planète qu’elle ne se réchauffe trop. Mais certaines formes de militantisme écologique sont tout aussi douteuses en condamnant sans nuance la croissance économique, oubliant que celle-ci est aussi pourvoyeuse de progrès social. Ces divergences de fond au sein de la société civile lui sont inhérentes puis qu’elle manifeste des expressions collectives mais ne représente pas l’intérêt général. Seul un pouvoir démocratiquement élu est ce représentant, d’où la nécessité que l’écologie ne soit pas laissée à la seule société civile mais qu’elle soit plus politisée qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Quand Podemos sort gagnant des dernières élections législatives en Espagne

Podemos et les élections législatives en Espagne

L’Espagne appartient désormais au club des pays restés sans gouvernement pendant de longs mois, comme la Belgique qui détient toujours le record du nombre de jours sans majorité gouvernementale. Les espagnols sont depuis décembre 2015 orphelins d’un exécutif en marche, mais la décision prise dernièrement par les socialistes de s’abstenir pour la désignation du prochain chef de gouvernement devrait permettre à l’Espagne de sortir de l’impasse politique dans laquelle elle se trouve depuis dix mois. Les dernières élections législatives, les troisièmes en 300 jours, n’ont toujours pas permis à un parti de gagner la majorité. Depuis décembre 2015, aucune force politique ne parvient à s’imposer en Espagne. Il faut dire que le bipartisme n’a plus cours de l’autre côté des Pyrénées après que l’Espagne soit traversée par de grandes difficultés économiques. La croissance espagnole des vingt dernières années était surtout tirée par le marché immobilier, lequel avec la crise financière s’est effondré comme autant de châteaux de sable balayés par les vents. Le taux de chômage est aujourd’hui très élevé chez nos voisins ibériques, notamment chez les jeunes dont la moitié se trouve sans emploi.

Même si la société espagnole est plutôt conservatrice, les digues politiques se sont effondrées en même temps que la récession économique. Depuis la fin du franquisme, gauche et droite se partageaient successivement le pouvoir. Depuis peu, la gauche radicale et le centre ont entraîné les adversaires historiques que sont le Parti Populaire et le Parti Socialiste Ouvrier espagnol (PSOE) dans une compétition à plusieurs. Lorsqu’une économie est secouée par une grave crise comme celle qui touche actuellement l’Espagne, les conséquences politiques ne se font pas attendre. De nouvelles forces émergent sur les cendres d’une économie en déroute. Podemos et Ciudadanos ont ainsi conquis l’électorat espagnol et aussi en se présentant en rupture avec le pouvoir en place. L’extrême-droite espagnole par contre n’a tiré aucun bénéfice politique des difficultés économiques. Elle est restée très marginale comme elle l’est depuis que le franquisme n’exerce le plus pouvoir. En outre, l’immigration n’est pas considérée comme une menace par la société espagnole. Comme quoi un chômage élevé n’est pas forcément le terreau de la xénophobie. La densité des liens familiaux en Espagne y est certainement pour quelque chose, la cellule familiale ayant permis à une jeunesse particulièrement touchée par la sous-activité de ne pas sombrer dans la pauvreté.

Le paysage politique espagnol est ainsi partagé entre quatre partis sans qu’aucun ne soit en mesure de détenir seul la majorité. Les alliances sont donc nécessaires pour gouverner, mais parfois elles sont contre-natures. On pouvait s’attendre à ce que les socialistes trouvent chez Podemos un allié pour l’exercice du pouvoir. Après tout, entre gens de gauche, il doit bien être possible de sceller une entente. Dans le cas présent, il n’en est rien. A gauche, point d’alliance, ni compromis. Le PSOE préfère en s’abstenant soutenir la droite plutôt que de se rapprocher de ses cousins de gauche. Les socialistes espagnols risquent de payer cher cette abstention, tout comme ils se trouveront à devoir accepter des compromis car la droite ne pourra pas gouverner sans son appui. Les partis traditionnels se trouvent ainsi dans une sorte de proximité qui brouille les cartes politiques. En étant beaucoup plus clivant et donc s’affirmant un peu plus, Podemos est certainement le grand gagnant des dernières élections en Espagne.

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Quand la Wallonie dit non au CETA et donne ainsi une bonne leçon politique à l’Europe

Le CETA, la Wallonie et l"Europe

altermondialistes face à la toute- puissance libérale ! Ce serait tomber bien vite dans la caricature que de considérer ainsi la région belge qui aujourd’hui dit non à l’Union européenne et au Canada. Néanmoins, la fermeté avec laquelle la Wallonie refuse de céder aux multiples pressions pour la signature d’accords commerciaux entre deux grandes zones économiques que sont l’Europe et le territoire canadien, génère un regain politique dans un processus à la base très technocratique. Ce refus illustre aussi l’incapacité une fois de plus de l’Union européenne à parler d’une voix commune. Il suffit qu’un « petit » territoire de l’espace communautaire s’oppose sur un sujet d’importance pour que l’ensemble des Etats participant à cette communauté soient contraints par cette opposition. Faut-il alors fédéraliser le pouvoir européen pour que soient centralisées les décisions essentielles et ainsi éviter la fronde de quelques-uns ? Dans le cas présent, la simple écoute des revendications locales par les instances européennes eût certainement permis d’éviter l’impasse promise au CETA. En effet, cela fait des mois que le gouvernement wallon a fait part de ses profondes réserves concernant l’accord de libre-échange négocié entre le Canada et l’Union européenne. Mais cela n’a pas empêché les représentants européens de fixer une date de signature avec leurs homologues canadiens avant même d’avoir obtenu une position communautaire ferme et définitive. Certes, les « grandes » puissances européennes s’étaient accordées sur le projet de libre-échange. Mais c’était oublier un peu vite que l’unanimité requise au sein de l’Union européenne pour la signature de traités exige plus que des compromis entre quelques membres influents. La Wallonie n’a pas été écoutée car elle n’est ni la France, ni l’Allemagne, ni l’Italie, ni l’Espagne…

