Quand François Hollande tomba après Nicolas Sarkozy

Hollande et Sarkozy absents de la présidentielle 2017

François Hollande ne sera pas candidat à sa propre succession. Celui qui se voulait être un président « normal » a décidé une sortie politique inédite dans l’histoire de la Ve République puisque tous ses prédécesseurs s’étaient eux engagés dans la course présidentielle pour prolonger leur mandat. Mais Hollande avait-il vraiment le choix ? Jamais un président ne fût aussi impopulaire et ceci si durablement que l’actuel locataire de l’Elysée. Rarement un homme au pouvoir aura vu son propre camps se déchirer à son propos jusqu’à générer des fractures dangereuses pour l’avenir même de son parti. Jamais un Président de la République ne se livra comme lui à la confidence, l’exercice ressemblant fort bien à un suicide politique. Rarement un chef d’Etat n’eût à connaître autant de critiques, de sarcasmes, de railleries même à son encontre, jusqu’à ce que son autorité soit ébranlée et son image totalement écornée, rendant inaudible le moindre de ses messages politiques.

François Hollande ne sera jamais vraiment parvenu à incarner le pouvoir. C’est bien plus sur la forme, sur l’exercice de la fonction présidentielle, qu’il a échoué. C’est l’histoire d’un candidat qui après avoir séduit les français les a perdus une fois devenu président. Après tout, le bilan de François Hollande n’est pas plus mauvais que celui de ses prédécesseurs. On lui doit au moins de ne pas avoir sabordé le système de protection sociale en France malgré des tensions économiques très fortes. Il a également permis aux entreprises de restaurer leurs marges, n’en déplaise à la droite qui ne propose pas mieux. Il a son actif la dernière grande avancée républicaine en France avec la loi sur le mariage pour tous. Il s’attela aussi à redonner à l’école les moyens de ses ambitions, soit la réduction des inégalités pour moins d’endogamie sociale. Il fût aux côtés des forces de l’ordre lorsque la France fût victime d’attaques terroristes inégalées sur son sol.

François Hollande a fait des erreurs politiques. Mais qui n’en fait pas. La plus importante de toutes est certainement de ne pas avoir renégocié le traité budgétaire européen dès son accession à l’Elysée. Très vite le discours du Bourget ne fût plus qu’un souvenir de campagne. François Hollande donna aussi l’impression de renoncer face à la pression de l’Allemagne pour plus d’austérité en Europe. Alors que nombres d’économies européennes étaient déjà exsangues, celles-ci se retrouvèrent à payer un coût budgétaire toujours plus élevé. François Hollande n’a pas su inverser la tendance. Le discrédit s’est emparé de sa fonction puis le désamour des français de sa personne. Un d’Etat incarne un mandat présidentiel et aussi un rapport affectif entre un peuple et celui qui le représente. Cette relation rapidement a été troublée entre François Hollande et les français.

Décider de ne pas être candidat est tout aussi courageux que de s’engager en politique mais plus douloureux lorsque l’on y est contraint. François Hollande une fois de plus sème le trouble dans les esprits. On est à la fois partagé entre le courage qu’inspire sa décision pour le service de l’intérêt  général et une forme d’apitoiement devant un homme qui n’a d’autre choix que de partir. François Hollande rebat également quelques cartes pour les semaines à venir en n’étant pas candidat. Son départ programmé crée un nouvel espace politique qui à n’en pas douter sera très vite investi par Manuel Valls. Qui sait si bientôt nous ne verrons pas s’affronter deux ex-premier ministres respectivement débarrassés de « leur » président et impatients d’être à leur tour au sommet de l’Etat.

Retour à l’accueil

Finances publiques et dette entre expertise et manipulation

Finances publiques et dette au coeur de l'expertise et de la manipulation

A entendre bon nombre de politiques français plutôt classés à droite et bon nombre d’économistes de tradition libérale, la dette publique serait un mal français. Les commentaires sont légion sur une situation française présentée volontiers comme catastrophique concernant les finances publiques. Nous serions près du précipice, au bord même de la faillite selon les propos du récent vainqueur des primaires, François Fillon, quand celui-ci était à Matignon. Les discours alarmistes ne suffisent pas cependant à effacer les contre-vérités qui parfois les fondent pour affirmer des positions bien plus idéologiques que descriptives de la réalité. Concernant la dette, il est possible d’en distinguer deux.

Premièrement, la France est loin d’être le seul pays riche endetté. Certains Etats le sont d’ailleurs dans des proportions plus élevées, comme le Japon dont la dette est deux fois supérieure à la richesse produite annuellement et ceci depuis de nombreuses années. Une dette est en effet supportable si elle est financée. Concernant l’Etat japonais, celui-ci peut compter sur l’épargne des ménages pour emprunter. La France aussi dispose de capacités d’emprunt, notamment auprès des investisseurs institutionnels qui lui prêtent volontiers de l’argent. En outre, comme au Japon, une partie de la dette française est financée par les français eux-mêmes, au travers des contrats d’assurance-vie qui restent l’un des placements privilégiés des épargnants.

