Quand Donald Trump incite la Commission européenne à faire de la politique

La Commission européenne et l'austérité budgétaire

L’Italie souffle, l’Espagne et le Portugal restent dans la course, la France sourit. Non, il ne s’agit pas de football. Ce ne sont pas là des réactions suite à un tirage au sort d’une prochaine coupe du monde. C’est de budget dont il est question. La Commission européenne vient en effet de rendre son avis sur les propositions de finances publiques faites par les pays membres de l’Union européenne concernant l’année 2017. L’enjeu était grand, l’avis de Bruxelles très attendu…dans une indifférence quasi-générale. A l’évidence, Trump suscite bien plus d’intérêt que les technocrates bruxellois. Pourtant, les décisions rendues par Bruxelles sont des plus importantes puisque les instances européennes ont capacité à contraindre financièrement un Etat. Depuis le traité de Maastricht, nul n’est plus prophète dans son pays en matière budgétaire ! L’Union européenne exige de ses membres de respecter des limites, ce qui n’est pas sans impact sur la faculté des Etats à employer la puissance publique pour mieux servir et protéger les citoyens. Cette perte de souveraineté était cependant la condition pour des nations qui il y a peu s’entredéchirèrent de partager dorénavant une paix commune.

Aucun pays européen ne sera mis à l’amende par la Commission européenne au titre de son budget 2017. Ouf de soulagement dans la plupart des capitales d’Europe. Même si les critères de Maastricht ne sont pas respectés, Bruxelles a lâché du lest en matière de rigueur budgétaire. Il était temps ! La Commission européenne devient moins inflexible en matière de finances publiques, allant même jusqu’à recommander de desserrer l’étau budgétaire. Après les prophètes, ce sont maintenant les apôtres de l’austérité qui en seront pour leurs frais concernant leur projet de budget. On se prend à rêver que la Commission européenne retoque le budget français dans l’hypothèse où la droite, élue en 2017, s’entête à réduire les dépenses publiques à hauteur de 100 milliards d’euros comme elle le promet actuellement…

L’activité économique a certainement besoin aujourd’hui d’être soutenue par la puissance publique pour retrouver le chemin d’une croissance pérenne. Certes, la récession en Europe est derrière nous, mais les économies européennes n’en sont pas pour autant florissantes, loin de là. On regarde désormais les Trente glorieuses comme un monde englouti, un vestige d’une époque à jamais révolue où la croissance économique semblait inépuisable. On sait pourtant que le dynamisme des affaires ayant succédé à la seconde guerre mondiale était avant tout les effets d’un rattrapage après que l’Europe ait été dévastée. Cette période est close depuis longtemps déjà. Rien ne sert de l’espérer à nouveau, voire de la promettre comme le font certains réactionnaires en projetant des lendemains comme hier. A l’inverse, l’austérité a déjà coûté beaucoup aux européens, tant financièrement que politiquement. L’extrême-droite s’et refaite une santé ces dernières années avec l’Europe, prenant celle-ci en otage dans ses discours populistes. Ainsi, l’élection de Trump a peut-être été un électrochoc pour la Commission européenne, la poussant enfin à se libérer de ses carcans budgétaires pour faire de la politique. Les mois prochains seront en effet décisifs pour le futur visage de l’Europe, l’Italie et la France devant faire face prochainement à la vague populiste dans les urnes.

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Le désormais candidat Emmanuel Macron et son programme social

Macron en marche vers l'Elysée

Emmanuel Macron est en marche depuis qu’il a démissionné du gouvernement. Peut-être était-il déjà en route vers une candidature à la prochaine présidentielle lorsqu’il était ministre par le bon vouloir du président actuel. Toujours est-il que l’ancien protégé de François Hollande s’apprête à entrer officiellement dans la prochaine course pour l’Elysée. La surprise n’est pas de taille, voire est-elle inexistante tant la démarche personnelle engagée par Macron ne laissait guère de place au doute quant à ses intentions présidentielles. Il lui restera à recueillir les parrainages nécessaires pour être en droit de se présenter devant les électeurs, ce qui vraisemblablement ne devrait pas lui poser de problème quoiqu’en disent certains…

Se déclarer candidat à une élection ne suffit pas à nourrir un projet politique. Emmanuel Macron pour l’instant a bénéficié d’une certaine popularité, tout du moins d’un intérêt du grand public, en jouant le rôle du nouveau-venu sur la scène présidentielle. Le calendrier lui était également profitable, entre la droite occupée par ses primaires et une gauche qui n’en finit pas de se diviser. Mais la représentation ne dure qu’un temps. L’heure du programme est venue. Comme tout candidat à une élection, même s’il prétend faire de la politique autrement, Emmanuel Macron n’échappe pas au difficile et bien souvent périlleux exercice consistant à faire des propositions.

Quelles sont-elles ces propositions de l’ex-ministre de l’économie pour la prochaine présidentielle de 2017 ? Pour l’instant, seul le volet social a été présenté par Emmanuel Macron, mais ses premiers dires en disent déjà suffisamment sur la nature de son projet. Tout d’abord, la flexibilité est au rendez-vous, en promettant de moduler la durée du temps de travail en fonction de l’âge du salarié. On se souvient de la charge d’Emmanuel Macron contre les 35 heures. Pour autant, il ne dit pas que lui, président, il les supprimera. Mais elles seront flexibles selon l’ancienneté du salarié. Autrement dit, avec Macron, les jeunes travailleront plus de 35 heures hebdomadairement tandis que les plus âgés disposeront d’une semaine horaire moins chargée. En soi, l’idée n’est pas mauvaise. Après tout, les nouveaux entrants sur le marché du travail ont pour eux l’énergie de leurs jeunes printemps. Pourquoi ne pas mobiliser plus cette force de travail et permettre ainsi aux salariés plus expérimentés de disposer d’un rythme professionnel plus conciliant avec des aspirations personnelles. Seulement voilà, le chômage  touche massivement les jeunes en France comme dans la plupart des pays européens. Une personne sur quatre âgée de moins de 25 ans est aujourd’hui sans emploi. Compte tenu de l’ampleur du phénomène, réduire la durée du temps de travail des salariés les plus âgés pour accroître celle des plus jeunes apparaît comme une mesure bien timide pour lutter contre le chômage de masse. Le volet social du programme de Macron ne semble guère être à la hauteur de la première préoccupation des français, à savoir une baisse conséquente du chômage.