Un accord de libre-échange est une série de concessions faites par les parties aux contrats. Tout l’enjeu est de savoir jusqu’où chacun est prêt à aller pour pouvoir commercer avec son voisin étranger. Le libre-échange en soi n’est pas une mauvaise chose. Il est toujours préférable que des pays commercent ensembles au lieu de s’affronter. De plus, le commerce international permet à ceux qui y participent d’accéder à des produits dont ils ne pourraient bénéficier seul, de disposer d’un accès à de nouvelles technologies, de profiter des gains de productivité des pays les plus compétitifs. Le libre-échange est même une voie de développement social lorsqu’une population profite des fruits du commerce international, avec une hausse des salaires et une redistribution des fruits de la croissance par l’Etat. La Corée du Sud par exemple a vu son revenu par habitant passé de 100 dollars au début des années 60 à près de 30 000 dollars aujourd’hui grâce à l’ouverture de son économie vers l’extérieur. La différence est toujours saisissante avec sa voisine, la Corée du Nord, qui s’est enfermée sur elle-même.

La prospérité n’est pourtant pas garantie avec l’ouverture des économies. La disparition des droits de douane n’induit pas nécessairement une juste répartition des richesses entre les nations. Même si accord il y a, rien ne dit qu’il profitera à tous. En outre, le commerce international a des effets pas seulement économiques. Ce sont aussi, au travers des produits échangés des modes de vie qui s’exportent, et avec eux des cultures qui traversent les frontières. Là non plus, cela ne représente pas une menace, mais ce n’est pas non plus une opportunité qui va de soi. Les échanges culturels profitent à tous à condition de respecter les diversités. Les intentions hégémoniques ne servent pas les peuples. Tout comme le libre-échange n’est pas mauvais en soi, il n’est pas meilleur pour autant, d’où l’importance de la politique pour l’encadrer. Le gouvernement wallon refuse le CETA en estimant qu’il est une atteinte à la démocratie locale. En l’état et une fois signé, il permettrait en effet à des multinationales d’ester en justice dès lors qu’elles considéreraient une action publique comme contraire à leurs intérêts privés en présence dans un pays donné. Il ne s’agit donc pas, de la part de la Wallonie, d’un caprice électoraliste en s’opposant au CETA. C’est plutôt une belle leçon politique que les wallons sont en train d’adresser à l’ensemble de l’Europe.

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Kennedy et moi, un livre de Jean-Paul Dubois

Kennedy et moi avec Jean-Pierre Bacri

Pourquoi donc un homme va-t-il acheter un révolver pour le laisser dans le tiroir de son bureau, puis l’enterrer dans son jardin, pour finalement l’utiliser contre son psychanalyste afin de lui dérober la montre que celui-ci garde au fond de sa poche, laquelle appartenait à  John Fitzgerald Kennedy qui d’ailleurs la portait le jour où il fût assassiné ? Jean-Paul Dubois, dans son livre Kennedy et moi, ne donne aucune réponse mais amène la question. Car après tout les questions sont bien souvent plus intéressantes que les réponses. Ces dernières conduisent à tant de suppositions et autres hypothèses  qu’elles sont bien faibles face à une interrogation franche et unique. Dans le cas de Samuel, le personnage principal imaginé par Jean-Paul Dubois, on pourrait très bien concevoir que parce qu’il est sans boussole depuis plusieurs années pour guider sa vie, une montre lui est nécessaire pour s’engager sur un nouveau chemin. Mais alors pourquoi lorgner sur celle de Kennedy ? Ou bien Samuel trouve-t-il une finalité donnant sens à son existence lorsque son thérapeute lui explique comment la montre au poignet du président assassiné est arrivé jusqu’à lui, comme s’il ne pouvait en être autrement et ainsi, grâce à lui, Samuel, l’affaire Kennedy arrivait à son terme. Mais alors pourquoi lui, écrivain qui n’écrit plus, père sans l’être, mari déchu, tout juste propriétaire d’un colt sitôt acheté, sitôt remisé ? Bien-sûr, tout cela est absurde, mais pas plus que la vie menée par le héros des temps postmodernes que décrit Jean-Paul Dubois. N’oublions pas non plus qu’entre l’acquisition du révolver et son usage, Samuel rencontre l’amant de sa femme, s’éloigne un peu plus de son épouse pour ensuite la reconquérir, s’insurge contre le carriérisme de sa fille et la suffisance de son futur gendre, et surtout mord jusqu’au sang son dentiste. Ce dernier exploit n’est pas le moins méritant. Il faut tout de même un certain courage pour aller planter ses canines dans le corps de celui dont le métier est de les soigner. Un héros donc que ce Samuel, qui se débat sans force ni conviction mais ne lâche rien, comme aspiré dans la chronique d’une folie ordinaire. Si nous n’étions pas fous, nous deviendrons tous dingues. Samuel ne l’est pas devenu, complètement dingue. Il a désormais sa montre avec lui. A la bonne heure !

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Google ne veut pas m’oublier, ou quand Big Data prend la place de Big Brother

Google et le droit à l'oubli

« Souviens-toi d’oublier ». Friedrich Nietzsche, philosophe du XIXe siècle, recommandait un usage parcimonieux de la mémoire, à la fois pour faite tomber dans l’oubli ce qui nous avait été désagréable, mais aussi et surtout de s’oublier un peu soi-même. On connaît tous ses moments où notre attention est si forte, totalement consacrée à l’instant que l’on ne pense plus à soi. On s’est oublié et on s’en porte très bien. Pour vivre heureux, vivons cacher, des autres certainement, de soi peut-être. Mais depuis que nous sommes cernés par les réseaux sociaux et les moteurs de recherche, il est bien difficile de passer inaperçu, y compris de soi. L’oubli est presque devenu un luxe, en plus d’être devenu un droit. L’Union européenne est parvenue à légiférer contre le lobby des jeunes mastodontes de l’Internet désormais si puissants, à propos de la conservation des données numériques.

