Quand François Hollande tomba après Nicolas Sarkozy

Hollande et Sarkozy absents de la présidentielle 2017

François Hollande ne sera pas candidat à sa propre succession. Celui qui se voulait être un président « normal » a décidé une sortie politique inédite dans l’histoire de la Ve République puisque tous ses prédécesseurs s’étaient eux engagés dans la course présidentielle pour prolonger leur mandat. Mais Hollande avait-il vraiment le choix ? Jamais un président ne fût aussi impopulaire et ceci si durablement que l’actuel locataire de l’Elysée. Rarement un homme au pouvoir aura vu son propre camps se déchirer à son propos jusqu’à générer des fractures dangereuses pour l’avenir même de son parti. Jamais un Président de la République ne se livra comme lui à la confidence, l’exercice ressemblant fort bien à un suicide politique. Rarement un chef d’Etat n’eût à connaître autant de critiques, de sarcasmes, de railleries même à son encontre, jusqu’à ce que son autorité soit ébranlée et son image totalement écornée, rendant inaudible le moindre de ses messages politiques.

François Hollande ne sera jamais vraiment parvenu à incarner le pouvoir. C’est bien plus sur la forme, sur l’exercice de la fonction présidentielle, qu’il a échoué. C’est l’histoire d’un candidat qui après avoir séduit les français les a perdus une fois devenu président. Après tout, le bilan de François Hollande n’est pas plus mauvais que celui de ses prédécesseurs. On lui doit au moins de ne pas avoir sabordé le système de protection sociale en France malgré des tensions économiques très fortes. Il a également permis aux entreprises de restaurer leurs marges, n’en déplaise à la droite qui ne propose pas mieux. Il a son actif la dernière grande avancée républicaine en France avec la loi sur le mariage pour tous. Il s’attela aussi à redonner à l’école les moyens de ses ambitions, soit la réduction des inégalités pour moins d’endogamie sociale. Il fût aux côtés des forces de l’ordre lorsque la France fût victime d’attaques terroristes inégalées sur son sol.

François Hollande a fait des erreurs politiques. Mais qui n’en fait pas. La plus importante de toutes est certainement de ne pas avoir renégocié le traité budgétaire européen dès son accession à l’Elysée. Très vite le discours du Bourget ne fût plus qu’un souvenir de campagne. François Hollande donna aussi l’impression de renoncer face à la pression de l’Allemagne pour plus d’austérité en Europe. Alors que nombres d’économies européennes étaient déjà exsangues, celles-ci se retrouvèrent à payer un coût budgétaire toujours plus élevé. François Hollande n’a pas su inverser la tendance. Le discrédit s’est emparé de sa fonction puis le désamour des français de sa personne. Un d’Etat incarne un mandat présidentiel et aussi un rapport affectif entre un peuple et celui qui le représente. Cette relation rapidement a été troublée entre François Hollande et les français.

Décider de ne pas être candidat est tout aussi courageux que de s’engager en politique mais plus douloureux lorsque l’on y est contraint. François Hollande une fois de plus sème le trouble dans les esprits. On est à la fois partagé entre le courage qu’inspire sa décision pour le service de l’intérêt  général et une forme d’apitoiement devant un homme qui n’a d’autre choix que de partir. François Hollande rebat également quelques cartes pour les semaines à venir en n’étant pas candidat. Son départ programmé crée un nouvel espace politique qui à n’en pas douter sera très vite investi par Manuel Valls. Qui sait si bientôt nous ne verrons pas s’affronter deux ex-premier ministres respectivement débarrassés de « leur » président et impatients d’être à leur tour au sommet de l’Etat.

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Quand Hollande et Valls s’affrontent au sommet de l’Etat

Hollande contre Valls au sommet de l'exécutif

Les jeux ne sont pas encore faits et rien ne va presque déjà plus au sommet de l’Etat. Dans un entretien auprès d’un quotidien national, le premier ministre s’affirme un peu plus mais toujours sans le dire comme un probable candidat à la primaire socialiste. Dans le même temps, François Hollande devrait prochainement annoncer si lui aussi s’engage dans la bataille élyséenne à venir en se soumettant tout d’abord au vote des militants et sympathisants de gauche. Fait inédit donc dans l’histoire de la Ve République où un président et un premier ministre en exercice et du même bord politique seraient engagés demain dans la même course présidentielle. La gauche était déjà divisée, il ne manquerait plus qu’à son débit s’ajoute une crise institutionnelle. Car en effet, comment imaginer qu’un pays, qui plus est sous état d’urgence, puisse être gouverné sereinement si les deux fonctions clés de l’exécutif s’opposent pour conserver le pouvoir…

La Ve République est un régime présidentiel. Pensé par le Général de Gaulle, le suffrage universel direct devait donner au président élu l’aura suffisante et la légitimité incontestable pour conduire la politique du pays. Assisté d’un gouvernement avec à sa tête un premier ministre, s’appuyant sur un Parlement votant les lois, le Président de la République est ainsi constitutionnellement le premier représentant de l’Etat dont l’autorité est garantie par les institutions. Mais le cadre institutionnel est une chose, l’exercice du pouvoir en est une autre. Même si elle est présidentielle, la Ve République s’est caractérisée par une série d’oppositions, d’affrontements, voire de luttes au sommet de l’Etat. La collaboration entre l’Elysée et Matignon n’a pas toujours été de tout repos, loin de là. Le Général de Gaulle lui-même fût au centre de tensions au sein d’un régime qu’il s’était pourtant taillé à sa mesure. A l’issue de mai 68, son autorité vacille tandis que son premier ministre, Georges Pompidou, sort lui grandi dans sa famille politique tant il sembla affronter seul l’insurrection après que le président se soit réfugié à Baden-Baden. On se souvient également des relations conflictuelles entre le président Giscard et le chef de gouvernement Chirac, ce dernier claquant avec fracas la porte de Matignon pour très vite s’opposer bien plus au pouvoir giscardien qu’au socialiste Mitterrand dont il contribua pour partie à la victoire en 1981. Sont restées également dans les mémoires les passes d’armes entre le même Mitterrand et son meilleur ennemi à gauche, Michel Rocard. L’association des deux hommes au sein de l’exécutif fût moins une collaboration qu’une forme de cohabitation. Mitterrand ne se privera pas d’ailleurs de contrer Rocard aux élections européennes en manipulant son fringuant ministre Bernard Tapie, condamnant son premier ministre à un échec qui l’écartera d’une possible candidature un an plus tard aux présidentielles de 1995.

La Ve République n’a pas été épargnée à sa tête par les conflits.  Cependant, les discordes au plus haut sommet du pouvoir n’ont pas eu raison d’elle. La Ve République demeure. Elle est bien moins instable que le régime des partis qui la précéda. Ce ne sont certainement pas les querelles entre François Hollande et Manuel Valls qui la bousculeront, tout comme les précédents affrontements entre Président de la République et Premier ministre l’ont animée sans la faire tomber. C’est par contre le parti socialiste qui risque fort bien de sombrer un peu plus avec un président et un chef de gouvernement tous deux sortants et candidats.