Ensuite, dire que la France est en faillite est un non-sens puisque contrairement à une entreprise, un Etat ne peut pas être déclaré comme tel, donc disparaître, même s’il n’est plus en mesure de rembourser ce qu’il doit. Tout pays s’appuie sur un cadre étatique qui perdure et évolue. Tout au plus un Etat fait-il défaut lorsqu’il se trouve dans l’incapacité de régler son dû. Ce n’est pas le cas actuellement de la France. D’ailleurs, il y a bien longtemps que l’Etat français n’a plus fait défaut vis-à-vis de ses créanciers, soit la dernière fois en 1812 après un quart de siècle traversé par une révolution sans précédent et des campagnes napoléoniennes ayant asséché les caisses de l’Etat. C’était là seulement une situation historique suite à des soubresauts politiques d’une ampleur rarement égalée. Même après les deux guerres mondiales du XXe siècle, la France a toujours depuis su faire face à ses échéances…

L’endettement public occupe une place importante dans les débats économiques, politiques, médiatiques. D’un côté on trouvera l’expert qui promet aux générations futures d’être écrasées par le poids d’une dette dont ils ne sont absolument pas responsables. De l’autre, un expert réclamera plus d’endettement pour relancer l’économie, laquelle relance profiterait aux même générations futures. Qui a raison ? Seul un troisième expert nous le dira ! En matière de finances publiques, les expertises se mêlent aux discours politiques jusqu’à devenir inaudibles. On finit par ne plus savoir qui a raison et qui a tort, plus grave qui manipule qui.

Retour à l’accueil

Merci patron !…ou le scandale des rémunérations de certains dirigeants du CAC 40

Salaire des grands patrons

Les actionnaires, à l’instar de députés de la majorité, seraient-ils devenus des frondeurs en manifestant leur désaccord à propos de la rémunération de leurs dirigeants ? Par le passé, les salaires de l’exécutif opérationnel ne sortaient guère des conseils d’administration feutrés. Mais depuis 2014, les entreprises adhérentes au Medef sont tenues de pratiquer le « say on pay », soit de demander aux actionnaires leur avis à propos de la rémunération des dirigeants. Il s’agit là uniquement d’un vote consultatif, les administrateurs restant les seuls décideurs sur ce point. La directive initiée par le syndicat patronal est certes une démarche intéressante en obligeant les grandes sociétés à plus de transparence. Mais compte tenu des niveaux astronomiques, pour ne dire scandaleux, de certaines rémunérations allouées, la transparence ne suffit pas toujours. A l’évidence, le recours à la loi apparaît nécessaire. Dans cet esprit, il serait peut-être temps de changer un point clé de gouvernance des grandes entreprises, à savoir donner aux actionnaires, et non plus aux seuls administrateurs, le soin de décider des salaires à verser au dirigeant.

Même si la loi impose un cumul des mandats, il n’est pas rare de retrouver les mêmes personnes dans différents conseils d’administration des principales sociétés cotées en Bourse, siégeant dans certaines entités, appartenant à l’exécutif dans d’autres. Autrement dit, un administrateur dans telle société peut décider de la rémunération d’un dirigeant, lequel dans une autre entité sera décideur du salaire de l’administrateur en question puisqu’à son tour membre de l’exécutif. Ainsi, des situations de conflit d’intérêt sont toujours possibles si c’est entre-soi que sont fixés les salaires des grands patrons. Le code de gouvernance émis par le Medef va certainement dans le bon sens, pour preuve la rémunération des dirigeants n’est plus seulement une simple formalité entre personnes averties, en étant projetée sous les feux de l’actualité. Mais le droit est nécessaire pour éviter à l’inverse de tomber dans des travers populistes. Il n’est pas anormal qu’un dirigeant est un niveau de rémunération conséquent compte tenu de la responsabilité qui est la sienne sur la marche générale de l’entreprise. Mais encore faut-il que son salaire soit véritablement indexé sur cette responsabilité, ce qui n’est pas toujours le cas. Certaines pratiques sont révoltantes au regard des niveaux de salaire et autres avantages de type « parachute doré » dont les sommes en jeu sont indécentes.

Les actions de performance pensées par Emmanuel Macron et inscrites dans la loi éponyme ont très vite reçu la faveur de certains grands groupes pour remplacer les fameuses stock-options devenues bien moins intéressantes une fois fiscalisées comme du salaire. Cette disposition cependant apparaît comme un nouvel avantage allouable au grand patronat sans guère de contrepartie. Même si y est accolé le terme de performance, ce type d’actions correspond bien plus à une ponction sur le capital existant qu’à une rémunération indexée sur les résultats. Au moins, avec les stock-options, le dirigeant était personnellement concerné par la situation financière de la société puisqu’il tirait sa rémunération en revendant les titres de la société lui appartenant une fois le cours de bourse supérieur au prix d’exercice des options. Les actions de performance sont elles attribuées gratuitement au dirigeant, d’où une plus value latente sans condition. Les actionnaires auront manifestement encore de quoi afficher leur mécontentement dans les années à venir.

Retour à l’accueil