Aujourd’hui, des tranches de vie alimentent des stocks d’informations au volume gigantesque. Big Data a pris la place de Big Brother. Nous ne sommes pas surveillés en permanence par une autorité totalitaire qui serait présente dans chaque recoin de notre intimité, comme l’imaginait Orwell dans son roman 1984. Nous sommes par contre stockés continuellement. Nous laissons des traces d’existence sans nous en rendre compte, ou alors nous témoignons à visage découvert sans frontière, le tout étant enregistré, compilé, retraité, archivé. Cet enregistrement perpétuel de ce que nous faisons produit des données numériques, lesquelles servent à définir qui nous sommes par le truchement d’algorithmes surpuissants. Un nouveau moi prend une forme virtuelle. Nous devenons chacun une entité numérisée à la personnalité calculée selon nos allées et venues sur la Toile.

Google disciple de Sartre ! Le père de l’existentialisme ne disait-il pas que chacun est ce qu’il est d’après les choix qu’il fait, que la personnalité est fonction des actes et non de quelque chose qui nous précèderait. L’existence précède l’essence.  Google élève de Sartre. Lançant une recherche sur Internet, je me vois proposer des chemins d’accès qui sont différents de ceux de mon voisin réalisant pourtant la même demande. Le moteur de recherche ne propose pas tant, il suppose plutôt ce qui m’intéresserait à partir des traces que j’ai laissées ici et là, au gré de mes pérégrinations numériques. J’ai désormais une histoire numérique qui ne m’appartient plus. Google avec Sartre donc, mais pas avec Nietzsche puisqu’il est si difficile de se faire oublier. La mort même ne suffit pas ! Même décédé, la Toile me conserve dans ses filets. Internet est capable de souhaiter l’anniversaire de celles et ceux qui ne sont plus.

Dans cet univers disons-le un peu déshumanisé, sans sombrer dans la caricature d’un monde totalement numérisé, rien n’empêche de résister un peu pour ne pas tomber dans l’anonymat. Car en effet, l’information sans limite et la transparence sans contrainte paradoxalement ajoutent de la distance entre les êtres. Avec moins de surprise, moins d’inattendu, les rapports humains s’étiolent.  Comment dès lors dépasser ces murs de données qui nous enserrent dans des existences de plus en plus formatées ? Se souvenir. La donnée jamais ne remplacera le souvenir. L’information jamais n’aura la saveur d’une madeleine de Proust.

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Quand les militants écologistes se rappellent au bon souvenir de Cécile Duflot, ou chronique d’une défaite non prévue mais annoncée aux primaires d’Europe Ecologie Les Verts (EELV)

Duflot et la défaite des primaires à EELV

Cécile Duflot ne sera pas candidate lors des prochaines présidentielles. Les primaires écologistes ont scellé son sort politique pour les mois prochains, et peut-être plus encore. En éliminant Duflot dès le premier tour, les militants d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) ont aussi créé la première grande surprise de la campagne à venir. On imaginait déjà Duflot s’ajoutant aux candidatures de gauche. Finalement elle ne sera pas de la partie. Ce sera soit Michèle Rivasi ou Yannick Jadot, tous deux eurodéputés…et presque inconnus sur un plan national. Les verts une fois encore nous ont livré un type de scénario dont ils sont passés maîtres, soit l’histoire d’une déroute annoncée.

On a cru un instant que Nicolas Hulot serait candidat. L’écologie française s’est alors mise à rêver d’un score à deux chiffres aux présidentielles de 2017, tant la personnalité de l’ex-animateur de télévision est appréciée par bon nombre de français, bien au-delà de la sphère écologiste. Il faut reconnaître que Nicolas Hulot n’est pas qu’un personnage médiatique, mais un acteur de terrain dont l’aura et l’opiniâtreté ont contribué à faire intégrer un peu plus les questions environnementales dans les projets politiques. Mais Hulot a refusé d’être candidat après avoir déclaré sur une radio nationale qu’il ne disposait pas d’une équipe politique à ses côtés pour l’accompagner dans une campagne présidentielle. Autant dire que le parti EELV ne lui apportait pas l’infrastructure nécessaire pour mener à bien un combat politique aussi éprouvant comme l’est la compétition pour accéder à l’Elysée.

Après Hulot, voilà désormais Duflot hors-circuit. Mais à la différence de Nicolas, Cécile est entièrement responsable du rejet des militants d’EELV verts à son encontre. En décidant seule de quitter le gouvernement Valls, en choisissant seule de tendre la main à Jean-Luc Mélenchon pour très vite s’en détourner, en se prédestinant toujours seule à une candidature aux prochaines présidentielles, pensant les primaires comme une formalité de campagne, Cécile Duflot s’est disqualifiée elle-même pour la prochaine grande échéance électorale, et peut-être avec elle son parti. Car en effet, elle incarne aujourd’hui une sorte de gâchis de l’écologie politique en France. Après de beaux succès électoraux dans les années 2000, avec Noël Mamère recueillant plus de 5% des voix aux présidentielles de 2002, puis le meilleur score national des écologistes à une élection lors des Européennes de 2009, l’écologie politique semblait s’organiser autour d’une force commune et près à peser sérieusement sur le débat en France. Les partis traditionnels d’ailleurs avaient pris note de ce mouvement en complétant leurs discours et leurs programmes de considérations environnementales. Avec le succès aux Européennes, les écologistes étaient parvenus, non sans mal, à constituer un parti unique autour de l’écologie. EELV était né et promettait des lendemains enchanteurs…qui ne verront guère le jour.