Flexibilité d’un côté, nationalisation de l’autre, Emmanuel Macron se préparerait-il au grand écart ? Pas tant que cela. L’ancien locataire de Bercy souhaite en effet nationaliser le système d’assurance-chômage. Exit donc les partenaires sociaux qui aujourd’hui gèrent le versement des indemnités suite à un licenciement. A demi-mot, en voulant étatiser, Emmanuel Macron reconnaît que les partenaires sociaux sont responsables de l’endettement chronique de l’UNEDIC. Laissez donc faire l’Etat, il s’occupe de tout et fera certainement mieux ! Manifestement, le projet de Macron ne s’embarrasse guère du dialogue social qui existe à ce jour en France. Pas étonnant d’ailleurs que l’idée de nationaliser l’UNEDIC soit également défendue par Nicolas Sarkozy. On connaît le goût peu prononcé de l’ex-président pour le monde syndical. Ensuite, concernant le financement, sur cette proposition comme pour le reste Emmanuel Macron est très évasif. Il ne suffit pourtant pas que l’Etat gère à son tour l’assurance-chômage pour que miraculeusement les dettes et les déficits s’estompent. C’est surtout la réduction du chômage de longue durée et une reprise sensible du marché de l’emploi qui peuvent réduire significativement le coût de la prestation sociale. Sur ces deux points, Macron ne dit pas grand-chose…

L’ex-ministre de l’économie se présente volontiers aujourd’hui comme celui capable de révolutionner le paysage politique français, en dépassant le clivage gauche-droite pour être le candidat hors du commun. Il est vrai que la rhétorique antisystème connaît actuellement un certain succès, notamment outre-Atlantique. Pourtant, les premières propositions du désormais candidat Macron écornent l’image d’une révolution heureuse dont il se réclame le fer de lance. Au lieu de dépasser les partis dits traditionnels, Macron semble bien plus reprendre des idées défendues aussi bien à droite qu’à gauche. Dépasser n’est cependant pas réunir. On attendra encore un peu, après la divulgation des aspects économiques de son programme pour savoir si Emmanuel Macron est si révolutionnaire qu’il le prétend.

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Facebook n’a pas à dire la vérité

Facebook et la vérité

Facebook est aujourd’hui au cœur d’une polémique qui enfle suite à l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Le plus emblématique des réseaux sociaux est estimé par certains observateurs comme responsable pour partie de l’arrivée du candidat républicain à la Maison-Blanche. La campagne électorale ayant été très vive sur Facebook,  des interrogations se posent à propos de la firme de Marc Zuckerberg. Des attaques sont même adressées à ce dernier, notamment par des démocrates qui ont la défaite au goût plus qu’amer. Il est reproché à Facebook de véhiculer de fausses informations. Ainsi, les partisans de Trump aurait abusivement exploité le réseau social pour diffuser des contre-vérités à propos de leur champion et surtout contre leur adversaire, Hillary Clinton. Ces publications trouvant un certain écho numérique, Facebook les auraient diffusées allègrement sur ses pages pour ainsi générer de l’audience et donc optimiser ses revenus publicitaires.

Zuckerberg et ses collaborateurs sont-ils donc devenus les meilleurs alliés de Trump pour la conquête du pouvoir ? Depuis l’explosion des  nouvelles technologies, la numérisation a investi toutes les activités humaines. La vie privée, professionnelle, le monde des affaires, l’économie, les loisirs, la culture, les religions, tout a été englouti par la vague Internet. La politique n’a pas non plus été épargnée, au contraire. Internet a permis une plus grande démocratisation de l’accès à l’information grâce au progrès technique en matière de traitement des données. A quelques exceptions près en raison de censure politique, comme en Chine par exemple, il est possible à tout internaute d’accéder à tout type de données quel que soit son lieu de connexion et le moment de sa consultation. Cette force de connexion au réel accessible à tous a conduit à une transparence des affaires publiques inégalée dans l’histoire politique. Chacun peut tout savoir sur ce qui s’est déroulé n’importe où dans le monde, et même sur ce qui est en train de se passer.

Les responsables politiques doivent aujourd’hui composer avec les nouvelles technologies. On ne fait plus de la politique comme il y a peu, avant qu’Internet prenne place chez chacun d’entre nous. Le mystère et le secret en politique ne sont plus de mise aujourd’hui. Avant l’ère du tout numérique, l’homme public pouvait pratiquer la dissimulation pour contenir la diffusion d’informations auprès du grand public. Dorénavant, Internent ne supporte plus les cachotteries. C’est certainement pour cette raison que le mensonge et les contre-vérités politiques sont bien plus employés en politique aujourd’hui que par le passé, le secret ne trouvant guère sa place dans l’espace numérique.

Comme tout est dit, autant dire n’importe quoi ! Manifestement, certains ne se privent pas d’user de cette stratégie de communication pour accroître leur électorat. Ils ont trouvé dans Facebook une caisse de résonance pour leurs propos de portée mondiale et sans frais. Faut-il alors réformer les réseaux sociaux, ou alors contraindre ceux qui les utilisent ? Facebook permet de mettre en relation les individus. A chacun ensuite la responsabilité de ses dires et en l’occurrence de ses écrits, tout comme de croire et de ne pas croire ce qu’il entend ou lit. L’Internaute est déjà suffisamment guidé dans ses choix numériques. Laissons-lui au moins la possibilité de se forger son avis sans que des algorithmes ne décident à sa place de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas.

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Quand la machine à produire de l’inégalité est en marche

Les inégalités entre capital et travail

Le débat sur la répartition des revenus entre le capital et le travail amène à se questionner sur la juste rétribution des facteurs de production. A ce titre, Thomas Piketty, économiste français auteur de l’essai Le Capital au XXIe siècle, n’imagine pas que les profits réalisés par les entreprises soient distribués en totalité au capital. Mais il ne dit pas que seul le travail doit bénéficier des revenus. La production a en effet tout autant besoin de capital que de travail, et les revenus sont destinés à les récompenser l’un et l’autre. La question n’est donc pas d’opposer capital et travail. Il s’agit plutôt d’établir un partage des revenus qui à la fois satisfassent les conditions d’un développement futur, les revenus d’aujourd’hui appelant les profits de demain, et soit juste socialement. Toute la difficulté se trouve dans cette conciliation entre optimum économique et justice.

Thomas Piketty explique que, contrairement à une idée reçue, le partage des revenus entre capital et travail n’est pas stable dans le temps. Il varie en fonction des évènements politiques. Il serait donc faux de penser que le rapport entre les facteurs de production et ce qu’ils rapportent est immuable. Aucune loi économique ne fige les choses. Les chocs politiques et économiques de la première moitié du XXème siècle ont réduit sensiblement le poids du capital dans les revenus. C’est seulement à partir de la fin des années 70, début des années 80, avec les politiques libérales anglo-saxonnes puis avec l’effondrement du bloc soviétique, que les capitaux retrouvent des taux de rendement élevés.

