Juppé, Fillon, faux frères ennemis

Fillon et Juppé face à face aux primaires de la droite et du centre

Depuis dimanche soir, la droite est traversée par un nouveau duel : Fillon face à Juppé. Le premier tour des primaires de la droite et du centre a abouti à un résultat totalement inattendu. Les sondages et les observateurs de la vie politique donnaient Juppé contre Sarkozy pour le second tour, les interrogations portant plus sur qui serait le troisième homme du scrutin. On imaginait donc que l’entre-deux tours serait l’affrontement entre deux styles, deux façons de faire de la politique, la forme l’emportant sur le fond. Les électeurs en ont décidé autrement. L’impétueux Sarkozy ne rencontrera pas le tiède Juppé. Les costumes sont rangés au placard. Désormais le débat s’est dirigé vers le terrain des idées. On ne s’en plaindra pas. Une élection présidentielle mérite que s’opposent des projets au lieu que les candidats se battent comme des chiffonniers.

Affrontement donc entre deux ex-premiers ministres pour représenter la droite aux prochaines élections nationales. Les petites phrases entre les deux hommes ne se sont pas fait attendre. Le délai est court entre les deux tours. Juppé est donc allé directement au but, présentant le programme de son adversaire comme socialement trop brutal. Fillon a réagi en s’affirmant volontiers comme le représentant d’une droite ni forte, ni décomplexée, mais tout simplement telle qu’elle est majoritairement, conservatrice sur les questions de société et libérale sur les sujets économiques. A entendre les deux nouveaux frères ennemis,  on a l’impression de se trouver dans un duel gauche-droite, avec un Juppé presque gauchisant contre un Fillon toujours plus à droite au fil des semaines. Encore un peu et l’on croirait que les deux hommes sont de sensibilité politique différente. Bien-sûr il n’en est rien. Nous sommes toujours dans le cadre d’une primaire d’un même parti. Et sur le plan des idées, bien que Juppé soit devenu « inrockuptible » et Fillon proche de la Manif pour tous, les divergences sont bien faibles. Les deux hommes en effet nous proposent le même projet de société : moins d’Etat avec une réduction très forte des dépenses publiques, plus de dérégulation en matière de droit du travail, une privatisation du dialogue social en reconnaissant l’accord d’entreprise comme une source principale du droit, la fin de l’impôt sur la fortune.

Juppé, Fillon, faux frères ennemis puisque si proches sur un plan idéologique. On s’accorde à dire que la France actuelle a rarement été aussi à droite. C’est peut-être vrai. Toujours est-il que Juppé et Fillon eux, le sont bien, à droite. Alors, où est le centre ? L’UDI est-elle encore représentative d’une force centriste dans le paysage politique français en apportant son soutien à François Fillon pour le second tour de la primaire ? A ce jeu-là, il est fort à parier que François Bayrou sortira du bois pour une nouvelle candidature si Juppé est éliminé de la course présidentielle. Si tel est le cas, les primaires auront été un échec en générant une nouvelle division entre la droite et le centre qui pourrait s’avérer bien coûteuse électoralement.

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100 milliards d’euros de dépenses publiques en moins, ou ce que la droite française ne dit pas dans ses primaires

Les primaires de la droite et du centre et les dépenses publiques

Toute campagne électorale est traversée par des discours qui très vite tombent dans l’oubli une fois l’élection venue. Certains propos électoraux pourtant demeurent après que les urnes se soient exprimées. On se souvient encore aujourd’hui de la fracture sociale diagnostiquée par le candidat Chirac à propos de la société française, ou bien encore François Hollande se déclarant en guerre contre la finance. Ainsi, les campagnes électorales se nourrissent de mots prononcés ici et là et dont certains restent gravés dans la mémoire collective. Les chiffres également peuvent jalonner le temps préélectoral et marqués durablement les esprits. S’agissant de la présidentielle à venir en France, il est un chiffre, ou plutôt une somme, qui commence à s’installer dans la campagne électorale : cent milliards d’euros. Ce montant, important en soi, l’est encore plus lorsqu’il correspond au niveau de réduction des dépenses publiques qu’envisage la droite si elle revient au pouvoir. Cent milliards, voilà très certainement le chiffre qui serait porté par le candidat de droite pour 2017 et qui franchirait les portes de l’Elysée si celui-ci l’emportait aux prochaines présidentielles.