Europe Ecologie Les Verts s’est créé avec la réunion de différents courants écologistes, mais aussi de fortes personnalités qui ne se sont jamais véritablement soumises à une discipline collective de parti politique. Il y a bien eu  la figure tutélaire de Daniel Cohn-Bendit, mais celui-ci aussi influent soit-il ne s’est pas engagé totalement dans la direction du mouvement, laissant un vide dans lequel s’est engouffré Cécile Duflot. Elle sera donc une toute jeune secrétaire nationale d’EELV, prometteuse au début de son mandat, puis décevante ensuite avec une direction du parti plus clanique que consensuelle, ceci motivant le départ de « poids lourds » comme Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit et Noël Mamère. Suite à cela, on a pu penser Cécile Duflot très rusée et pourquoi pas considérer que l’éviction de quelques ténors était un mal nécessaire pour mettre le parti écologiste en ordre de marche. Mais les vieux démons n’abandonnent jamais leur proie. L’écologie politique en France a toujours peiné à instaurer un mode de gouvernance cohérent et durable, et dès lors les luttes de personne l’emportent sur la dynamique de groupe. Mais parfois le collectif se rebelle, n’accepte plus les initiatives personnelles sans concertation et qui pourtant engagent l’avenir du mouvement. Cécile Duflot a certainement oublié cela. Les militants écologistes, avec les primaires, se sont rappelés à son bon souvenir.

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Quand les libéraux ont la mémoire sélective

Les libéraux et le libéralisme

L’économie n’a pas toujours été employée pour justifier l’accumulation des richesses et déterminer la mesure de celles-ci. Avant le XVIe siècle, elle était avant tout d’inspiration théologique et en conséquence marquée par de nombreux interdits et contraintes morales. Pendant longtemps l’Eglise catholique n’autorisait pas le prêt avec intérêts, estimant cette pratique usuraire, comme une façon pour les créanciers de s’enrichir avec la peine des autres. Ce n’est qu’une fois pensée plus seulement par des théologiens, mais également par des philosophes puis par des fonctionnaires, que l’économie se libère des carcans religieux. Elle devient politique, puis plus tard scientifique. A partir du XVIe siècle, les souverains comprennent que la richesse d’un Etat fait sa puissance, les métaux précieux servant à financer la guerre. Les thèses mercantilistes se développent, les souverains et les marchands s’associent, les premiers assurant aux seconds la liberté et la garantie de pouvoir commercer, les seconds apportant aux premiers de la richesse avec l’impôt. Dans le même temps, la religion chrétienne est bousculée, avec le protestantisme qui rompt avec le catholicisme, défiant l’autorité papale jusqu’à ne plus la reconnaître. Les protestants se démarquent aussi des catholiques sur le plan économique, considérant le profit comme l’expression d’un talent voulu par le Créateur et non comme une manifestation diabolique. La vertu n’est pas exclue de leur raisonnement en estimant que les bénéfices ne sont pas à conserver par ceux qui les réalisent mais doivent être réinvestis au profit de tous. Cependant, les protestants ne vont pas jusqu’à la synthèse qui sera faite à la fin du XVIIe, début XVIIIe siècle, par certains théoriciens. En effet, des idées émergent et dessinent une nouvelle relation entre l’individu et la collectivité, à savoir que les vices privés seraient générateurs de vertus collectives. Chacun agissant pour son propre intérêt contribuerait avec tous les autres au bien-être général. Cette proposition dialectique est au fondement du libéralisme.

L’histoire est parfois un peu facétieuse. Parmi les penseurs qui ont renversé les préceptes religieux sur la richesse, il en est un dont le nom était Montchrestien, Antoine de Montchrestien plus précisément. Avec d’autres, il bouleversa le rapport de l’homme avec l’argent, en appréciant la richesse comme une source de prospérité au lieu de la honnir. C’est dans cet esprit du XVIIe siècle que Colbert, ministre de Louis XIV, met en pratique les thèses économiques qui s’imposent progressivement, avec une politique interventionniste orientée vers le mercantilisme. La France va alors connaître un formidable essor industriel et commercial. Le colbertisme succède ensuite à Colbert. Aujourd’hui encore, des hommes et des femmes politiques se réclament de l’héritage colbertiste lorsqu’ils revendiquent la primauté du politique sur l’économie. A l’opposé on trouve les libéraux pour qui l’interventionnisme étatique nuit à la convergence quasi-mécanique, au travers du marché, entre les intérêts individuels et le souci général. Ils se considèrent volontiers comme étant dans la lignée d’Adam Smith, penseur du XVIIIe siècle qui tenta d’expliquer comment des individus mus par leurs passions égoïstes contribuent au bienfait collectif alors qu’ils n’en n’ont nullement l’intention, ni même conscience. La Main invisible est née de cette réflexion, représentant une force transcendante qui en échappant à tous sert le bien-être de tout le monde. Adam Smith ne trouva pas d’explication rationnelle à cela, empruntant d’ailleurs un chemin plus théologique que scientifique pour fonder sa théorie. La religion n’est jamais bien loin de la raison quand celle-ci finit dans une impasse.

Le libéralisme contemporain fait peu de cas du saut fondamental que fait Adam Smith pour passer de l’individu à la collectivité. Cette amnésie, si tant est qu’elle en soit une, a l’avantage de ne pas remettre en cause la primauté du marché sur l’action publique. Elle participe même de la pensée dominante qui accorde à l’économie le soin de guider la collectivité et visant à réduire le plus possible la puissance politique. Adam Smith n’est pas non plus l’ultralibéral que l’on présente volontiers comme tel. Dans son ouvrage le plus célèbre, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, l’économiste et philosophe écossais reconnaît la nécessité pour l’Etat d’intervenir dans certaines situations. Il n’est certes pas le plus colbertiste des penseurs qui soit, mais l’impôt n’est pas pour lui une entrave au bien-être général. De cela aussi, le libéralisme contemporain semble amnésique.