Après les Trente Glorieuses, la dynamique de concentration des patrimoines comme celle à l’œuvre à la fin du XIXe siècle se rétablit. Elle est entretenue par la progression des rendements capitalistiques dans un environnement de croissance économique faible. Les mouvements de dérégulation contribuent également à une plus grande liberté de circulation des capitaux à l’échelle de la planète. Le poids du capital dans la production devient ainsi plus élevé, d’où une plus grande attribution des revenus au détriment du travail. La machine à produire de l’inégalité est en marché et elle fonctionne aujourd’hui à plein régime. Un rapport de l’ONG Oxfam publié en 2016 nous dit qu’aujourd’hui 1% des plus riches possèdent la moitié de la planète…

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La folie des banques centrales, un livre de Patrick Artus et Marie-Paule Virard

La folie des banques centrales

Le dernier ouvrage de Patrick Artus écrit conjointement avec Marie-Paule Virard, journaliste économique, est intéressant à plus d’un titre. En dressant les risques inhérents à la politique monétaire telle que pratiquée actuellement en Europe et aux Etats-Unis, on en apprend un peu plus et concrètement sur le fonctionnement d’une économie financière parfois bien hermétique aux communs des mortels. Ensuite, les auteurs ne tombent pas dans un catastrophisme financier à tous crins, en proposant des alternatives aux actions engagées à ce jour par les banques centrales. Car disons le tout de suite, la politique monétaire expansionniste qui inonde de liquidités le circuit économique est une aberration pour les deux économistes. Premièrement, elle est sans effet sur l’économie dite réelle. La croissance économique est et reste atone dans bon nombre de pays. Il ne suffit pas d’injecter massivement de la monnaie pour que la demande globale s’accroisse et avec elle, que l’activité redémarre. Mais le pire pour les auteurs, c’est que ces liquidités sans emploi dans l’économie réelle sont sources de bulles dans la sphère financière. Plus d’argent sur les marchés financiers induit plus d’investissements, donc plus de prise de risques et des effets volumes concentrés. Autrement dit, les marchés actions et obligations aujourd’hui se portent bien car gonflés artificiellement. Mais jusque quand ? La sphère financière ne risque-t-elle pas de s’emballer ? Les bulles se créent avec la concentration des risques, laquelle est favorisée par des anticipations auto réalisatrices, mais aussi avec les moyens financiers qu’on leur donne pour exister, à savoir toujours plus de liquidités. Pour Artus et Virard, la politique de taux historiquement bas et les plans d’assouplissements monétaires nourrissent les bulles d’aujourd’hui dont l’éclatement demain provoquera des crises. La trappe à liquidités, comme la qualifiait Keynes en son temps, serait devenue un péril, surtout à notre époque où les nouvelles technologies et la dérégulation des marchés financiers permettent une mobilité toujours accrue des capitaux.

Les auteurs livrent également une réflexion sur le rapport entre les banques centrales et le pouvoir. La politique monétaire est indépendante, mais ne l’est-elle pas trop aujourd’hui, telle est implicitement la question posée dans le livre ? Lorsque toutes les anticipations et les décisions économiques se construisent sur la base des déclarations des banquiers centraux, voire des rumeurs à propos des orientations monétaires, le pouvoir politique apparaît isolé et sans prise sur mouvements macroéconomiques. Pourtant, c’est bien ce pouvoir qui a été choisi démocratiquement, alors que les banquiers centraux et leurs collaborateurs ne sont pas des représentants élus. Ensuite, les injections massives de liquidités qui profitent surtout à la sphère financière sont une source d’inégalités. En effet, les marchés actions et obligataires sont tirés à la hausse, mais seuls les épargnants aux revenus confortables en profitent réellement. Les ménages financièrement plus modestes sont bien souvent titulaires de compte épargne classique dont les rendements sont très faibles au égard le niveau très bas des taux d’intérêt et d’une inflation quasi nulle. Enfin, Artus et Virad nous font part d’une autre inquiétude à propos de la situation monétaire internationale. Offrir massivement de la monnaie impacte la valeur de la monnaie, laquelle alors se déprécie. On sait que les dépréciations monétaires, se prolongeant, créent des tensions entre les États au sein du commerce mondial. Les deux économistes n’hésitent pas à brandir la menace d’une nouvelle guerre des monnaies dont les banques centrales américaine et européenne en seraient les acteurs involontaires.

Les auteurs ne s’arrêtent pas aux constats, ils proposent. Selon eux, les banques centrales doivent réviser leur perception de l’inflation, en distinguant d’un côté les actifs financiers, de l’autre les biens et services. Pour les premiers, nous nous trouvons dans une phase fortement inflationniste qu’il faut maîtriser. Pour les seconds, un objectif d’inflation est à déterminer en corrélation avec la croissance du PIB que l’on souhaite atteindre. Le statut des banques centrales doit également être rénové, sur base d’un contrôle démocratique plus étroit et avec plus de coordination entre les hautes autorités monétaires à l’échelle internationale. Plus de politique donc pour que les banquiers centraux ne fassent pas éclater la planète financière.

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Un Donald Trump président de l’Union Européenne ?

Présidence de l'Union européenne

L’Europe ne s’est toujours pas remise de la plus grave crise économique que la planète ait connue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pour preuve, le PIB par habitant de la zone euro, soit la richesse produite par européen, sera en 2017 très certainement inférieur au niveau constaté une décennie plus tôt, juste avant que le système financier ne s’effondre. Nous sommes ainsi, nous européens, individuellement moins riche que nous l’étions dix ans auparavant. La crise de 2007-2008 n’en a donc pas encore fini de produire ses effets, ce qui dans l’histoire économique représente un impact d’une durée exceptionnellement longue. D’ordinaire, les crises sont transitoires, elles marquent un changement de cycle, de rythme, mettant un terme à une surchauffe de l’activité économique, éclatant des bulles spéculatives. Habituellement, les crises sont donc conjoncturelles. Pourtant, celle que nous connaissons actuellement s’est installée durablement en Europe jusqu’à devenir structurelle. Est-ce à dire que nous sommes désormais dans une nouvelle ère dont une croissance anémiée et un chômage de masse sont les marqueurs ? Difficile de répondre déjà à cette question. Les cycles économiques sont généralement identifiés une fois arrivés à leur terme. Par contre, les conditions de leur prolongement sont caractérisables sans attendre leur fin, comme actuellement en Europe avec l’endettement public et les défauts politiques de la zone euro qui à l’évidence entretiennent les effets de la crise.

Pour diminuer la dette, divisons la dépense ! Ce qui est vrai pour un individu l’est cependant moins pour un Etat. Les faits confirment cette différence. La zone euro s’est engagée brutalement dans l’austérité après 2008, avec l’Allemagne en tête et la France qui l’a suivie. Le moment était pourtant très mal choisi pour exiger des Etats des efforts budgétaires sans précédent alors que l’économie était entrée dans la dépression. L’austérité a ruiné les espoirs d’une reprise de l’activité en Europe. L’économie américaine, elle, redémarrait grâce à la puissance publique, alors même que le foyer de la crise de 2007-2008 se trouvait aux Etats-Unis. Priver les pays de la zone euro de l’instrument budgétaire pour soutenir l’activité, avec l’investissement public, n’a fait qu’accroître l’endettement. La dette publique se résorbe bien mieux avec les fruits de la croissance qu’avec les recettes de la rigueur.