La droite nous promet donc qu’avec elle aux commandes, l’Etat sera à nouveau vertueux en matière de dépenses. Il faut cependant avoir les moyens de ses vertus. En finances publiques, rien ne va de soi, il faut des choix. Sur la baisse des dépenses de l’Etat, les candidats à la primaire se maintiennent à une déclaration d’intention sans véritable précision. Les chiffres en politique gagnent aussi en notoriété avec le mystère qui les entoure. La droite en campagne reste pour l’instant évasive sur le sujet, tout au plus annonce-t-elle des réductions du nombre de fonctionnaires. C’est certainement là de sa part plus de prudence que défaut de transparence. On ne réduit pas significativement les coûts de fonctionnement de l’Etat sans coupe drastique dans des budgets électoralement sensibles. L’Education nationale par exemple serait forcément impactée par l’austérité promise par la droite. L’école en effet représente un quart du budget de l’Etat. Mais contrairement à une idée reçue, la France n’est pas la plus dispendieuse parmi les pays dits riches en matière d’éducation. Et l’on sait depuis une dernière enquête menée par l’OCDE que le système éducatif français est loin de faire partie des premiers de classe au niveau mondial en matière de performance. L’Education nationale a donc besoin de plus de moyens pour que l’école française contribue véritablement à réduire les inégalités et ainsi limiter l’endogamie sociale. L’abaissement massif des dépenses publiques défendu par le parti Les Républicains semble pourtant aller à l’inverse d’une plus forte allocation budgétaire au bénéfice de l’instruction en France. Mais cela, la droite ne le dit pas…

Ce que la droite et le centre ne disent pas non plus dans le débat actuel, c’est que diminuer sensiblement le coût de fonctionnement de l’Etat impactera les collectivités locales. Les régions, les départements, les communes, reçoivent une dotation de l’Etat, soit une somme versée pour financer leur fonctionnement. Cette participation nationale aux dépenses locales n’a cessé de diminuer avec l’exécutif actuel. L’austérité budgétaire n’est pas l’apanage de la droite ! La gauche au pouvoir a déjà fortement mis à contribution les collectivités locales pour la diminution des dépenses publiques. La droite aux commandes de bon nombre de collectivités depuis 2014 après les revers électoraux du parti socialiste s’est suffisamment insurgée à propos de la baisse des dotations de l’Etat pour nous rappeler que le service public n’est pas que national, qu’au contraire la puissance publique dont chacun bénéfice est avant tout de proximité. On est pourtant surpris du silence de ces mêmes élus locaux sur le risque que soient à nouveau amputés les budgets communaux, départementaux, régionaux, avec les coupes drastiques des dépenses que proposent les ténors nationaux de droite. Réduire de cent milliards d’euros les charges publiques ne se fera pas sans que les collectivités locales aient à mettre une fois encore la main à la poche. Mais cela, la droite ne le dit pas non plus…

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Quand la gauche s’apprête à voter pour une droite décomplexée

Les primaires de la droite et du centre et la gauche

L’électeur de gauche se trouve aujourd’hui dans une position malaisée vis-à-vis de la primaire de la droite et du centre. A priori, il n’a aucune raison de participer à l’investiture d’une personne qui à terme portera un projet ne lui correspondant pas. C’est la droite qui cherche son candidat, pourquoi donc la gauche irait-elle s’en mêler ? Pour autant, le résultat des primaires risque d’être différent selon que le scrutin reste concentré dans les mains des militants du parti Les Républicains ou bien si d’autres sensibilités politiques y participent en nombre. Les électeurs de gauche se déplaçant massivement à la primaire de droite, Juppé sortirait très probablement gagnant face à Sarkozy. Cela n’est pas rien tant on connaît le rejet qu’inspire l’ex-président auprès des militants et sympathisants d’un bord politique qui n’est pas le sien. Mais au-delà de cette réaction presque épidermique, il est un calcul qui peut être fait et justifie d’apporter malgré tout sa voix à Nicolas  Sarkozy, s’agissant en l’occurrence de faire barrage à Alain Juppé qui aujourd’hui est le mieux placé pour gagner la prochaine présidentielle contre le Front National. Juppé ne laisserait donc aucune chance à la gauche de l’emporter, voire même d’être présente au second tour. Votant Sarkozy aux primaires de droite, l’électeur de gauche chercherait à désigner son meilleur adversaire pour les présidentielles de 2017, celui dont la personnalité controversée dépassant les frontières partisanes représente une chance pour un candidat socialiste de se hisser au second tour.