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Quand François Hollande se perd dans la synthèse au lieu de rassembler

Holllande, la synthèse, le rassemblement

En 1967, Georges Pompidou alors Premier ministre déclarait que la France serait au bord de la révolution si plus de 500 000 personnes se trouveraient sans emploi. Cinquante plus tard, la société française n’a pas eu à connaître de renversement révolutionnaire même si le nombre de chômeurs est aujourd’hui bien supérieur au seuil crépusculaire annoncé par Pompidou. Y’a-t-il donc comme une sorte de fatalité qui pousse les esprits à la résignation à propos du chômage ? En 1993, le président François Mitterrand semblait rendre les armes sur le sujet, en affirmant que l’on avait tout essayé. Fin de l’histoire. Le modèle français comme dans d’autres pays dits riches intègrerait le fait qu’une part importante de la population soit sans activité. Le fatalisme pourtant est un bien piètre conseiller, et la politique sert justement à refuser les déterminismes, à ne pas considérer que tout est joué d’avance, pire à sombrer dans le renoncement. Tout a peut-être été essayé comme le disait François Mitterrand, cela n’empêche pas de réessayer dans des formes différentes. En matière de lutte contre le chômage, les recettes ne sont pas non plus multiples.

Les façons de dynamiser l’emploi sont un marqueur clivant entre gauche et droite. D’ordinaire, à gauche on vise plutôt la sécurité des salariés, à droite la flexibilité du travail. Mais notre époque politique est singulière, traversée par deux tendances politiques de fond, avec d’une part la poussée des extrêmes à droite, d’autre part le centrisme. C’est surtout cette seconde direction qui a permis l’émergence de la flexisécurité censée être la solution au problème du chômage, en conciliant sécurité et flexibilité sur le marché du travail. Les promoteurs de cette idée la présente comme gagnante pour les deux parties concernées, les salariés et les employeurs, et ainsi ce gain mutuel permettrait des assouplissements en termes d’offres et de demandes d’emploi bénéfiques aux personnes en recherche d’activité professionnelle. A l’inverse, ceux qui s’opposent à la flexisécurité la considère comme une voie profitant exclusivement aux entreprises en leur permettant de pouvoir licencier plus aisément. L’équilibre entre salariés et employeurs promis en synthétisant sécurité et flexibilité serait un leurre. La loi El Khomri ne leur a pas donné tort. La partie sécurité du dispositif est passée presque inaperçue car bien trop générale par rapport aux mesures précises en faveur d’une plus grande souplesse du marché du travail, notamment à propos des licenciements. Il ne manquait plus que la loi soit portée par le pouvoir de gauche en place pour que les pistes soient définitivement brouillées.

La synthèse est un art bien difficile en politique. Elle suppose de renoncer à une partie de ses convictions pour en accepter d’autres qui à l’origine ne sont pas les siennes. Elle est cependant indispensable pour celle ou celui qui prétend prendre la tête d’un parti politique. Les courants y sont en effet nombreux, il ne faudrait pas que tout cela déborde jusqu’à créer des scissions, des ruptures. François Hollande a très bien su faire cela en tant que secrétaire national du parti socialiste durant une décennie. Une fois devenue président de la République, il pensait manifestement pouvoir conserver la même méthode. Mais la tête de l’Etat exige plus le rassemblement que la synthèse, autour d’un projet clair et précis. Sur le chômage avec entre autres la loi El Kohmri, comme sur le reste, François Hollande s’est perdu à synthétiser plutôt qu’à rassembler.

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Le grand écart de Jean-Luc Mélenchon, ou quand une campagne pour les présidentielles passe de l’horizontalité à la verticalité

Mélenchon et la campagne présidentielle

Une nouvelle fois, Jean-Luc Mélenchon semble à l’aise dans son costume de candidat à la présidentielle. En 2012, l’ancien socialiste était devenu le leader de la gauche radicale, prêt des extrêmes, en réalisant une campagne efficace, empreinte de certaines envolées lyriques, comme lors d’un discours resté célèbre à la Bastille. Le résultat fût bon. Mélenchon afficha presque quatre millions de voix à son actif le soir du premier tour. Son soutien à François Hollande pour le second tour contribua aussi pour partie à la victoire du candidat socialiste. Qu’en sera-t-il en 2017 si Mélenchon venait à réaliser un score proche, voire supérieur, à celui de 2012 ? On l’imagine mal soutenant François Hollande tant il critiqua la politique de celui-ci durant tout le mandat présidentiel qui s’achève. Jean-Luc Mélenchon vise peut-être de dépasser le prétendant socialiste à la prochaine présidentielle, et se trouver alors dans la situation où c’est lui qui chercherait des ressources électorales auprès des autres candidats de gauche. Dans tel cas, on peut également penser que François Hollande hors-jeu dès le premier tour n’aide guère son ancien compagnon de route à franchir les portes de l’Elysée. De toute façon, tant que le scrutin n’a pas eu lieu, les supputations et autres hypothèses appartiennent à la politique-fiction. Le rapport Hollande-Mélenchon ne sera définitif que le soir du 23 avril 2017, si tant est que le président en exercice soit candidat à sa propre succession. Après que François Hollande se soit dernièrement perdu dans des confidences qui n’honorent certainement pas sa fonction présidentielle, le doute est permis ! Mais cela est une autre histoire. Ce qui peut être analysée aujourd’hui, c’est la manière dont Jean-Luc Mélenchon mène déjà sa campagne présidentielle.