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La droite vote aux primaires, la gauche se divise avant les primaires

La gauche se divise avant les primaires

Quel que soit le résultat, la droite aura réussi ses primaires. Le premier tour a rassemblé plusieurs millions d’électeurs et a abouti à l’une des plus grandes surprises électorales de la Ve république. Les primaires ont aussi permis d’en finir avec une forme de populisme omniprésent dans les discours et brouillant les messages sensés. Sur la forme, Juppé et Fillon ont délivré un débat sérieux et de qualité dans l’entre-deux tours, bien loin de l’agitation sarkozyste devenue quasi-caricaturale. S’agissant des idées, la droite s’étant durcie ces dernières années, elle proposera un programme mêlant libéralisme, austérité, individualisation. Qui pour lui répondre ? La gauche manifestement ne sera pas dans le meilleur des états pour la contredire d’une voix commune. Au fur et à mesure que les primaires de la Belle Alliance Populaire approchent, les divisions se creusent, au sein du parti socialiste et au-delà.

Il y a tout d’abord ceux qui se présentent sans se soumettre au vote des militants. Arrive en tête Jean-Luc Mélenchon qui a pris tout son monde par une surprise toute relative en se déclarant candidat pour la prochaine présidentielle, ceci sans concertation avec ses alliés d’extrême-gauche. Néanmoins, le concernant les communistes viennent de réaliser un exercice d’un genre nouveau. Les militants se sont en effet prononcés favorablement pour soutenir Mélenchon alors que les cadres du parti ne lui avaient pas accordé leur confiance. Le parti communiste vient en quelque sorte de réaliser une primaire sans candidat en votant pour une personne qui ne leur a même pas demandé leur avis pour se présenter à la prochaine présidentielle. C’est dire dans quel état se trouve aujourd’hui le parti communiste français en sérieux manque d’incarnation.

Côté socialiste, ce serait plutôt l’inverse avec différentes personnalités pour incarner la gauche. Le seul problème, c’est que celles-ci ne s’accordent pas sur la direction politique à emprunter contrairement à la droite. Les affrontements d’ego ne sont certainement pas plus forts chez les socialistes que chez Les Républicains. Ces derniers avec les primaires disposeront d’un candidat unique pour 2017. A gauche par contre, pas sûr que le vote des militants suffit à éteindre les passions discordantes. Les divisions vont bien au-delà des simples luttes de personnes. Les différences idéologiques sont nombreuses et significatives entre les prétendants déclarés et ceux qui le seront bientôt à la candidature présidentielle. La gauche va sortir très fragmentée de cinq ans d’exercice du pouvoir, se cherchant entre la social-démocratie et une voie socialiste plus classique.

A coup sûr la présidentielle de 2017 va constituer un tournant historique pour la gauche dans son ensemble. Les socialistes, les écologistes, les communistes et l’extrême-gauche, sortiront différents de la prochaine élection nationale. Pas étonnant donc qu’ils soient si nombreux à prétendre être celui ou celle qui demain rassemblera après s’être autant divisés aujourd’hui.

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Mais qui est François Fillon ?

fillon-et-les-reactionnaires

Le diable se cache dans les détails nous prévient une expression populaire. Peut-être aussi se sert-il des ambiguïtés pour avancer masqué. Après sa victoire éclatante au premier tout des primaires de la droite et du centre, certains propos équivoques de François Fillon ont suscité nombre d’interrogations, d’inquiétudes, parfois d’indignations. L’Interruption Volontaire de Grossesse par exemple est revenue cette semaine dans le débat politique alors que l’on pensait la question définitivement tranchée depuis bien longtemps. La Manif pour tous semble également avec la victoire de François Fillon retrouvait quelques couleurs même si ce dernier ne s’est pas prononcé publiquement comme incarnant les idées du mouvement réactionnaire. En cette fin de primaires de la droite et du centre qui annonce la suite de la compétition pour les prochaines présidentielles, la réaction semble s’inviter de plus en plus dans les carnets de campagne.

Est réactionnaire tout engagement visant à rétablir aujourd’hui quelque chose du passé. La réaction en tant que courant politique peut être considérée comme une traduction idéologique du « c’était mieux avant », cherchant à diriger la société selon des valeurs qui ne seraient plus effectives depuis longtemps. On la confond souvent avec le conservatisme qui pourtant lui est différent en visant à maintenir ce qui est, à préserver un ordre établi. A propos de François Fillon, la droite aurait tendance à considérer qu’il est conservateur, la gauche quant à elle le trouvant plutôt réactionnaire. La nuance est certes question de valeur. Mais elle n’est pas qu’une façade conceptuelle. Elle est déterminante pour l’avenir de la société. Un projet réactionnaire est de nature à remettre en cause des droits acquis, des avancées sociales. Ce n’est pas tant de rétablir ce qui exista, mais d’imposer des orientations d’après des considérations morales qui fonctionnent bien plus avec des mythes que sur un passé réellement révolu. La réaction fait souvent référence à une France éternelle qui n’existe pas…

Idéologiquement, la réaction est creuse parce que construite sur des imaginaires. Mais elle n’en est pas moins influente dans les faits. Pour preuve cette semaine les voix indignées de la Manif pour tous entendues par certains maires. En effet, des élus ont publiés des arrêtés municipaux pour interdire une campagne de prévention contre le sida, prétextant que les affiches utilisées sont contraires aux bonnes mœurs. « L’ordre réactionnaire » selon les mots de Marisol Touraine,  ministre de la Santé et instigatrice de l’action préventive, se sent peut-être poussé des ailes avec le succès de François Fillon. Certains de ses soutiens d’ailleurs font partie de ses voix offusquées qui très vite portent atteinte aux droits fondamentaux de chacun. Sous des propos courroucés tels qu’exprimés ces derniers jours se cachent des intentions de rompre avec des acquis sociaux acquis de longue date ou après d’âpres combats. Les procès d’arrière-garde ne seront jamais rangés dans les placards de l’Histoire.

François Fillon n’a pas été élu par la droite populaire, mais par celle identifiée comme bourgeoise et traditionnelle. Il est évident que cet électoral loge en son sein des forces réactionnaires très vives, prêtes à contraindre la société pour imposer ce qui finalement n’est rien d’autre que des conceptions rétrogrades. Comment François Fillon se situe-il par rapport aux idées de cette frange réactionnaire qui le soutient ? Difficile de répondre tant le vainqueur du premier tour des primaires manie l’ambigüité pour s’assurer d’une victoire annoncée. Ce n’est certainement qu’après le second tour que nous connaîtrons qui est véritablement Monsieur Fillon sur bien des sujets de société.