Sarkozy ou pas Sarkozy ? Juppé ou pas Juppé ? Cruel dilemme pour le militant ou sympathisant de gauche. Il reste cependant une façon de dépasser ce choix cornélien : ne pas voter à la primaire de la droite et du centre, en faisant abstraction des personnalités candidates à la candidature pour ne retenir que le projet défendu à droite. Sur ce point, les idées des uns et des autres se rejoignent, ce qui n’est pas surprenant s’agissant d’une élection au sein d’une même force politique. La primaire est ainsi bien plus le moyen de résoudre une lutte de personnes que de construire un programme. De façon différente, les sept prétendants pour l’Elysée expriment le même projet pour la France : à droite toute ! Il est en effet question de réduire massivement les dépenses publiques avec notamment la réduction du nombre de fonctionnaires, donc plus d’austérité, de poursuivre une politique de l’offre déjà bien engagée par l’exécutif actuel avec des baisses conséquentes de charges sociales au bénéfice des entreprises, de revoir la fiscalité au profit essentiellement du capital. Et bien-sûr, les candidats à la primaire unanimement comptent bien mettre un terme à ces satanées trente-cinq heures que la droite présente volontiers comme à l’origine d’un mal français, alors même qu’au pouvoir les dix années suivant la publication de la loi sur la réduction du temps de travail, elle ne les a jamais remises en cause ! Pour terminer, au travers des attaques répétées contre la CGT, la primaire actuelle est aussi la manifestation d’une volonté à droite de contraindre l’exercice syndical en France.

Le programme politique qui sera porté par le parti Les Républicains et ses alliés lors des prochaines présidentielles sera à l’évidence très marquée à droite, tant sur les questions économiques que sociales. Alain Juppé s’il sort vainqueur de la primaire ne sera pas un candidat du centre. Quand à Nicolas Sarkozy, on se doute que sa stratégie de campagne sera très proche des précédentes s’il est élu candidat, lorgnant ainsi sur l’électorat du Front National. Dès lors, l’électeur de gauche est-il prêt à devenir l’un des artisans d’une candidature aux prochaines présidentielles portant un projet si éloigné des valeurs qu’il défend ?

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Quand les militants écologistes se rappellent au bon souvenir de Cécile Duflot, ou chronique d’une défaite non prévue mais annoncée aux primaires d’Europe Ecologie Les Verts (EELV)

Duflot et la défaite des primaires à EELV

Cécile Duflot ne sera pas candidate lors des prochaines présidentielles. Les primaires écologistes ont scellé son sort politique pour les mois prochains, et peut-être plus encore. En éliminant Duflot dès le premier tour, les militants d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) ont aussi créé la première grande surprise de la campagne à venir. On imaginait déjà Duflot s’ajoutant aux candidatures de gauche. Finalement elle ne sera pas de la partie. Ce sera soit Michèle Rivasi ou Yannick Jadot, tous deux eurodéputés…et presque inconnus sur un plan national. Les verts une fois encore nous ont livré un type de scénario dont ils sont passés maîtres, soit l’histoire d’une déroute annoncée.