Au-delà des idées et des projets, il faut reconnaître à l’ex-président du Front de gauche sa capacité à innover sur la façon de faire de la politique. En effet, Jean-Luc Mélenchon tente de concilier deux approches qui fondamentalement sont opposables, se situant entre horizontalité et verticalité. Le candidat a bien saisi dans les derniers mouvements d’humeur sociale l’importance accordée par ceux qui y participèrent de l’absence de meneur véritable. Il y avait certes des figures mais pas de tête unique menant les dernières protestations d’envergure, avec Nuit Debout par exemple ou encore lors des contestations de masse contre la loi El Khomri. Cette tendance à l’horizontalité n’est pas spécifique à la France. Dans d’autres endroits du monde, comme en Ukraine sur la place Maidan, ou encore aux Etats-Unis avec Occupy Wall Street, les leaders se sont effacés devant les masses protestataires. Les soulèvements contestataires sont désormais de moins en moins personnifiés, notamment avec les réseaux sociaux qui multiplient les porte-voix.

S’agissant de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas là un mouvement spontané de révolte ou encore de rébellion, mais d’une organisation se mettant progressivement en place dans l’objectif de concourir aux prochaines élections présidentielles. Dans le cas présent, l’horizontalité est possible jusqu’à un certain point. Il faudra bien une tête et une seule à présenter aux électeurs français. Le défi de l’ex-patron du Front de gauche sera donc de passer d’une campagne horizontale à la verticalité qu’exige le dépôt d’une candidature individuelle. Pas-sûr qu’il puisse alors réaliser la transition sans avoir à faire le grand-écart, ce que les électeurs bien souvent n’apprécient guère.

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Bal tragique aux primaires de droite ! Un mort, l’impôt sur la fortune

L'impôt sur la fortune et les primaires de la droite et du centre

Les primaires au sein d’un parti se caractérisent par un vote interne, mais aussi par le débat entre les candidats où chacun fait ses propositions et essaie de se singulariser vis-à-vis des autres. Les consensus ne sont cependant pas interdits au cours de cet exercice, parfois même sont-ils plus remarquables que des différences à la marge. Lors de la première confrontation télévisée entre les prétendants de la droite et du centre pour l’investiture à la prochaine présidentielle, la suppression de l’Impôt sur la Fortune (ISF) est revenue dans la bouche de chaque participant, hormis Nathalie Kosciusko-Morizet. Haro sur l’ISF ! La droite si elle l’emporte réduira la facture fiscale des plus fortunés. Le projet semble simple. On défiscalise pour réduire le poids des contributions de celles et ceux propriétaires d’un patrimoine conséquent. Simple et pourtant la droite n’a jamais été à l’aise avec ce sujet. A ce titre, Alain Juppé est peut-être le plus gêné des candidats sur cette question. C’est que sa longue carrière politique a été entre autres marquée par sa célèbre volte-face concernant l’ISF, en le supprimant en 1986 lorsqu’il fût ministre du budget, puis en l’alourdissant une fois à Matignon en 1995. Dernièrement, le maire de Bordeaux se fendait d’un mea-culpa sur le déplafonnement de l’impôt sur la fortune qu’il décidé quand il était Premier ministre, regret exprimé et vite remisé pour aussitôt réaffirmer son opposition à taxer les plus fortunés. Alain Juppé, comme ses camarades de la primaire est de droite. Sa proposition de supprimer l’ISF n’est donc pas surprenante. Ses arguments pour la justifier sont par contre toujours aussi fallacieux.

Alain Juppé, comme ses concurrents, use d’une ficelle déjà bien éprouvée pour condamner une taxation plus élevée des contribuables les plus aisés : l’impôt les ferait fuir, et donc fuyant, ce serait autant de capitaux en moins à disposition de l’économie française, donc moins d’investissement, donc moins d’activité, donc moins d’emplois…On connaît ces enchaînements économiques dont se prévalent hommes et femmes politiques, de gauche comme de droite d’ailleurs, pour recommander ce qu’il ne faut pas faire et que eux , s’ils étaient au pouvoir, ne feraient pas. A propos de l’ISF, certains oublient un peu vite que la fuite n’est possible qu’à condition d’être mobile. Il en va des capitaux comme des hommes ! Sachant qu’une bonne part de l’impôt sur la fortune est générée par des biens immobiliers, difficile alors d’envisager ces chers contribuables fortunés passant la frontière avec leurs actifs immobiliers dans leurs bagages. En outre, s’ils avaient tous la même idée de vendre leurs immeubles pour récupérer de l’argent liquide et ainsi faire circuler plus aisément leurs avoirs, le marché immobilier se trouverait vite saturer par une offre disproportionnée entraînant une baisse significative de la valeur des patrimoines. On a connu meilleure stratégie d’optimisation fiscale…

Considérer qu’imposer plus conséquemment les patrimoines freine l’activité revient à penser que seule la fiscalité est un déterminant pour dans le choix d’investir. Cette réflexion est plus un raccourci qu’un cheminement fondé. On ne peut certes pas nier que l’impôt est un critère de décision pour l’investisseur. Mais il est bien loin d’être le seul. L’investissement repose avant tout sur un projet et les moyens de le réaliser dans un environnement économique donné. La garantie des institutions, la qualité des infrastructures, les niveaux de qualification des salariés, l’effort public en direction de la recherche, sont bien plus générateurs de croissance, donc de rendements financiers pour les investisseurs, qu’une simple remise sur une facture fiscale.