La crise se maintient également en Europe faute d’une force politique suffisante à l’échelle continentale. L’Union européenne est bien plus la réunion d’intérêts divergents qu’une véritable communauté politique. Le Parlement européen, même si elle est élue au suffrage universel direct, n’a pas la puissance symbolique des assemblées nationales. L’Europe n’a donc pas su parler d’une même voix politique pour dépasser les ennuis économiques. Des divisions se sont même exprimées plus fortement encore qu’auparavant, entre Europe du Nord et Europe du Sud, la première imposant à la seconde une austérité budgétaire insoutenable.

Les divisions ont un coût. Les Etats-Unis sont en train de le payer avec l’élection de Trump à la présidence. En Europe, nous n’en sommes pas là puisque nous avons plusieurs présidents sans qu’aucun ne soit élu, entre le président du Conseil européen, le président de la Commission européenne, le président du Parlement européen, ou bien encore la présidence du Conseil de l’Union européenne. Qui donc incarne la tête de l’exécutif européen ? Nul ne peut vraiment le dire, et cette dispersion des responsabilités sans visibilité publique est très certainement l’explication du déficit politique à l’échelle européenne. L’espace communautaire en Europe est resté trop institutionnel, pas suffisamment incarné. Sans président élu, l’Union européenne n’avancera guère dans son histoire politique, restant un espace complexe dont le reflet renvoie une opacité qui nourrit les populismes. Ils leur est en effet faciles de rendre l’Europe responsable de tous les maux puisque celle-ci est insaisissable, non personnifiée. L’Europe a besoin d’un président élu. Mais s’il fallait aujourd’hui procéder à son élection, qui ne dit pas que la montée des extrêmes et les divisions entre Nord et Sud ne réserveraient pas aux européens le même sort que celui des américains après que Trump ait été préféré à Clinton pour les représenter.

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Et si Donald Trump entrait à la Maison-Blanche…

Trump nouveau président des Etats-Unis

Si la parole en politique a un sens, les américains ont choisi pour la Maison-Blanche un candidat qui leur a promis d’ériger un mur entre eux et le Mexique dont la construction sera financé par l’Etat mexicain, de laisser à Poutine le soin de décider du sort de la Syrie, d’autoriser l’usage de la torture si nécessaire aux Etats-Unis, d’interdire l’entrée sur le territoire américain de musulmans, toujours à propos de Poutine de s’en faire un allié sans condition, de rompre des accords militaires avec l’Europe qui pourtant sont un point d’équilibre dans les relations entre les grandes puissances, de déployer par contre des forces armées dan le Pacifique en estimant que la Chine représente une menace, de réviser les accords de libre-échange entre les Etats-Unis et ses partenaires pour revenir à une forme de protectionnisme, de limiter l’impôt des plus fortunés et de réduire la charge fiscale des sociétés, de jeter aux orties le système de santé développé par Barak Obama et qui profite à plus de 20 millions d’américains, d’exiger des entreprises nationales dont la production est délocalisée de retourner sur le sol américain, d’annuler l’engagement pris par les Etats-Unis lors de la conférence de Paris pour la préservation de l’environnement afin de garantir un avenir à notre planète…

Si la parole en politique a un sens, les américains ont désormais un futur président qui fraîchement élu leur a promis de rassembler le pays autour de lui, de ne laisser aucun américain sur le bas de la route, de traiter les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde sous la forme de partenariat, d’engager l’Amérique vers de grands succès économiques, de mener une politique de grands travaux publics pour générer de l’activité et ainsi créer les conditions du plein-emploi, de permettre à chacun de réaliser son potentiel…

En janvier 2017, Donald Trump deviendra le 45è président des Etats-Unis en fonction en prêtant serment devant la nation américaine.

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Le monde est clos et le désir infini, un livre de Daniel Cohen

Le monde est clos et le désir infini

Nous vivons aujourd’hui une période de l’histoire économique sans comparaison avec les précédentes, telle est le constat développé par Daniel Cohen dans son dernier ouvrage, Le monde est clos et le désir infini. Nous sommes en effet dans l’ère de la croissance nulle alors que dans le même temps, nous vivons et participons à une révolution majeure, celle du numérique. Les nouvelles technologies ne cessent de progresser et sont devenues omniprésentes dans notre quotidien. Pourtant rien n’y fait. Même si nous sommes capables de produire toujours plus avec moins de moyens des produits et des services qui évoluent techniquement à une rapidité croissante, l’activité économique des pays riches est entrée dans la morosité sans signe d’une sortie probable et prochaine. Daniel Cohen nous dit que la croissance économique, apparue véritablement il y a deux siècles, sous l’impulsion des révolutions tant politiques qu’industrielles, n’a fait que s’essouffler jusqu’à nos jours pour s’épuiser. La croissance n’est plus…et cependant le désir demeure. L’homme est ainsi fait qu’il a toujours des besoins. Le problème, c’est que ces besoins sont relatifs. Il y a toujours pour quiconque l’exemple de faire mieux, d’avoir plus que son voisin. La richesse n’a rien d’absolu, elle s’apprécie par rapport aux autres. Tant que la croissance économique était installée comme un horizon perpétuel, cette quête de la satisfaction du besoin trouvait une issue possible et plausible. Mais dès lors que la crise économique s’installe durablement jusqu’à devenir la norme, une fois qu’il est admis que l’économie ne progressera plus jamais comme avant, la défiance, voire l’angoisse, s’installe puisque le besoin n’a plus la croissance pour être satisfait et ainsi disparaître.

La société bien évidemment est impactée par le nouveau paradigme économique décrit par Daniel Cohen. Celui-ci nous explique à ce propos que le marché du travail s’en trouve transformé. Paradoxalement, ce ne sont pas les postes les moins qualifiés qui sont les plus touchés par les évolutions numériques, mais les emplois dits intermédiaires, ceux dont les tâches sont plus facilement automatisables et intégrables dans un environnement tout informatisé. Ensuite, le progrès technologique induit une hausse des inégalités salariales car le fossé se creuse entre ceux qui sont à l’origine et qui maîtrisent les nouvelles technologies, et les autres qui n’y participent pas et se trouvent plus à en subir les effets. L’innovation certes repousse les limites de la croissance économique, mais aujourd’hui elle a un coût : l’augmentation des inégalités dans les pays riches. S’agissant des économies émergentes, Cohen fait le constat que leur développement économique tend vers une réduction globale de la pauvreté. Mais là-aussi, cela n’est pas sans coûter, ici sur un plan écologique. On ne peut pourtant pas condamner la volonté des pays émergents à progresser économiquement. Globalement, les populations concernées en tirent un bénéfice, avec un accroissement de leur niveau de vie.