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Juppé, Fillon, faux frères ennemis

Fillon et Juppé face à face aux primaires de la droite et du centre

Depuis dimanche soir, la droite est traversée par un nouveau duel : Fillon face à Juppé. Le premier tour des primaires de la droite et du centre a abouti à un résultat totalement inattendu. Les sondages et les observateurs de la vie politique donnaient Juppé contre Sarkozy pour le second tour, les interrogations portant plus sur qui serait le troisième homme du scrutin. On imaginait donc que l’entre-deux tours serait l’affrontement entre deux styles, deux façons de faire de la politique, la forme l’emportant sur le fond. Les électeurs en ont décidé autrement. L’impétueux Sarkozy ne rencontrera pas le tiède Juppé. Les costumes sont rangés au placard. Désormais le débat s’est dirigé vers le terrain des idées. On ne s’en plaindra pas. Une élection présidentielle mérite que s’opposent des projets au lieu que les candidats se battent comme des chiffonniers.

Affrontement donc entre deux ex-premiers ministres pour représenter la droite aux prochaines élections nationales. Les petites phrases entre les deux hommes ne se sont pas fait attendre. Le délai est court entre les deux tours. Juppé est donc allé directement au but, présentant le programme de son adversaire comme socialement trop brutal. Fillon a réagi en s’affirmant volontiers comme le représentant d’une droite ni forte, ni décomplexée, mais tout simplement telle qu’elle est majoritairement, conservatrice sur les questions de société et libérale sur les sujets économiques. A entendre les deux nouveaux frères ennemis,  on a l’impression de se trouver dans un duel gauche-droite, avec un Juppé presque gauchisant contre un Fillon toujours plus à droite au fil des semaines. Encore un peu et l’on croirait que les deux hommes sont de sensibilité politique différente. Bien-sûr il n’en est rien. Nous sommes toujours dans le cadre d’une primaire d’un même parti. Et sur le plan des idées, bien que Juppé soit devenu « inrockuptible » et Fillon proche de la Manif pour tous, les divergences sont bien faibles. Les deux hommes en effet nous proposent le même projet de société : moins d’Etat avec une réduction très forte des dépenses publiques, plus de dérégulation en matière de droit du travail, une privatisation du dialogue social en reconnaissant l’accord d’entreprise comme une source principale du droit, la fin de l’impôt sur la fortune.

Juppé, Fillon, faux frères ennemis puisque si proches sur un plan idéologique. On s’accorde à dire que la France actuelle a rarement été aussi à droite. C’est peut-être vrai. Toujours est-il que Juppé et Fillon eux, le sont bien, à droite. Alors, où est le centre ? L’UDI est-elle encore représentative d’une force centriste dans le paysage politique français en apportant son soutien à François Fillon pour le second tour de la primaire ? A ce jeu-là, il est fort à parier que François Bayrou sortira du bois pour une nouvelle candidature si Juppé est éliminé de la course présidentielle. Si tel est le cas, les primaires auront été un échec en générant une nouvelle division entre la droite et le centre qui pourrait s’avérer bien coûteuse électoralement.

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L’Europe pour sauver le candidat François Hollande

Hollande candidat à la présidentielle et l'Europe

Bientôt l’heure du bilan pour François Hollande, qu’il soit candidat ou non pour la prochaine présidentielle. Que retiendra-t-on du mandat de celui qui succéda à François Mitterrand dans l’histoire des présidents socialistes ? L’actuelle côte de popularité, ou plutôt dirions-nous d’impopularité de l’actuel locataire de l’Elysée laisse à penser que l’inventaire sera pénible. Néanmoins, au fil du temps, les bilans politiques tendent à s’améliorer dans la représentation collective. Mitterrand, puis Chirac, furent aussi l’objet de vives critiques venant de toute part, y compris de leur propre camps. Mais une fois quitté le pouvoir, très vite ils gagnèrent définitivement une stature de chef d’Etat à la hauteur de leurs fonctions. Ce ne fût pas le cas de Sarkozy, peut-être parce qu’un retour de sa part sur le devant de la scène politique n’était pas exclu. Après avoir remporté les élections, l’homme politique gagnerait les sondages d’opinion une fois sa carrière publique définitivement terminée. Loin des yeux, loin du cœur, dit-on. En politique, ce serait plutôt l’inverse quant au rapport entre élus et électeurs.

S’agissant de François Hollande, nous n’en sommes pas là. Le président en exercice est sous le feu des commentaires acerbes à son égard. Rien ne semble pouvoir le faire sortir d’une impopularité qui très vite lui a collée à la peau après avoir remporté les dernières présidentielles. Hollande n’a connu aucun état de grâce, même pas au tout début de son mandat alors que bien souvent la victoire donne des ailes dans l’opinion publique. Certes, le président socialiste débuta sa fonction à un moment très difficile, la France étant traversée par une crise économique n’en finissant pas. Mais c’est certainement l’attentisme de François Hollande à propos de l’Europe qui lui a coûté la confiance des français. Il fallait agir très vite pour renégocier avec l’Allemagne une sortie de crise européenne différente de celle engagée par le couple Merkel-Sarkozy pour que l’Union européenne ne plonge pas dans l’austérité. Il n’en fût rien. François Hollande s’aligna sur les positions prises avant son arrivée à l’Elysée. Son manque d’initiative sur la scène européenne lui a coûté sa popularité. Il n’y avait que trop peu de distance entre son discours offensif du Bourget et son consentement à la rigueur budgétaire imposée par l’Allemagne à des économies pourtant déjà à bout de souffle. Ceci  ressembla fort bien à une sorte de renoncement tant Hollande apparaissait désarmé devant l’intransigeance de la chancelière allemande.

L’histoire présidentielle n’est pas terminée pour François Hollande. Peut-être même ne s’achèvera-t-elle pas dans quelques mois même si tous les pronostics prédisent au président une retraite rapide. Après tout, une élection n’est jamais jouée d’avance, ou alors il ne s’agit plus de démocratie. Mais si Hollande est candidat, la tâche pour lui sera bien rude. Plus question de chercher dans la finance un ennemi désigné et néanmoins rassembleur. Le président en exercice a également emprunté une voie sociale-démocrate dont le candidat saura difficilement se défaire pour contenter un électorat de gauche en quête de repères socialistes. Par contre, rien n’empêche à ce que Hollande candidat soit bien plus incisif que le président qu’il est à propos de l’Europe, en proposant pourquoi pas une mutualisation des dettes souveraines et une véritable politique sociale à l’échelle européenne. Le président de gauche qu’il ne fût pas dans son pays ne pourrait-il pas le devenir à l’échelle de l’Union européenne ? C’est peut-être du côté de l’Europe que le candidat Hollande trouvera son salut pour sa réélection.