L’ISF rapporte chaque année à l’Etat français 5 milliards d’euros de recettes. Comparativement, l’impôt sur le revenu dégage annuellement une rentrée fiscale de 76 milliards d’euros. L’impôt le plus injuste qui soit, la TVA, génère quant à lui un gain budgétaire de plus 195 milliards d’euros par an. Il est donc faux de d’affirmer que la fiscalité française est confiscatoire à propos des plus fortunés. Le taux de prélèvements obligatoires est très élevé en France, trop certainement, mais il l’est pour tous et d’autant moins supportable que les revenus sont faibles. D’ailleurs, la droite adosse la suppression de l’ISF à la compétitivité de l’économie française. Il n’est dans leurs propos jamais question de justice fiscale. Quand on sait que les revenus du patrimoine ont fortement progressé au cours des trente dernières années et captent aujourd’hui une bonne partie des fruits de la croissance, il ne manquerait plus que la droite se présente comme justicière en annonçant la mort programmée de l’ISF.

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La musique pour donner le présent que nous refuse le temps

La fuite du temps avec Dali

Goethe écrivît : « Le présent est notre seul bonheur ». On pourrait dire aujourd’hui du présent qu’il est l’objet d’un culte. Après la religion, la nation, l’argent, le corps, c’est à son tour d’être sacralisé. Il faut vivre l’instant présent, profiter de ce qui est ici et maintenant,  se réaliser tout de suite pendant qu’il est encore temps, comme si quelque chose était compté, comme si un grand ordonnateur chronomètre en main surveillait l’usage que l’ont fait de chaque moment. Après les prières, les idéologies, l’avidité et l’égocentrisme, voilà une nouvelle tyrannie censée donnée sens à nos existences. Nous avons tant besoin de servitude pour au moins s’éviter d’avoir à chercher son chemin. C’est ainsi que le présent serait notre nouvelle boussole…sans point cardinal. Alors que la religion a ses commandements, la nation ses idéologies, l’argent sa valeur, le corps ses traits, le présent lui est vide de tout. Cultiver le présent semble être le meilleur conseil qui soit. C’est en fait la plus cruelle injonction qui puisse être. Signe de notre temps, après avoir tout possédé, il faudrait disposer du présent comme d’un objet, le posséder pour en jouir à sa guise. Sauf que nous sommes là face à la plus grande des contradictions en voulant détenir ce qui n’existe pas. Pensez au présent et il n’existe déjà plus, pensez le vers l’avenir et il n’est pas encore. Faudrait-il alors ne penser à rien pour être totalement là, au présent ? Ce serait tout de même paradoxal que de penser profiter pleinement de ce qui est ici et maintenant en recommandant de ne pas être totalement là. Quelques leçons entendues ici et là sont pour le moins incongrues lorsqu’elles recommandent de s’oublier pour être totalement soi et adhérer ainsi le plus possible au présent. On a beau essayer, il y a toujours quelqu’un qui frappe à la porte, quelqu’un qui insiste et qui n’est personne d’autre que soi-même.

Le présent est insaisissable si on le considère comme du temps. Il n’y a qu’à voir cette aiguille sur cette horloge qui jamais ne s’arrête, comme si elle fuyait sans jamais renoncer un grand péril. On ne peut pourtant pas se résoudre à penser que le présent n’existe pas car ce serait conclure que nous ne sommes pas, ce qui est absurde, et autant nous avons besoin de servitudes pour en faire nos alliées, autant l’absurdité est une ennemie redoutable. Par contre, il n’est pas aberrant de prétendre être particulièrement installé dans le présent lorsque nous ne voyons pas le temps passer. On connaît tous cette impression d’avoir réalisé quelque chose sans s’être rendu compte du temps nécessaire pour le faire, comme si nous avions été hors du temps, tellement pris par notre action. Ce n’était pas là un moment d’oubli de soi, bien au contraire. Nous n’étions pas non plus ailleurs, mais bien présent. Nous étions là à faire ce qui nous occupait sans se préoccuper, reliant avec le geste passé, présent et futur. Ce lien, il est possible de l’imaginer comme un fragment d’éternité, le témoignage de quelque chose échappant au temps, qui dure toujours. Pourquoi pas. Après tout, à chacun ses croyances.  Toujours est-il que cette sensation partagée laisse à imaginer que le présent se sent plus qu’il ne se pense. Le présent est moins du temps que de la durée. On vit la durée alors que les temps, passé, présent et futur, nous sont définitivement inaccessibles.

La musique illustre merveilleusement la différence fondamentale entre le temps et la durée. Chaque note jouée isolément est un son, comme une ponctuation dans le temps. Mais une fois que chacune se fond avec les autres dans la durée, la mélodie s’installe et comme par magie, notre oreille entend déjà la note qui vient après celle jouée à l’instant, après que la précédente se soit tue. La musique nous donne ce présent que nous refuse le temps.

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Retour sur le débat des primaires de la droite et du centre…sans centriste

Primaire de la droite et du centre sans centriste

Une primaire au sein d’un parti est l’occasion de voir des candidats d’une même famille politique débattre, avec le risque néanmoins que l’exercice soit détourné pour se transformer en un règlement de comptes entre des participants se laissant déborder par de vieilles rancœurs. Lors du premier débat réunissant l’ensemble des prétendants du parti Les Républicains pour la candidature aux prochaines présidentielles,  il y eu bien quelques escarmouches lancées ici et là entre les adversaires. Les échanges cependant restèrent plus au niveau d’une confrontation que d’un affrontement. Ceux qui espéraient une belle foire d’empoignades auront certainement été déçus. La politique intéresse aussi pour le spectacle qu’elle peut produire. Certains diront que celui-ci n’était pas au rendez-vous jeudi soir pour cette rencontre inédite entre un ex-président, deux ex-premiers ministres, des ex-membres du gouvernement. En effet, à part un candidat, le débat des primaires de la droite et du centre comme chacun aime le rappeler alors qu’aucun représentant centriste n’est présent, ressemblait fort bien à une réunion des « ex ». On pouvait donc s’attendre à des passes d’armes spectaculaires entre les concurrents compte tenu de leurs expériences conjointes pour l’exercice du pouvoir. Le couple Sarkozy-Fillon, pour ce qu’il en reste aujourd’hui, illustre bien l’animosité pouvant résulter d’une collaboration à la tête de l’exécutif durant plusieurs années.

