Juppé, Fillon, faux frères ennemis

Fillon et Juppé face à face aux primaires de la droite et du centre

Depuis dimanche soir, la droite est traversée par un nouveau duel : Fillon face à Juppé. Le premier tour des primaires de la droite et du centre a abouti à un résultat totalement inattendu. Les sondages et les observateurs de la vie politique donnaient Juppé contre Sarkozy pour le second tour, les interrogations portant plus sur qui serait le troisième homme du scrutin. On imaginait donc que l’entre-deux tours serait l’affrontement entre deux styles, deux façons de faire de la politique, la forme l’emportant sur le fond. Les électeurs en ont décidé autrement. L’impétueux Sarkozy ne rencontrera pas le tiède Juppé. Les costumes sont rangés au placard. Désormais le débat s’est dirigé vers le terrain des idées. On ne s’en plaindra pas. Une élection présidentielle mérite que s’opposent des projets au lieu que les candidats se battent comme des chiffonniers.

Affrontement donc entre deux ex-premiers ministres pour représenter la droite aux prochaines élections nationales. Les petites phrases entre les deux hommes ne se sont pas fait attendre. Le délai est court entre les deux tours. Juppé est donc allé directement au but, présentant le programme de son adversaire comme socialement trop brutal. Fillon a réagi en s’affirmant volontiers comme le représentant d’une droite ni forte, ni décomplexée, mais tout simplement telle qu’elle est majoritairement, conservatrice sur les questions de société et libérale sur les sujets économiques. A entendre les deux nouveaux frères ennemis,  on a l’impression de se trouver dans un duel gauche-droite, avec un Juppé presque gauchisant contre un Fillon toujours plus à droite au fil des semaines. Encore un peu et l’on croirait que les deux hommes sont de sensibilité politique différente. Bien-sûr il n’en est rien. Nous sommes toujours dans le cadre d’une primaire d’un même parti. Et sur le plan des idées, bien que Juppé soit devenu « inrockuptible » et Fillon proche de la Manif pour tous, les divergences sont bien faibles. Les deux hommes en effet nous proposent le même projet de société : moins d’Etat avec une réduction très forte des dépenses publiques, plus de dérégulation en matière de droit du travail, une privatisation du dialogue social en reconnaissant l’accord d’entreprise comme une source principale du droit, la fin de l’impôt sur la fortune.

Juppé, Fillon, faux frères ennemis puisque si proches sur un plan idéologique. On s’accorde à dire que la France actuelle a rarement été aussi à droite. C’est peut-être vrai. Toujours est-il que Juppé et Fillon eux, le sont bien, à droite. Alors, où est le centre ? L’UDI est-elle encore représentative d’une force centriste dans le paysage politique français en apportant son soutien à François Fillon pour le second tour de la primaire ? A ce jeu-là, il est fort à parier que François Bayrou sortira du bois pour une nouvelle candidature si Juppé est éliminé de la course présidentielle. Si tel est le cas, les primaires auront été un échec en générant une nouvelle division entre la droite et le centre qui pourrait s’avérer bien coûteuse électoralement.

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