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François Fillon, un Thatcher à la française

Fillon et les primaires, Thatcher à l'Elysée

Assurément, les sondages sont aussi myopes en France qu’aux Etats-Unis. Même si une remontée de François Fillon était pressentie par les observateurs professionnels, personne n’avait anticipé une victoire aussi éclatante de celui que l’on présentait il n’y pas si longtemps de cela comme le troisième, voir le quatrième homme des primaires de la droite et du centre. Fillon a réalisé un score au premier tour qui à la fois siffle la fin de la partie pour Nicolas Sarkozy et douche les espoirs d’Alain Juppé quant à devenir le prochain président de la République. Depuis hier soir, une fois les résultats annoncés, Fillon est devenu le leader de la droite française. Quant au centre, il est certainement trop tôt pour le dire. Plane en effet l’incertitude d’une candidature de François Bayrou en cas d’élimination d’Alain Juppé dimanche soir prochain. Par contre, s’agissant du programme porté par l’ex-premier ministre de Sarkozy, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un projet pour la France profondément ancré à droite. Passe encore que les sondages tout compte fait anticipent bien peu de chose. Mais sur le plan des idées, toute myopie n’est guère concevable.

François Fillon est libéral sur un plan économique et conservateur sur les questions sociales. Celui que l’on présentait volontiers comme le successeur de Philippe Séguin, en digne héritier d’une forme de gaullisme social, semble désormais bien éloigné des idées de son mentor. On le verrait bien plus aujourd’hui proche de Margareth Thatcher. Fillon lui-même reconnait d’ailleurs une certaine admiration à son égard. Mais c’est surtout sur son programme que le rapprochement peut être fait avec celle qui fût la Dame de fer. Pendant que Jean-François Copé revendiquait une droite décomplexée, Fillon lui ne faisait guère de complexe sur le front libéral.

Haro tout d’abord sur les trente-cinq heures ! Fillon n’en veut plus. Lui président, la France retournera au travail en moyenne quatre heure de plus par semaine. Fillon souhaite que le temps de travail soit renégocié à la hausse dans les entreprises. Concernant la fonction publique, il estime que revenir à 39 heures permettra de supprimer jusqu’à 500 000 postes de fonctionnaires. Fidèle à la pensée libérale, François Fillon s’inscrit dans une logique comptable laissant peu de place aux considérations sur la qualité du service public. Les services hospitaliers par exemple sont déjà très sollicités aujourd’hui. Avec moins de moyens, on leur demandera encore plus. L’Education nationale sera elle aussi touchée, comme à l’évidence tous les ministères puisque Fillon présente à droite le programme le plus drastique en matière de coupe budgétaire. Lui président, la France va se serrer la ceinture. Jusqu’à s’étrangler ? Pas moins de 110 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques sont annoncées par le grand gagnant du premier tour de la primaire…

Toujours en matière de droit du travail, Margareth Thatcher n’aurait pas désavoué les propositions de celui qui comme elle occupa les fonctions de premier ministre. L’ancien locataire de Matignon envisage de libéraliser le marché du travail, en permettant notamment le licenciement pour réorganisation. Une entreprise pourrait ainsi réduire ses effectifs sous prétexte qu’elle révise ses modes d’organisation. On ne sait rien encore des conditions d’emploi de ce nouveau droit pour les employeurs qui ressemble pourtant bien à une régression pour les salariés. Toujours est-il que ce projet s’accompagnerait d’une limitation de l’exercice syndical en privilégiant, comme annoncé, le référendum dans l’entreprise en guise de dialogue social.

Libéralisme toujours chez François Fillon lorsqu’il affiche sa volonté d’accroître la compétitivité des entreprises en réduisant significativement les cotisations sociales et l’impôt sur les sociétés. Les ménages seraient par contre contraints de financer ces mesures. Comme si rien n’avait été fait depuis 2012 pour restaurer la marge des entreprises. Le pouvoir actuel a tout de même mis plus de 40 milliards d’euros dans la corbeille des entreprises tandis que les paniers des ménages étaient de plus en plus percés avec la hausse des impôts. Pourtant, ces mêmes entreprises n’ont pas spécialement recruté pour autant, contredisant la thèse libérale selon laquelle donnant plus aux entreprises, celles-ci embaucheraient plus. François Hollande a choisi cette orientation, axant son action économique sur une politique de l’offre qui finalement restera bien infructueuse en matière d’emplois. Et bien lui président, François Fillon promet de faire plus que son prédécesseur. Là non plus, Margareth Thatcher n’aurait pas fait mieux, ou plutôt pas moins !

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Quand Donald Trump incite la Commission européenne à faire de la politique

La Commission européenne et l'austérité budgétaire

L’Italie souffle, l’Espagne et le Portugal restent dans la course, la France sourit. Non, il ne s’agit pas de football. Ce ne sont pas là des réactions suite à un tirage au sort d’une prochaine coupe du monde. C’est de budget dont il est question. La Commission européenne vient en effet de rendre son avis sur les propositions de finances publiques faites par les pays membres de l’Union européenne concernant l’année 2017. L’enjeu était grand, l’avis de Bruxelles très attendu…dans une indifférence quasi-générale. A l’évidence, Trump suscite bien plus d’intérêt que les technocrates bruxellois. Pourtant, les décisions rendues par Bruxelles sont des plus importantes puisque les instances européennes ont capacité à contraindre financièrement un Etat. Depuis le traité de Maastricht, nul n’est plus prophète dans son pays en matière budgétaire ! L’Union européenne exige de ses membres de respecter des limites, ce qui n’est pas sans impact sur la faculté des Etats à employer la puissance publique pour mieux servir et protéger les citoyens. Cette perte de souveraineté était cependant la condition pour des nations qui il y a peu s’entredéchirèrent de partager dorénavant une paix commune.

Aucun pays européen ne sera mis à l’amende par la Commission européenne au titre de son budget 2017. Ouf de soulagement dans la plupart des capitales d’Europe. Même si les critères de Maastricht ne sont pas respectés, Bruxelles a lâché du lest en matière de rigueur budgétaire. Il était temps ! La Commission européenne devient moins inflexible en matière de finances publiques, allant même jusqu’à recommander de desserrer l’étau budgétaire. Après les prophètes, ce sont maintenant les apôtres de l’austérité qui en seront pour leurs frais concernant leur projet de budget. On se prend à rêver que la Commission européenne retoque le budget français dans l’hypothèse où la droite, élue en 2017, s’entête à réduire les dépenses publiques à hauteur de 100 milliards d’euros comme elle le promet actuellement…

L’activité économique a certainement besoin aujourd’hui d’être soutenue par la puissance publique pour retrouver le chemin d’une croissance pérenne. Certes, la récession en Europe est derrière nous, mais les économies européennes n’en sont pas pour autant florissantes, loin de là. On regarde désormais les Trente glorieuses comme un monde englouti, un vestige d’une époque à jamais révolue où la croissance économique semblait inépuisable. On sait pourtant que le dynamisme des affaires ayant succédé à la seconde guerre mondiale était avant tout les effets d’un rattrapage après que l’Europe ait été dévastée. Cette période est close depuis longtemps déjà. Rien ne sert de l’espérer à nouveau, voire de la promettre comme le font certains réactionnaires en projetant des lendemains comme hier. A l’inverse, l’austérité a déjà coûté beaucoup aux européens, tant financièrement que politiquement. L’extrême-droite s’et refaite une santé ces dernières années avec l’Europe, prenant celle-ci en otage dans ses discours populistes. Ainsi, l’élection de Trump a peut-être été un électrochoc pour la Commission européenne, la poussant enfin à se libérer de ses carcans budgétaires pour faire de la politique. Les mois prochains seront en effet décisifs pour le futur visage de l’Europe, l’Italie et la France devant faire face prochainement à la vague populiste dans les urnes.