Le besoin, que l’économie soit riche ou émergente, est partout un moteur. Il n’y pas de fin au désir. On peut toujours vouloir plus, ce qui est le cas, surtout sur matériellement. Keynes en son temps pensait que la productivité croissante nous libèrerait des préoccupations matérielles et ainsi pourrions-nous nous consacrer à des activités exclusivement spirituelles, moins épuisantes pour la planète et pour les hommes. Force est de constater qu’il avait tort, conclusion que l’on peut aisément formuler avec Daniel Cohen. Celui-ci pourtant ne désespère pas tout en restant lucide. Il reconnaît à la croissance économique une nécessité culturelle qui fait la civilisation. Cette croissance doit exister, mais atteinte et vécue différemment, en renonçant au primat de la quantité avec  l’accumulation du capital, pour plus de qualité.

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100 milliards d’euros de dépenses publiques en moins, ou ce que la droite française ne dit pas dans ses primaires

Les primaires de la droite et du centre et les dépenses publiques

Toute campagne électorale est traversée par des discours qui très vite tombent dans l’oubli une fois l’élection venue. Certains propos électoraux pourtant demeurent après que les urnes se soient exprimées. On se souvient encore aujourd’hui de la fracture sociale diagnostiquée par le candidat Chirac à propos de la société française, ou bien encore François Hollande se déclarant en guerre contre la finance. Ainsi, les campagnes électorales se nourrissent de mots prononcés ici et là et dont certains restent gravés dans la mémoire collective. Les chiffres également peuvent jalonner le temps préélectoral et marqués durablement les esprits. S’agissant de la présidentielle à venir en France, il est un chiffre, ou plutôt une somme, qui commence à s’installer dans la campagne électorale : cent milliards d’euros. Ce montant, important en soi, l’est encore plus lorsqu’il correspond au niveau de réduction des dépenses publiques qu’envisage la droite si elle revient au pouvoir. Cent milliards, voilà très certainement le chiffre qui serait porté par le candidat de droite pour 2017 et qui franchirait les portes de l’Elysée si celui-ci l’emportait aux prochaines présidentielles.

La droite nous promet donc qu’avec elle aux commandes, l’Etat sera à nouveau vertueux en matière de dépenses. Il faut cependant avoir les moyens de ses vertus. En finances publiques, rien ne va de soi, il faut des choix. Sur la baisse des dépenses de l’Etat, les candidats à la primaire se maintiennent à une déclaration d’intention sans véritable précision. Les chiffres en politique gagnent aussi en notoriété avec le mystère qui les entoure. La droite en campagne reste pour l’instant évasive sur le sujet, tout au plus annonce-t-elle des réductions du nombre de fonctionnaires. C’est certainement là de sa part plus de prudence que défaut de transparence. On ne réduit pas significativement les coûts de fonctionnement de l’Etat sans coupe drastique dans des budgets électoralement sensibles. L’Education nationale par exemple serait forcément impactée par l’austérité promise par la droite. L’école en effet représente un quart du budget de l’Etat. Mais contrairement à une idée reçue, la France n’est pas la plus dispendieuse parmi les pays dits riches en matière d’éducation. Et l’on sait depuis une dernière enquête menée par l’OCDE que le système éducatif français est loin de faire partie des premiers de classe au niveau mondial en matière de performance. L’Education nationale a donc besoin de plus de moyens pour que l’école française contribue véritablement à réduire les inégalités et ainsi limiter l’endogamie sociale. L’abaissement massif des dépenses publiques défendu par le parti Les Républicains semble pourtant aller à l’inverse d’une plus forte allocation budgétaire au bénéfice de l’instruction en France. Mais cela, la droite ne le dit pas…

Ce que la droite et le centre ne disent pas non plus dans le débat actuel, c’est que diminuer sensiblement le coût de fonctionnement de l’Etat impactera les collectivités locales. Les régions, les départements, les communes, reçoivent une dotation de l’Etat, soit une somme versée pour financer leur fonctionnement. Cette participation nationale aux dépenses locales n’a cessé de diminuer avec l’exécutif actuel. L’austérité budgétaire n’est pas l’apanage de la droite ! La gauche au pouvoir a déjà fortement mis à contribution les collectivités locales pour la diminution des dépenses publiques. La droite aux commandes de bon nombre de collectivités depuis 2014 après les revers électoraux du parti socialiste s’est suffisamment insurgée à propos de la baisse des dotations de l’Etat pour nous rappeler que le service public n’est pas que national, qu’au contraire la puissance publique dont chacun bénéfice est avant tout de proximité. On est pourtant surpris du silence de ces mêmes élus locaux sur le risque que soient à nouveau amputés les budgets communaux, départementaux, régionaux, avec les coupes drastiques des dépenses que proposent les ténors nationaux de droite. Réduire de cent milliards d’euros les charges publiques ne se fera pas sans que les collectivités locales aient à mettre une fois encore la main à la poche. Mais cela, la droite ne le dit pas non plus…

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De l’audace pour la mise en place du revenu universel

Revenu universel

La crise économique qui perdure et le chômage de masse qui s’est installé depuis une trentaine d’années ont relancé le concept d’un revenu universel en France, soit une somme versée à tout individu sans condition de ressource, ni réalisation d’une quelconque prestation. Cette idée n’est pas neuve mais elle a retrouvé une certaine fraicheur après des décennies productivistes marquées par le plein-emploi. D’actualité ou pas, le revenu universel n’en suscite pas moins beaucoup de débat aujourd’hui comme hier, le fantasme n’étant jamais très loin d’une véritable réflexion sur le sujet. Ses détracteurs le voient au mieux comme relevant d’une utopie à jamais prisonnière de son état, au pire comme une menace pour l’équilibre de notre société fondée sur le travail. Ses partisans à l’inverse l’envisagent en tant que nouveau modèle pour succéder à un Etat-providence à bout de souffle.

Le revenu universel ne laisse donc pas indifférent puisque sa mise en œuvre est de nature à réformer profondément nos modes d’organisation sociale. Il nécessite tout d’abord de réviser notre rapport au travail puisque le salaire se trouverait en quelque sorte concurrencer par un revenu sans condition. Cette révision est une difficulté de fond car elle touche aux valeurs. Est-il admissible de recevoir de l’argent sans rien faire ? La question ainsi posée est certes très prosaïque mais la réponse peut être le ressort pour que le revenu universel devienne effectif. Répondre par l’affirmative ne conduirait-il pas pour autant à encourager la paresse, laquelle serait une atteinte à l’intérêt général en condamnant toute émulation nécessaire au progrès ? Avec le revenu universel, le risque ne serait-il pas de s’enfermer dans une société de plus en plus conservatrice faute de mouvement procuré avec le travail généralisé ? Ces interrogations peuvent sembler quelque peu provocatrices en prolongeant l’idée d’un homme naturellement paresseux et dont seule la contrainte financière pourrait extraire de son état naturel. Mais après tout, toutes les questions sont bonnes à poser dès lors qu’elles concernent un sujet essentiel…