On a cru un instant que Nicolas Hulot serait candidat. L’écologie française s’est alors mise à rêver d’un score à deux chiffres aux présidentielles de 2017, tant la personnalité de l’ex-animateur de télévision est appréciée par bon nombre de français, bien au-delà de la sphère écologiste. Il faut reconnaître que Nicolas Hulot n’est pas qu’un personnage médiatique, mais un acteur de terrain dont l’aura et l’opiniâtreté ont contribué à faire intégrer un peu plus les questions environnementales dans les projets politiques. Mais Hulot a refusé d’être candidat après avoir déclaré sur une radio nationale qu’il ne disposait pas d’une équipe politique à ses côtés pour l’accompagner dans une campagne présidentielle. Autant dire que le parti EELV ne lui apportait pas l’infrastructure nécessaire pour mener à bien un combat politique aussi éprouvant comme l’est la compétition pour accéder à l’Elysée.

Après Hulot, voilà désormais Duflot hors-circuit. Mais à la différence de Nicolas, Cécile est entièrement responsable du rejet des militants d’EELV verts à son encontre. En décidant seule de quitter le gouvernement Valls, en choisissant seule de tendre la main à Jean-Luc Mélenchon pour très vite s’en détourner, en se prédestinant toujours seule à une candidature aux prochaines présidentielles, pensant les primaires comme une formalité de campagne, Cécile Duflot s’est disqualifiée elle-même pour la prochaine grande échéance électorale, et peut-être avec elle son parti. Car en effet, elle incarne aujourd’hui une sorte de gâchis de l’écologie politique en France. Après de beaux succès électoraux dans les années 2000, avec Noël Mamère recueillant plus de 5% des voix aux présidentielles de 2002, puis le meilleur score national des écologistes à une élection lors des Européennes de 2009, l’écologie politique semblait s’organiser autour d’une force commune et près à peser sérieusement sur le débat en France. Les partis traditionnels d’ailleurs avaient pris note de ce mouvement en complétant leurs discours et leurs programmes de considérations environnementales. Avec le succès aux Européennes, les écologistes étaient parvenus, non sans mal, à constituer un parti unique autour de l’écologie. EELV était né et promettait des lendemains enchanteurs…qui ne verront guère le jour.

Europe Ecologie Les Verts s’est créé avec la réunion de différents courants écologistes, mais aussi de fortes personnalités qui ne se sont jamais véritablement soumises à une discipline collective de parti politique. Il y a bien eu  la figure tutélaire de Daniel Cohn-Bendit, mais celui-ci aussi influent soit-il ne s’est pas engagé totalement dans la direction du mouvement, laissant un vide dans lequel s’est engouffré Cécile Duflot. Elle sera donc une toute jeune secrétaire nationale d’EELV, prometteuse au début de son mandat, puis décevante ensuite avec une direction du parti plus clanique que consensuelle, ceci motivant le départ de « poids lourds » comme Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit et Noël Mamère. Suite à cela, on a pu penser Cécile Duflot très rusée et pourquoi pas considérer que l’éviction de quelques ténors était un mal nécessaire pour mettre le parti écologiste en ordre de marche. Mais les vieux démons n’abandonnent jamais leur proie. L’écologie politique en France a toujours peiné à instaurer un mode de gouvernance cohérent et durable, et dès lors les luttes de personne l’emportent sur la dynamique de groupe. Mais parfois le collectif se rebelle, n’accepte plus les initiatives personnelles sans concertation et qui pourtant engagent l’avenir du mouvement. Cécile Duflot a certainement oublié cela. Les militants écologistes, avec les primaires, se sont rappelés à son bon souvenir.

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Quand François Hollande se perd dans la synthèse au lieu de rassembler

Holllande, la synthèse, le rassemblement

En 1967, Georges Pompidou alors Premier ministre déclarait que la France serait au bord de la révolution si plus de 500 000 personnes se trouveraient sans emploi. Cinquante plus tard, la société française n’a pas eu à connaître de renversement révolutionnaire même si le nombre de chômeurs est aujourd’hui bien supérieur au seuil crépusculaire annoncé par Pompidou. Y’a-t-il donc comme une sorte de fatalité qui pousse les esprits à la résignation à propos du chômage ? En 1993, le président François Mitterrand semblait rendre les armes sur le sujet, en affirmant que l’on avait tout essayé. Fin de l’histoire. Le modèle français comme dans d’autres pays dits riches intègrerait le fait qu’une part importante de la population soit sans activité. Le fatalisme pourtant est un bien piètre conseiller, et la politique sert justement à refuser les déterminismes, à ne pas considérer que tout est joué d’avance, pire à sombrer dans le renoncement. Tout a peut-être été essayé comme le disait François Mitterrand, cela n’empêche pas de réessayer dans des formes différentes. En matière de lutte contre le chômage, les recettes ne sont pas non plus multiples.