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Le désormais candidat Emmanuel Macron et son programme social

Macron en marche vers l'Elysée

Emmanuel Macron est en marche depuis qu’il a démissionné du gouvernement. Peut-être était-il déjà en route vers une candidature à la prochaine présidentielle lorsqu’il était ministre par le bon vouloir du président actuel. Toujours est-il que l’ancien protégé de François Hollande s’apprête à entrer officiellement dans la prochaine course pour l’Elysée. La surprise n’est pas de taille, voire est-elle inexistante tant la démarche personnelle engagée par Macron ne laissait guère de place au doute quant à ses intentions présidentielles. Il lui restera à recueillir les parrainages nécessaires pour être en droit de se présenter devant les électeurs, ce qui vraisemblablement ne devrait pas lui poser de problème quoiqu’en disent certains…

Se déclarer candidat à une élection ne suffit pas à nourrir un projet politique. Emmanuel Macron pour l’instant a bénéficié d’une certaine popularité, tout du moins d’un intérêt du grand public, en jouant le rôle du nouveau-venu sur la scène présidentielle. Le calendrier lui était également profitable, entre la droite occupée par ses primaires et une gauche qui n’en finit pas de se diviser. Mais la représentation ne dure qu’un temps. L’heure du programme est venue. Comme tout candidat à une élection, même s’il prétend faire de la politique autrement, Emmanuel Macron n’échappe pas au difficile et bien souvent périlleux exercice consistant à faire des propositions.

Quelles sont-elles ces propositions de l’ex-ministre de l’économie pour la prochaine présidentielle de 2017 ? Pour l’instant, seul le volet social a été présenté par Emmanuel Macron, mais ses premiers dires en disent déjà suffisamment sur la nature de son projet. Tout d’abord, la flexibilité est au rendez-vous, en promettant de moduler la durée du temps de travail en fonction de l’âge du salarié. On se souvient de la charge d’Emmanuel Macron contre les 35 heures. Pour autant, il ne dit pas que lui, président, il les supprimera. Mais elles seront flexibles selon l’ancienneté du salarié. Autrement dit, avec Macron, les jeunes travailleront plus de 35 heures hebdomadairement tandis que les plus âgés disposeront d’une semaine horaire moins chargée. En soi, l’idée n’est pas mauvaise. Après tout, les nouveaux entrants sur le marché du travail ont pour eux l’énergie de leurs jeunes printemps. Pourquoi ne pas mobiliser plus cette force de travail et permettre ainsi aux salariés plus expérimentés de disposer d’un rythme professionnel plus conciliant avec des aspirations personnelles. Seulement voilà, le chômage  touche massivement les jeunes en France comme dans la plupart des pays européens. Une personne sur quatre âgée de moins de 25 ans est aujourd’hui sans emploi. Compte tenu de l’ampleur du phénomène, réduire la durée du temps de travail des salariés les plus âgés pour accroître celle des plus jeunes apparaît comme une mesure bien timide pour lutter contre le chômage de masse. Le volet social du programme de Macron ne semble guère être à la hauteur de la première préoccupation des français, à savoir une baisse conséquente du chômage.

Flexibilité d’un côté, nationalisation de l’autre, Emmanuel Macron se préparerait-il au grand écart ? Pas tant que cela. L’ancien locataire de Bercy souhaite en effet nationaliser le système d’assurance-chômage. Exit donc les partenaires sociaux qui aujourd’hui gèrent le versement des indemnités suite à un licenciement. A demi-mot, en voulant étatiser, Emmanuel Macron reconnaît que les partenaires sociaux sont responsables de l’endettement chronique de l’UNEDIC. Laissez donc faire l’Etat, il s’occupe de tout et fera certainement mieux ! Manifestement, le projet de Macron ne s’embarrasse guère du dialogue social qui existe à ce jour en France. Pas étonnant d’ailleurs que l’idée de nationaliser l’UNEDIC soit également défendue par Nicolas Sarkozy. On connaît le goût peu prononcé de l’ex-président pour le monde syndical. Ensuite, concernant le financement, sur cette proposition comme pour le reste Emmanuel Macron est très évasif. Il ne suffit pourtant pas que l’Etat gère à son tour l’assurance-chômage pour que miraculeusement les dettes et les déficits s’estompent. C’est surtout la réduction du chômage de longue durée et une reprise sensible du marché de l’emploi qui peuvent réduire significativement le coût de la prestation sociale. Sur ces deux points, Macron ne dit pas grand-chose…

L’ex-ministre de l’économie se présente volontiers aujourd’hui comme celui capable de révolutionner le paysage politique français, en dépassant le clivage gauche-droite pour être le candidat hors du commun. Il est vrai que la rhétorique antisystème connaît actuellement un certain succès, notamment outre-Atlantique. Pourtant, les premières propositions du désormais candidat Macron écornent l’image d’une révolution heureuse dont il se réclame le fer de lance. Au lieu de dépasser les partis dits traditionnels, Macron semble bien plus reprendre des idées défendues aussi bien à droite qu’à gauche. Dépasser n’est cependant pas réunir. On attendra encore un peu, après la divulgation des aspects économiques de son programme pour savoir si Emmanuel Macron est si révolutionnaire qu’il le prétend.

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Un Donald Trump président de l’Union Européenne ?

Présidence de l'Union européenne

L’Europe ne s’est toujours pas remise de la plus grave crise économique que la planète ait connue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pour preuve, le PIB par habitant de la zone euro, soit la richesse produite par européen, sera en 2017 très certainement inférieur au niveau constaté une décennie plus tôt, juste avant que le système financier ne s’effondre. Nous sommes ainsi, nous européens, individuellement moins riche que nous l’étions dix ans auparavant. La crise de 2007-2008 n’en a donc pas encore fini de produire ses effets, ce qui dans l’histoire économique représente un impact d’une durée exceptionnellement longue. D’ordinaire, les crises sont transitoires, elles marquent un changement de cycle, de rythme, mettant un terme à une surchauffe de l’activité économique, éclatant des bulles spéculatives. Habituellement, les crises sont donc conjoncturelles. Pourtant, celle que nous connaissons actuellement s’est installée durablement en Europe jusqu’à devenir structurelle. Est-ce à dire que nous sommes désormais dans une nouvelle ère dont une croissance anémiée et un chômage de masse sont les marqueurs ? Difficile de répondre déjà à cette question. Les cycles économiques sont généralement identifiés une fois arrivés à leur terme. Par contre, les conditions de leur prolongement sont caractérisables sans attendre leur fin, comme actuellement en Europe avec l’endettement public et les défauts politiques de la zone euro qui à l’évidence entretiennent les effets de la crise.