La mise en place d’un revenu universel, en plus de bousculer la valeur travail, suppose de bouleverser l’ordre étatique. Quelle place en effet accorder à l’Etat si celui-ci rémunère tout le monde sans obligation ? Sur ce point, là-aussi le consensus n’est pas de mise. On peut trouver paradoxalement des libéraux comme Milton Friedman qui, répondant à la question, font la promotion du revenu universel. Mais cette adhésion repose avant tout sur le fait de considérer le versement sans condition d’une somme à chacun comme un moyen indispensable à une société avec moins d’Etat. Ainsi, tout individu bénéficiant d’un pécule reçu automatiquement chaque mois aurait ensuite à sa charge tous frais le concernant, y compris ceux qu’il peut ne pas payer aujourd’hui, notamment en matière d’éducation et de santé. En d’autres termes, le revenu d’Etat permettrait de tout privatiser, la puissance étatique se concentrant sur les fonctions régaliennes. A l’inverse, il est possible de penser que l’Etat allouant un revenu à tout le monde, le salaire devienne un complément pour vivre, ceci traduisant une nationalisation du pouvoir d’achat, donc de l’économie.

Se pose enfin la problématique du financement du revenu universel. Son principe oblige à renverser l’ordre existant en matière de prestations sociales. En effet, la protection actuelle est financée par un mécanisme de redistribution des richesses, lesquelles sont produites avec le travail. Il s’agit avant tout d’un régime d’indemnisation au bénéfice de celles et ceux qui n’ont plus accès à l’emploi, dans le cas de la maladie, du chômage, de la retraite. Le revenu universel par contre ne serait pas adossé à la création de richesses puisqu’il n’y contribue pas. Comment dès lors le financer ? Certainement avec une ponction encore plus forte qu’aujourd’hui sur les revenus produits, mais après avoir supprimé toute autre prestation sociale pour établir un nouvel équilibre. Rien ne dit pourtant aujourd’hui qu’un tel équilibre soit possible, et que donc le revenu universel soit viable. Il est évident que celui-ci serait plus sensible aux cycles économiques que peut l’être la protection sociale actuelle. Mais rien ne dit non plus que les richesses produites ne soient pas suffisantes pour contenter tout le monde avec le revenu universel. Les utopies sont un pont entre l’impossible et la réalité que l’audace suffit parfois à franchir.

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Quand la gauche s’apprête à voter pour une droite décomplexée

Les primaires de la droite et du centre et la gauche

L’électeur de gauche se trouve aujourd’hui dans une position malaisée vis-à-vis de la primaire de la droite et du centre. A priori, il n’a aucune raison de participer à l’investiture d’une personne qui à terme portera un projet ne lui correspondant pas. C’est la droite qui cherche son candidat, pourquoi donc la gauche irait-elle s’en mêler ? Pour autant, le résultat des primaires risque d’être différent selon que le scrutin reste concentré dans les mains des militants du parti Les Républicains ou bien si d’autres sensibilités politiques y participent en nombre. Les électeurs de gauche se déplaçant massivement à la primaire de droite, Juppé sortirait très probablement gagnant face à Sarkozy. Cela n’est pas rien tant on connaît le rejet qu’inspire l’ex-président auprès des militants et sympathisants d’un bord politique qui n’est pas le sien. Mais au-delà de cette réaction presque épidermique, il est un calcul qui peut être fait et justifie d’apporter malgré tout sa voix à Nicolas  Sarkozy, s’agissant en l’occurrence de faire barrage à Alain Juppé qui aujourd’hui est le mieux placé pour gagner la prochaine présidentielle contre le Front National. Juppé ne laisserait donc aucune chance à la gauche de l’emporter, voire même d’être présente au second tour. Votant Sarkozy aux primaires de droite, l’électeur de gauche chercherait à désigner son meilleur adversaire pour les présidentielles de 2017, celui dont la personnalité controversée dépassant les frontières partisanes représente une chance pour un candidat socialiste de se hisser au second tour.

Sarkozy ou pas Sarkozy ? Juppé ou pas Juppé ? Cruel dilemme pour le militant ou sympathisant de gauche. Il reste cependant une façon de dépasser ce choix cornélien : ne pas voter à la primaire de la droite et du centre, en faisant abstraction des personnalités candidates à la candidature pour ne retenir que le projet défendu à droite. Sur ce point, les idées des uns et des autres se rejoignent, ce qui n’est pas surprenant s’agissant d’une élection au sein d’une même force politique. La primaire est ainsi bien plus le moyen de résoudre une lutte de personnes que de construire un programme. De façon différente, les sept prétendants pour l’Elysée expriment le même projet pour la France : à droite toute ! Il est en effet question de réduire massivement les dépenses publiques avec notamment la réduction du nombre de fonctionnaires, donc plus d’austérité, de poursuivre une politique de l’offre déjà bien engagée par l’exécutif actuel avec des baisses conséquentes de charges sociales au bénéfice des entreprises, de revoir la fiscalité au profit essentiellement du capital. Et bien-sûr, les candidats à la primaire unanimement comptent bien mettre un terme à ces satanées trente-cinq heures que la droite présente volontiers comme à l’origine d’un mal français, alors même qu’au pouvoir les dix années suivant la publication de la loi sur la réduction du temps de travail, elle ne les a jamais remises en cause ! Pour terminer, au travers des attaques répétées contre la CGT, la primaire actuelle est aussi la manifestation d’une volonté à droite de contraindre l’exercice syndical en France.

Le programme politique qui sera porté par le parti Les Républicains et ses alliés lors des prochaines présidentielles sera à l’évidence très marquée à droite, tant sur les questions économiques que sociales. Alain Juppé s’il sort vainqueur de la primaire ne sera pas un candidat du centre. Quand à Nicolas Sarkozy, on se doute que sa stratégie de campagne sera très proche des précédentes s’il est élu candidat, lorgnant ainsi sur l’électorat du Front National. Dès lors, l’électeur de gauche est-il prêt à devenir l’un des artisans d’une candidature aux prochaines présidentielles portant un projet si éloigné des valeurs qu’il défend ?