Les tensions n’étaient pas restées aux vestiaires une fois ouverte l’arène des primaires. Le masque de Sarkozy et les sourires de façade en disait long sur les querelles intestines qui agitent la droite française depuis quelques temps. Mais les rivalités ont été contenues et l’on a même vu des consensus se former. Sur le fond, cela n’a rien de surprenant. Au sein d’une même force politique, ce sont bien plus des oppositions de personnes que d’idées qui s’affichent. Mais une fois que les antagonismes personnels sont bridés par l’enjeu d’un débat, comme c’était le cas lors du premier temps fort des primaires de la droite et du centre, chacun jouant la retenue pour ne pas trop se découvrir, on se rend très vite compte qu’aucune différence majeure ne singularise telle ou telle candidature par rapport aux autres. A ce titre, la primaire est très intéressante pour un parti car exprimant un corpus idéologique sous des formes différentes, elle permet de marquer les esprits sur le terrain des idées. Cette exposition dynamise même une campagne électorale à condition que la sérénité l’emporte sur les passions. La gauche avait réussi cela en 2011 et le vainqueur des primaires socialistes fût ensuite élu Président de la République. La droite est-elle capable de réussir de la sorte en 2017 après avoir débattu en son sein dès 2016 ? Impossible bien évidemment d’y répondre aujourd’hui. Mais sur l’essentiel, les sept candidatures à l’investiture pour représenter leur camp lors des prochaines présidentielles sont identiques. Tous d’accord donc et en même temps prêts à en découdre pour apparaître comme le plus différent de tous. Cristallisant les contrastes, les dissemblances, les dissimilitudes qui finalement n’en sont guère, la primaire est décidemment un des moments les plus passionnants de la vie politique.

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« Un président ne devrait pas dire çà… », ou quand François Hollande peut-être solde ses comptes

Hollande et le président qui ne devrait pas dire ça

« Un président ne devrait pas dire çà… ». On pourrait prendre au pied de la lettre le titre du livre dans lequel François Hollande se confie et se demander quelle mouche à bien pu piquer le président actuel pour se livrer de la sorte dans cet ouvrage. On connaît le goût de Hollande pour la confidence et les rapports particuliers qu’il peut entretenir avec la presse. Ce n’est pas la première fois qu’il s’exécute devant des journalistes en ouvrant son intimité. Ce n’est pas non plus le premier homme politique à pratiquer ainsi. L’épanchement public est un moment politique parmi d’autres. Mais ce qui est nouveau, c’est qu’il est désormais pratiqué alors même que l’intéressé est en fonction. Par le passé, les confidences venaient se glisser dans des mémoires écrites à la suite d’un long parcours au service de l’Etat. Dorénavant, elles n’attendent plus. Il faut écrire ou faire écrire de suite, avant même que le pouvoir soit rendu, comme s’il fallait battre le fer pendant qu’il est encore chaud. La vie politique elle non plus n’a pas échappé à cet air du temps qui veut que tout soit immédiat pour très vite passer ou penser à autre chose. Les livres politiques sont désormais plus des témoignages instantanés que des mémoires de fond puisqu’il n’est pas laissé le temps à leurs auteurs de les coucher sur le papier, ou alors ne le souhaitent-ils pas pour des considérations électoralistes, ce qui semble être le cas de François Hollande à quelques mois de la prochaine présidentielle.

Un président de la République commet toujours des erreurs durant son mandat. Certaines sont plus importantes que d’autres et compromettent un avenir politique. François Hollande comme ses prédécesseurs s’est trompé et cela n’a rien d’anormal. Mais qu’une erreur se répète, celle-ci prend très vite des allures de faute. En matière de communication, et l‘on sait l’importance de l’image en politique, le président socialiste se sera égaré depuis sa prise de fonction présidentielle. On se souvient qu’il se présenta comme un « président normal » une fois prises ses fonctions élyséennes. C’était une façon pour lui de rompre avec le style Sarkozy. Ce fut une bévue. Les français ne le comprirent pas. On ne peut imaginer qu’être Président de la République puisse être une fonction ordinaire, et les électeurs ne le souhaitent pas. Etre chef de l’Etat exige des qualités exceptionnelles et la normalité ne peut satisfaire cette exigence. La présidence de la République requiert une stature unique chez celle ou celui qui la représente. Mitterrand l’avait, Chirac un peu moins peut-être. Il n’est pas étonnant que Juppé actuellement en pleine course des primaires déclare aujourd’hui une certaine admiration pour le premier et l’on sait la fidélité qui fût la sienne à l’égard du second. Lui qui n’est pourtant pas le plus à l’aise avec la communication a compris que la République fonctionne aussi avec des symboles, et la présidence en est un des plus illustres. François Hollande lui se perd toujours dans ses errances communicantes. Une fois encore il avance en « président normal » avec le dernier livre confidence dont il est le héros, mettant au passage très mal à l’aise son camp politique à quelques mois d’une campagne présidentielle qui comme toujours sera très rude. L’exercice a de quoi surprendre. On comprend mal pourquoi François Hollande pratique de la sorte, notamment lorsqu’à longueur de pages il fait part de convictions qui sont à l’opposé de ce que fût son action à la tête de l’exécutif, comme à propos de la déchéance de nationalité. Le procédé est pour le moins surprenant chez celui qui peut-être bientôt se déclarera candidat. A moins qu’il s’agisse d’un livre pour solde de tout compte…

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