Pour diminuer la dette, divisons la dépense ! Ce qui est vrai pour un individu l’est cependant moins pour un Etat. Les faits confirment cette différence. La zone euro s’est engagée brutalement dans l’austérité après 2008, avec l’Allemagne en tête et la France qui l’a suivie. Le moment était pourtant très mal choisi pour exiger des Etats des efforts budgétaires sans précédent alors que l’économie était entrée dans la dépression. L’austérité a ruiné les espoirs d’une reprise de l’activité en Europe. L’économie américaine, elle, redémarrait grâce à la puissance publique, alors même que le foyer de la crise de 2007-2008 se trouvait aux Etats-Unis. Priver les pays de la zone euro de l’instrument budgétaire pour soutenir l’activité, avec l’investissement public, n’a fait qu’accroître l’endettement. La dette publique se résorbe bien mieux avec les fruits de la croissance qu’avec les recettes de la rigueur.

La crise se maintient également en Europe faute d’une force politique suffisante à l’échelle continentale. L’Union européenne est bien plus la réunion d’intérêts divergents qu’une véritable communauté politique. Le Parlement européen, même si elle est élue au suffrage universel direct, n’a pas la puissance symbolique des assemblées nationales. L’Europe n’a donc pas su parler d’une même voix politique pour dépasser les ennuis économiques. Des divisions se sont même exprimées plus fortement encore qu’auparavant, entre Europe du Nord et Europe du Sud, la première imposant à la seconde une austérité budgétaire insoutenable.

Les divisions ont un coût. Les Etats-Unis sont en train de le payer avec l’élection de Trump à la présidence. En Europe, nous n’en sommes pas là puisque nous avons plusieurs présidents sans qu’aucun ne soit élu, entre le président du Conseil européen, le président de la Commission européenne, le président du Parlement européen, ou bien encore la présidence du Conseil de l’Union européenne. Qui donc incarne la tête de l’exécutif européen ? Nul ne peut vraiment le dire, et cette dispersion des responsabilités sans visibilité publique est très certainement l’explication du déficit politique à l’échelle européenne. L’espace communautaire en Europe est resté trop institutionnel, pas suffisamment incarné. Sans président élu, l’Union européenne n’avancera guère dans son histoire politique, restant un espace complexe dont le reflet renvoie une opacité qui nourrit les populismes. Ils leur est en effet faciles de rendre l’Europe responsable de tous les maux puisque celle-ci est insaisissable, non personnifiée. L’Europe a besoin d’un président élu. Mais s’il fallait aujourd’hui procéder à son élection, qui ne dit pas que la montée des extrêmes et les divisions entre Nord et Sud ne réserveraient pas aux européens le même sort que celui des américains après que Trump ait été préféré à Clinton pour les représenter.

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Et si Donald Trump entrait à la Maison-Blanche…

Trump nouveau président des Etats-Unis

Si la parole en politique a un sens, les américains ont choisi pour la Maison-Blanche un candidat qui leur a promis d’ériger un mur entre eux et le Mexique dont la construction sera financé par l’Etat mexicain, de laisser à Poutine le soin de décider du sort de la Syrie, d’autoriser l’usage de la torture si nécessaire aux Etats-Unis, d’interdire l’entrée sur le territoire américain de musulmans, toujours à propos de Poutine de s’en faire un allié sans condition, de rompre des accords militaires avec l’Europe qui pourtant sont un point d’équilibre dans les relations entre les grandes puissances, de déployer par contre des forces armées dan le Pacifique en estimant que la Chine représente une menace, de réviser les accords de libre-échange entre les Etats-Unis et ses partenaires pour revenir à une forme de protectionnisme, de limiter l’impôt des plus fortunés et de réduire la charge fiscale des sociétés, de jeter aux orties le système de santé développé par Barak Obama et qui profite à plus de 20 millions d’américains, d’exiger des entreprises nationales dont la production est délocalisée de retourner sur le sol américain, d’annuler l’engagement pris par les Etats-Unis lors de la conférence de Paris pour la préservation de l’environnement afin de garantir un avenir à notre planète…

Si la parole en politique a un sens, les américains ont désormais un futur président qui fraîchement élu leur a promis de rassembler le pays autour de lui, de ne laisser aucun américain sur le bas de la route, de traiter les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde sous la forme de partenariat, d’engager l’Amérique vers de grands succès économiques, de mener une politique de grands travaux publics pour générer de l’activité et ainsi créer les conditions du plein-emploi, de permettre à chacun de réaliser son potentiel…

En janvier 2017, Donald Trump deviendra le 45è président des Etats-Unis en fonction en prêtant serment devant la nation américaine.

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100 milliards d’euros de dépenses publiques en moins, ou ce que la droite française ne dit pas dans ses primaires

Les primaires de la droite et du centre et les dépenses publiques

Toute campagne électorale est traversée par des discours qui très vite tombent dans l’oubli une fois l’élection venue. Certains propos électoraux pourtant demeurent après que les urnes se soient exprimées. On se souvient encore aujourd’hui de la fracture sociale diagnostiquée par le candidat Chirac à propos de la société française, ou bien encore François Hollande se déclarant en guerre contre la finance. Ainsi, les campagnes électorales se nourrissent de mots prononcés ici et là et dont certains restent gravés dans la mémoire collective. Les chiffres également peuvent jalonner le temps préélectoral et marqués durablement les esprits. S’agissant de la présidentielle à venir en France, il est un chiffre, ou plutôt une somme, qui commence à s’installer dans la campagne électorale : cent milliards d’euros. Ce montant, important en soi, l’est encore plus lorsqu’il correspond au niveau de réduction des dépenses publiques qu’envisage la droite si elle revient au pouvoir. Cent milliards, voilà très certainement le chiffre qui serait porté par le candidat de droite pour 2017 et qui franchirait les portes de l’Elysée si celui-ci l’emportait aux prochaines présidentielles.