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Quand la France n’est pas épargnée par Donald Trump

Trump et la victoire aux élections américaines

Dans quelques jours, les électeurs américains voteront pour celle ou celui qui succèdera à Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Quelque soit le résultat, il sera historique. Pour la première fois une femme sera peut-être placée à la tête de la première puissance mondiale. Ou alors ce sera le candidat certainement le plus controversé de l’histoire politique américaine qui présidera à la Maison-Blanche. Hillary ou Donald. Clinton ou Trump. Les jeux sont loin d’être faits juste avant l’élection et on ne sait pas encore si rien ne va plus. Il n’en demeure pas moins avec que les urnes ne s’expriment de grandes inquiétudes quant au résultat du scrutin. Trump a montré qu’il n’était pas un candidat comme les autres. S’il est élu, sera-t-il un président différent ? Mensonges, invectives, populisme, sexisme, insultes, sottises, xénophobie, le candidat républicain s’est employé à faire de la politique autrement avec des moyens plus que douteux. Tombant très souvent dans la caricature et dans le discrédit, il n’en a pas moins été entendu et manifestement écouté. Les derniers sondages avant l’élection le confirment comme possible vainqueur bien qu’il fût sérieusement distancé par son adversaire les semaines précédentes. Cette remontée spectaculaire dans les intentions de vote est peut-être l’expression des électeurs indécis qui bien souvent prennent position quelques jours avant le scrutin. Voilà qui n’est guère rassurant pour Hillary Clinton. Une élection dit-on se gagne au centre, mais aussi et surtout avec les électeurs qui au départ sont sans parti pris et qui se décident très peu de temps avant l’échéance électorale. Cette fin de campagne donne ainsi l’impression d’une candidate démocrate à bout de souffle alors que son rival semble lui avoir trouvé un second souffle…

On peut toujours disserter longtemps afin d’expliquer comment un individu tel que Trump puisse être si prêt d’accéder à la Maison-Blanche. Les commentaires vont bon train sur le sujet, en France bien-sûr et ailleurs, avec parfois une certaine condescendance à l’égard de la société américaine, comme si les analyses de la prochaine présidentielle américaine servaient à expliquer que nous français n’aurions jamais permis qu’un hurluberlu comme Trump soit aux portes du pouvoir. Ou alors s’agit-il de nous rassurer en laissant croire que l’électeur français est plus mature que ne l’est son homologue américain. Penser ainsi serait cependant oublier bien vite qu’un vote peut être tout autant l’expression d’une colère que d’un espoir. Les élections en France, comme dans bon nombre de pays européens, sont aujourd’hui bien plus la manifestation d’un profond mécontentement contre un système établi que l’adhésion à un projet. Le phénomène Trump s’inscrit dans cette insatisfaction générale qui anime actuellement la vie politique. Si le candidat républicain est toujours dans la course à quelques jours de l’arrivée, c’est bien parce qu’il incarne le rejet d’une partie de la population américaine vis-à-vis de l’establishment. Cette situation est avant tout la conséquence des inégalités économiques qui n’ont cessé de croître aux Etats-Unis et qui finissent par fragmenter la société américaine. Les écarts de revenu ne concernent plus seulement les plus riches et les plus pauvres, mais la classe moyenne dont le salaire médian est en baisse. Autrement dit, alors même que les Etats-Unis sont en croissance et affichent un taux de chômage très bas, sa population en moyenne s’appauvrit.

Les extrêmes en politique se nourrissent des crises économiques et s’installent durablement dans le paysage lorsque les inégalités se creusent. Le succès préélectoral de Donald Trump n’est pas le fruit d’une inculture politique au sein de l’électorat américain à laquelle nous échapperions, nous électeurs français prétendument mieux instruits en politique ! Ce succès, il est le résultat d’un système structurellement inégalitaire et dont la société française n’est pas exclue. Pour preuve, même si nous n’avons pas en France de Donald Trump au seuil de l’Elysée, les extrêmes n’en sont pas moins très proches du pouvoir.

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« Capitalistes de tous les pays, unissez-vous ! » aurait-pu dire Marx

Marxisme, capitalisme, libéralisme

Marx contre les libéraux ! Le travail contre le capital ! Les travailleurs contre les capitalistes ! Sous-entendu par cette opposition : le revenu et sa réparation. Qui a le droit au revenu et à quelle hauteur ? La réponse donnée à cette question est fondamentale puisqu’elle conditionne l’organisation d’une société. Le revenu en effet est au centre des relations sociales et en tant que tel il est un déterminant pour la constitution des groupes sociaux, aujourd’hui comme hier. Certes, nous ne sommes plus au XIXe siècle. Le droit est désormais plus contraignant qu’il ne fût jadis à propos du capitalisme. Mais le capital n’en reste pas moins un instrument de pouvoir puisqu’il permet toujours de décider, notamment pour ce qui est de la fixation des revenus. Le système capitaliste et la société qui en découle repose ainsi sur cet enchaînement essentiel : le capital rémunère le travail. Néanmoins, dans ce rapport est-il possible d’identifier une contradiction qui laisserait à penser qu’en l’état le système n’est pas tenable. En effet, le capital appelle aussi à être rémunérer. D’un côté, il faut payer les travailleurs, de l’autre les capitalistes. Mais le salaire qui revient aux premiers n’est pas le profit que s’allouent les seconds. Le salaire est directement lié à la production, il est le résultat d’un travail fourni, il s’ajoute en quelque sorte à ce qui est. Le profit par contre est fonction d’une déduction, soit la différence entre le montant des ventes et ce qui a permis leur réalisation avec le travail pour l’essentiel. Le profit sera donc d’autant plus élevé que les salaires seront moindres.

Le rapport est ainsi très simple entre capital et travail pour ce qui est de la répartition des revenus, mais ô combien antinomique puisqu’il y est question de partager des richesses produites sans que les acteurs de cette production aient même voix au chapitre. Le capital en soi ne produit rien contrairement au travail. Mais le travail sans capital est peu productif, les mains nues ne suffisant pas à fabriquer de grandes choses. Le capital est né en quelque sorte avec les outils. Il est donc évident que le travail et le capital sont complémentaires pour produire plus et mieux, et ainsi permettre l’amélioration des conditions d’existence. Mais cette complémentarité s’exprime très peu dans le revenu. Celui-ci est avant tout le résultat d’une subordination du travail au capital.

Karl Marx voyait dans le rapport entre capital et travail la source d’une lutte permanente entre groupes sociaux, laquelle constitue selon lui un moteur historique. A sa façon, il prédisait la fin de l’Histoire dès lors que le prolétariat l’aurait emporté sur le capitalisme pour que n’existe plus qu’une seule classe sociale. Le projet marxiste est ainsi de nature égalitaire, s’opposant au libéralisme privilégiant la liberté. D’où une opposition entre deux visions qui reste indépassable. Pourtant, entre Marx et les penseurs classiques précurseurs des thèses libérales et dont le néo-libéralisme actuel se nourrit, les divergences ne sont pas si nettes. En effet, aussi bien les auteurs classiques que Marx reconnaissent que la valeur d’une chose est le produit du travail fourni pour sa fabrication. La relation entre le travail et la richesse créée est ainsi plus évidente qu’elle peut l’être à propos du profit. Ce trouble rend d’autant plus difficile la justification économique du rapport entre capital et bénéfice et ouvre ainsi le champ à de multiples interprétations à l’origine de courants de pensée qui finissent par s’opposer, voire s’affronter, comme c’est le cas entre le marxisme et le libéralisme. Pourtant, Marx initialement prolonge plus qu’il ne combat une pensée qui l’a précédée et dont les auteurs sont considérés comme les pères du libéralisme. Comme quoi, une idée partagée au départ, aussi essentielle soit-elle, ne conduit pas à la même fin.