La droite nous promet donc qu’avec elle aux commandes, l’Etat sera à nouveau vertueux en matière de dépenses. Il faut cependant avoir les moyens de ses vertus. En finances publiques, rien ne va de soi, il faut des choix. Sur la baisse des dépenses de l’Etat, les candidats à la primaire se maintiennent à une déclaration d’intention sans véritable précision. Les chiffres en politique gagnent aussi en notoriété avec le mystère qui les entoure. La droite en campagne reste pour l’instant évasive sur le sujet, tout au plus annonce-t-elle des réductions du nombre de fonctionnaires. C’est certainement là de sa part plus de prudence que défaut de transparence. On ne réduit pas significativement les coûts de fonctionnement de l’Etat sans coupe drastique dans des budgets électoralement sensibles. L’Education nationale par exemple serait forcément impactée par l’austérité promise par la droite. L’école en effet représente un quart du budget de l’Etat. Mais contrairement à une idée reçue, la France n’est pas la plus dispendieuse parmi les pays dits riches en matière d’éducation. Et l’on sait depuis une dernière enquête menée par l’OCDE que le système éducatif français est loin de faire partie des premiers de classe au niveau mondial en matière de performance. L’Education nationale a donc besoin de plus de moyens pour que l’école française contribue véritablement à réduire les inégalités et ainsi limiter l’endogamie sociale. L’abaissement massif des dépenses publiques défendu par le parti Les Républicains semble pourtant aller à l’inverse d’une plus forte allocation budgétaire au bénéfice de l’instruction en France. Mais cela, la droite ne le dit pas…

Ce que la droite et le centre ne disent pas non plus dans le débat actuel, c’est que diminuer sensiblement le coût de fonctionnement de l’Etat impactera les collectivités locales. Les régions, les départements, les communes, reçoivent une dotation de l’Etat, soit une somme versée pour financer leur fonctionnement. Cette participation nationale aux dépenses locales n’a cessé de diminuer avec l’exécutif actuel. L’austérité budgétaire n’est pas l’apanage de la droite ! La gauche au pouvoir a déjà fortement mis à contribution les collectivités locales pour la diminution des dépenses publiques. La droite aux commandes de bon nombre de collectivités depuis 2014 après les revers électoraux du parti socialiste s’est suffisamment insurgée à propos de la baisse des dotations de l’Etat pour nous rappeler que le service public n’est pas que national, qu’au contraire la puissance publique dont chacun bénéfice est avant tout de proximité. On est pourtant surpris du silence de ces mêmes élus locaux sur le risque que soient à nouveau amputés les budgets communaux, départementaux, régionaux, avec les coupes drastiques des dépenses que proposent les ténors nationaux de droite. Réduire de cent milliards d’euros les charges publiques ne se fera pas sans que les collectivités locales aient à mettre une fois encore la main à la poche. Mais cela, la droite ne le dit pas non plus…

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Quand la gauche s’apprête à voter pour une droite décomplexée

Les primaires de la droite et du centre et la gauche

L’électeur de gauche se trouve aujourd’hui dans une position malaisée vis-à-vis de la primaire de la droite et du centre. A priori, il n’a aucune raison de participer à l’investiture d’une personne qui à terme portera un projet ne lui correspondant pas. C’est la droite qui cherche son candidat, pourquoi donc la gauche irait-elle s’en mêler ? Pour autant, le résultat des primaires risque d’être différent selon que le scrutin reste concentré dans les mains des militants du parti Les Républicains ou bien si d’autres sensibilités politiques y participent en nombre. Les électeurs de gauche se déplaçant massivement à la primaire de droite, Juppé sortirait très probablement gagnant face à Sarkozy. Cela n’est pas rien tant on connaît le rejet qu’inspire l’ex-président auprès des militants et sympathisants d’un bord politique qui n’est pas le sien. Mais au-delà de cette réaction presque épidermique, il est un calcul qui peut être fait et justifie d’apporter malgré tout sa voix à Nicolas  Sarkozy, s’agissant en l’occurrence de faire barrage à Alain Juppé qui aujourd’hui est le mieux placé pour gagner la prochaine présidentielle contre le Front National. Juppé ne laisserait donc aucune chance à la gauche de l’emporter, voire même d’être présente au second tour. Votant Sarkozy aux primaires de droite, l’électeur de gauche chercherait à désigner son meilleur adversaire pour les présidentielles de 2017, celui dont la personnalité controversée dépassant les frontières partisanes représente une chance pour un candidat socialiste de se hisser au second tour.

Sarkozy ou pas Sarkozy ? Juppé ou pas Juppé ? Cruel dilemme pour le militant ou sympathisant de gauche. Il reste cependant une façon de dépasser ce choix cornélien : ne pas voter à la primaire de la droite et du centre, en faisant abstraction des personnalités candidates à la candidature pour ne retenir que le projet défendu à droite. Sur ce point, les idées des uns et des autres se rejoignent, ce qui n’est pas surprenant s’agissant d’une élection au sein d’une même force politique. La primaire est ainsi bien plus le moyen de résoudre une lutte de personnes que de construire un programme. De façon différente, les sept prétendants pour l’Elysée expriment le même projet pour la France : à droite toute ! Il est en effet question de réduire massivement les dépenses publiques avec notamment la réduction du nombre de fonctionnaires, donc plus d’austérité, de poursuivre une politique de l’offre déjà bien engagée par l’exécutif actuel avec des baisses conséquentes de charges sociales au bénéfice des entreprises, de revoir la fiscalité au profit essentiellement du capital. Et bien-sûr, les candidats à la primaire unanimement comptent bien mettre un terme à ces satanées trente-cinq heures que la droite présente volontiers comme à l’origine d’un mal français, alors même qu’au pouvoir les dix années suivant la publication de la loi sur la réduction du temps de travail, elle ne les a jamais remises en cause ! Pour terminer, au travers des attaques répétées contre la CGT, la primaire actuelle est aussi la manifestation d’une volonté à droite de contraindre l’exercice syndical en France.

Le programme politique qui sera porté par le parti Les Républicains et ses alliés lors des prochaines présidentielles sera à l’évidence très marquée à droite, tant sur les questions économiques que sociales. Alain Juppé s’il sort vainqueur de la primaire ne sera pas un candidat du centre. Quand à Nicolas Sarkozy, on se doute que sa stratégie de campagne sera très proche des précédentes s’il est élu candidat, lorgnant ainsi sur l’électorat du Front National. Dès lors, l’électeur de gauche est-il prêt à devenir l’un des artisans d’une candidature aux prochaines présidentielles portant un projet si éloigné des valeurs qu’il défend ?