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Quand la Chine communiste est devenue sur-capitalisée

Chine sur-capitalisée

La Chine est un modèle de contradiction entre régime politique et système économique. Alors que règne le parti unique depuis des décennies, de surcroît communiste, l’économie de marché s’y est développée à marche forcée ces dernières années, jusqu’à ce que l’un derniers Etats communistes au monde et le plus peuplé de la planète soit désormais sur-capitalisé. Marx pensait en son temps que le capital s’accumulant tendait vers sa destruction. L’exemple de la Chine communiste nous dit le contraire, tout du moins en partie.

Le capital ne s’évapore pas dans la nature une fois engrangé dans des proportions colossales, comme c’est le cas pour l’économie chinoise. Par contre, c’est son rendement qui, unitairement, tend à disparaître. Proportionnellement, il faut toujours plus de profit pour maintenir un taux de rendement du capital investi si celui-ci s’accroît. Seulement voilà, selon la pensée néoclassique, la productivité marginale du capital est décroissante. Autrement dit, le capital augmentant avec l’investissement génère de moins en moins de profit. C’est là une vision parmi d’autres, contestable comme toutes, et cela même si elle domine la pensée économique depuis longtemps déjà. Par contre, il n’est guère contestable que l’investissement, donc la croissance du capital, soit financé avec l’épargne, c’est-à-dire les revenus inhérents à la production et qui ne sont pas consommés.

Epargner pour permettre ensuite l’investissement coûte en consommation. Si l’épargne devient trop élevée par rapport aux besoins de financement et ceci au détriment de la consommation, nous sommes alors en présence d’une économie sur-capitalisée, comme l’est actuellement la Chine. Les effets ici sont également inter-temporels puisque les épargnants se privent de consommer au bénéfice des générations qui leur succéderont et qui profiteront du stock de capital accumulé. Là-aussi, il s’agit d’une interprétation classique pour ce qui est du rapport entre croissance économique et capital afin d’expliquer pourquoi la production tend à augmenter à long terme. On peut également ajouter, spécifiquement dans le cas de la Chine, que la sur-capitalisation de l’économie est un moyen parmi d’autres de maintenir le parti unique. En effet, la consommation ouvre les appétits, pas seulement financiers, notamment sur le plan des libertés individuelles, et impacte l’évolution des mœurs. L’épargne, elle, s’inscrit plus dans un cadre conservateur. Il était certainement plus intéressant pour la Chine, politiquement, de dégager un maximum de revenus au travers de ses exportations que de sa demande intérieure. Mais ceci ne dure qu’un temps. La planète n’est pas un marché sans limite. La Chine s’est ainsi essoufflée avec trop de capital et pas assez de consommation domestique.

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Quand François Hollande fait valser Manuel Valls pour la prochaine présidentielle

Hollande et Valls pour la primaire socialiste

La nature a horreur du vide, dit-on. La vie politique aussi. Les incertitudes en matière d’intention politique ouvrent aussi les appétits et conduisent alors à des situations inédites. Nous vivons actuellement au somme de l’Etat une configuration des plus particulières dans l’exercice du pouvoir en France. Jamais en effet un Président de la République et son premier ministre du même bord politique n’ont autant été en compétition pour une prochaine présidentielle, alors même qu’aucune des deux têtes de l’exécutif ne se soit déclarée à ce jour candidat. Il y a bien eu par le passé des associations plus que tendues entre l’Elysée et Matignon bien que les locataires respectifs soient du même parti. On se souvient du tandem Mitterrand-Rocard qui ressembla bien plus à une cohabitation qu’à une collaboration.

S’agissant du couple Hollande-Valls, celui-ci s’est construit sur de bonnes bases. Le premier ministre fût l’un des artisans de la victoire du Président actuel, lui apportant sans ambigüité tout son soutien le soir du premier tour des primaires de 2011 et s’engageant sans retenue derrière Hollande lors de la campagne qui suivit. Manifestement, pour ce qui est des relations humaines, plus particulièrement politiques, de bonnes fondations ne garantissent pas la pérennité de l’édifice. Le duo Hollande-Valls montrait une certaine solidité devant l’adversité. Mais les dernières confidences du Président de la République rendues publiques ont ébranlé la sérénité qui s’était installée au sommet de l’Etat. Manuel Valls n’a pas apprécié le livre Un président ne devrait pas dire ça, dans lequel François Hollande s’est livré si ouvertement qu’il a fini pas écorner la fonction présidentielle. On peut comprendre que Valls s’insurge, mais sur la forme sa réaction à quelques mois de la prochaine présidentielle laisse planer quelques doutes. Valls mécontent pouvait très bien faire part de sa désapprobation au chef de l’Etat dans le secret de l’Elysée. Mais il a préféré la petite phrase qui souvent en dit bien plus que son contenu…

François Hollande annoncera prochainement s’il est ou non candidat à sa propre succession. Le calendrier des primaires socialistes lui permet d’être encore aujourd’hui maître de la situation préélectorale. On se doute que si le parti socialiste a choisi janvier 2017 pour l’investiture de son candidat, c’est pour se conformer au rythme élyséen et pourquoi pas sur ordre du Président lui-même. Sur ce point, Hollande ne s’est pas confessé. Toujours est-il que le couple Hollande-Valls désormais n’échappe plus au malaise que crée l’usure du pouvoir et malgré tout l’envie pour chacun des protagonistes de s’y maintenir. Difficile donc de dire quelle sera la fin de ce tandem. Néanmoins, on imagine fort bien que le premier ministre actuel se verrait bien à terme exercer le pouvoir dans un autre fauteuil qui est le sien aujourd’hui. Reste pour lui à savoir quand s’engager officiellement pour l’accession à l’Elysée.

2017 peut aussi bien être une opportunité qu’un piège pour Valls. Participant aux primaires sans les emporter, il peut ensuite se positionner comme le prochain chef d’opposition en vue des présidentielles de 2022. Mais pour cela, encore faut-il qu’il réalise un score conséquent afin de rassembler ensuite la gauche autour de sa personne. Son score de 2011 n’y suffirait pas. Ou bien alors Manuel Valls gagne les primaires, profitant d’une division des voix avec la candidature simultanée de François Hollande. Ragaillardi par cette victoire, la chute pourrait cependant être d’autant plus brutale le soir d’un premier tour des présidentielles que l’on annonce crépusculaire pour les socialistes. Il n’est certes pas impossible de renaître de ses cendres. Mais en politique, il est des défaites historiques qui vous colle à la peau. Y aller ou pas, voilà bien Manuel Valls entraîné dans quelques pas d’une danse politique dont le meneur reste encore aujourd’hui François Hollande.

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