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Quand la France n’est pas épargnée par Donald Trump

Trump et la victoire aux élections américaines

Dans quelques jours, les électeurs américains voteront pour celle ou celui qui succèdera à Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Quelque soit le résultat, il sera historique. Pour la première fois une femme sera peut-être placée à la tête de la première puissance mondiale. Ou alors ce sera le candidat certainement le plus controversé de l’histoire politique américaine qui présidera à la Maison-Blanche. Hillary ou Donald. Clinton ou Trump. Les jeux sont loin d’être faits juste avant l’élection et on ne sait pas encore si rien ne va plus. Il n’en demeure pas moins avec que les urnes ne s’expriment de grandes inquiétudes quant au résultat du scrutin. Trump a montré qu’il n’était pas un candidat comme les autres. S’il est élu, sera-t-il un président différent ? Mensonges, invectives, populisme, sexisme, insultes, sottises, xénophobie, le candidat républicain s’est employé à faire de la politique autrement avec des moyens plus que douteux. Tombant très souvent dans la caricature et dans le discrédit, il n’en a pas moins été entendu et manifestement écouté. Les derniers sondages avant l’élection le confirment comme possible vainqueur bien qu’il fût sérieusement distancé par son adversaire les semaines précédentes. Cette remontée spectaculaire dans les intentions de vote est peut-être l’expression des électeurs indécis qui bien souvent prennent position quelques jours avant le scrutin. Voilà qui n’est guère rassurant pour Hillary Clinton. Une élection dit-on se gagne au centre, mais aussi et surtout avec les électeurs qui au départ sont sans parti pris et qui se décident très peu de temps avant l’échéance électorale. Cette fin de campagne donne ainsi l’impression d’une candidate démocrate à bout de souffle alors que son rival semble lui avoir trouvé un second souffle…

On peut toujours disserter longtemps afin d’expliquer comment un individu tel que Trump puisse être si prêt d’accéder à la Maison-Blanche. Les commentaires vont bon train sur le sujet, en France bien-sûr et ailleurs, avec parfois une certaine condescendance à l’égard de la société américaine, comme si les analyses de la prochaine présidentielle américaine servaient à expliquer que nous français n’aurions jamais permis qu’un hurluberlu comme Trump soit aux portes du pouvoir. Ou alors s’agit-il de nous rassurer en laissant croire que l’électeur français est plus mature que ne l’est son homologue américain. Penser ainsi serait cependant oublier bien vite qu’un vote peut être tout autant l’expression d’une colère que d’un espoir. Les élections en France, comme dans bon nombre de pays européens, sont aujourd’hui bien plus la manifestation d’un profond mécontentement contre un système établi que l’adhésion à un projet. Le phénomène Trump s’inscrit dans cette insatisfaction générale qui anime actuellement la vie politique. Si le candidat républicain est toujours dans la course à quelques jours de l’arrivée, c’est bien parce qu’il incarne le rejet d’une partie de la population américaine vis-à-vis de l’establishment. Cette situation est avant tout la conséquence des inégalités économiques qui n’ont cessé de croître aux Etats-Unis et qui finissent par fragmenter la société américaine. Les écarts de revenu ne concernent plus seulement les plus riches et les plus pauvres, mais la classe moyenne dont le salaire médian est en baisse. Autrement dit, alors même que les Etats-Unis sont en croissance et affichent un taux de chômage très bas, sa population en moyenne s’appauvrit.

Les extrêmes en politique se nourrissent des crises économiques et s’installent durablement dans le paysage lorsque les inégalités se creusent. Le succès préélectoral de Donald Trump n’est pas le fruit d’une inculture politique au sein de l’électorat américain à laquelle nous échapperions, nous électeurs français prétendument mieux instruits en politique ! Ce succès, il est le résultat d’un système structurellement inégalitaire et dont la société française n’est pas exclue. Pour preuve, même si nous n’avons pas en France de Donald Trump au seuil de l’Elysée, les extrêmes n’en sont pas moins très proches du pouvoir.

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Quand François Hollande fait valser Manuel Valls pour la prochaine présidentielle

Hollande et Valls pour la primaire socialiste

La nature a horreur du vide, dit-on. La vie politique aussi. Les incertitudes en matière d’intention politique ouvrent aussi les appétits et conduisent alors à des situations inédites. Nous vivons actuellement au somme de l’Etat une configuration des plus particulières dans l’exercice du pouvoir en France. Jamais en effet un Président de la République et son premier ministre du même bord politique n’ont autant été en compétition pour une prochaine présidentielle, alors même qu’aucune des deux têtes de l’exécutif ne se soit déclarée à ce jour candidat. Il y a bien eu par le passé des associations plus que tendues entre l’Elysée et Matignon bien que les locataires respectifs soient du même parti. On se souvient du tandem Mitterrand-Rocard qui ressembla bien plus à une cohabitation qu’à une collaboration.

S’agissant du couple Hollande-Valls, celui-ci s’est construit sur de bonnes bases. Le premier ministre fût l’un des artisans de la victoire du Président actuel, lui apportant sans ambigüité tout son soutien le soir du premier tour des primaires de 2011 et s’engageant sans retenue derrière Hollande lors de la campagne qui suivit. Manifestement, pour ce qui est des relations humaines, plus particulièrement politiques, de bonnes fondations ne garantissent pas la pérennité de l’édifice. Le duo Hollande-Valls montrait une certaine solidité devant l’adversité. Mais les dernières confidences du Président de la République rendues publiques ont ébranlé la sérénité qui s’était installée au sommet de l’Etat. Manuel Valls n’a pas apprécié le livre Un président ne devrait pas dire ça, dans lequel François Hollande s’est livré si ouvertement qu’il a fini pas écorner la fonction présidentielle. On peut comprendre que Valls s’insurge, mais sur la forme sa réaction à quelques mois de la prochaine présidentielle laisse planer quelques doutes. Valls mécontent pouvait très bien faire part de sa désapprobation au chef de l’Etat dans le secret de l’Elysée. Mais il a préféré la petite phrase qui souvent en dit bien plus que son contenu…

François Hollande annoncera prochainement s’il est ou non candidat à sa propre succession. Le calendrier des primaires socialistes lui permet d’être encore aujourd’hui maître de la situation préélectorale. On se doute que si le parti socialiste a choisi janvier 2017 pour l’investiture de son candidat, c’est pour se conformer au rythme élyséen et pourquoi pas sur ordre du Président lui-même. Sur ce point, Hollande ne s’est pas confessé. Toujours est-il que le couple Hollande-Valls désormais n’échappe plus au malaise que crée l’usure du pouvoir et malgré tout l’envie pour chacun des protagonistes de s’y maintenir. Difficile donc de dire quelle sera la fin de ce tandem. Néanmoins, on imagine fort bien que le premier ministre actuel se verrait bien à terme exercer le pouvoir dans un autre fauteuil qui est le sien aujourd’hui. Reste pour lui à savoir quand s’engager officiellement pour l’accession à l’Elysée.

2017 peut aussi bien être une opportunité qu’un piège pour Valls. Participant aux primaires sans les emporter, il peut ensuite se positionner comme le prochain chef d’opposition en vue des présidentielles de 2022. Mais pour cela, encore faut-il qu’il réalise un score conséquent afin de rassembler ensuite la gauche autour de sa personne. Son score de 2011 n’y suffirait pas. Ou bien alors Manuel Valls gagne les primaires, profitant d’une division des voix avec la candidature simultanée de François Hollande. Ragaillardi par cette victoire, la chute pourrait cependant être d’autant plus brutale le soir d’un premier tour des présidentielles que l’on annonce crépusculaire pour les socialistes. Il n’est certes pas impossible de renaître de ses cendres. Mais en politique, il est des défaites historiques qui vous colle à la peau. Y aller ou pas, voilà bien Manuel Valls entraîné dans quelques pas d’une danse politique dont le meneur reste encore aujourd’hui François Hollande.

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