Les façons de dynamiser l’emploi sont un marqueur clivant entre gauche et droite. D’ordinaire, à gauche on vise plutôt la sécurité des salariés, à droite la flexibilité du travail. Mais notre époque politique est singulière, traversée par deux tendances politiques de fond, avec d’une part la poussée des extrêmes à droite, d’autre part le centrisme. C’est surtout cette seconde direction qui a permis l’émergence de la flexisécurité censée être la solution au problème du chômage, en conciliant sécurité et flexibilité sur le marché du travail. Les promoteurs de cette idée la présente comme gagnante pour les deux parties concernées, les salariés et les employeurs, et ainsi ce gain mutuel permettrait des assouplissements en termes d’offres et de demandes d’emploi bénéfiques aux personnes en recherche d’activité professionnelle. A l’inverse, ceux qui s’opposent à la flexisécurité la considère comme une voie profitant exclusivement aux entreprises en leur permettant de pouvoir licencier plus aisément. L’équilibre entre salariés et employeurs promis en synthétisant sécurité et flexibilité serait un leurre. La loi El Khomri ne leur a pas donné tort. La partie sécurité du dispositif est passée presque inaperçue car bien trop générale par rapport aux mesures précises en faveur d’une plus grande souplesse du marché du travail, notamment à propos des licenciements. Il ne manquait plus que la loi soit portée par le pouvoir de gauche en place pour que les pistes soient définitivement brouillées.

La synthèse est un art bien difficile en politique. Elle suppose de renoncer à une partie de ses convictions pour en accepter d’autres qui à l’origine ne sont pas les siennes. Elle est cependant indispensable pour celle ou celui qui prétend prendre la tête d’un parti politique. Les courants y sont en effet nombreux, il ne faudrait pas que tout cela déborde jusqu’à créer des scissions, des ruptures. François Hollande a très bien su faire cela en tant que secrétaire national du parti socialiste durant une décennie. Une fois devenue président de la République, il pensait manifestement pouvoir conserver la même méthode. Mais la tête de l’Etat exige plus le rassemblement que la synthèse, autour d’un projet clair et précis. Sur le chômage avec entre autres la loi El Kohmri, comme sur le reste, François Hollande s’est perdu à synthétiser plutôt qu’à rassembler.

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Le grand écart de Jean-Luc Mélenchon, ou quand une campagne pour les présidentielles passe de l’horizontalité à la verticalité

Mélenchon et la campagne présidentielle

Une nouvelle fois, Jean-Luc Mélenchon semble à l’aise dans son costume de candidat à la présidentielle. En 2012, l’ancien socialiste était devenu le leader de la gauche radicale, prêt des extrêmes, en réalisant une campagne efficace, empreinte de certaines envolées lyriques, comme lors d’un discours resté célèbre à la Bastille. Le résultat fût bon. Mélenchon afficha presque quatre millions de voix à son actif le soir du premier tour. Son soutien à François Hollande pour le second tour contribua aussi pour partie à la victoire du candidat socialiste. Qu’en sera-t-il en 2017 si Mélenchon venait à réaliser un score proche, voire supérieur, à celui de 2012 ? On l’imagine mal soutenant François Hollande tant il critiqua la politique de celui-ci durant tout le mandat présidentiel qui s’achève. Jean-Luc Mélenchon vise peut-être de dépasser le prétendant socialiste à la prochaine présidentielle, et se trouver alors dans la situation où c’est lui qui chercherait des ressources électorales auprès des autres candidats de gauche. Dans tel cas, on peut également penser que François Hollande hors-jeu dès le premier tour n’aide guère son ancien compagnon de route à franchir les portes de l’Elysée. De toute façon, tant que le scrutin n’a pas eu lieu, les supputations et autres hypothèses appartiennent à la politique-fiction. Le rapport Hollande-Mélenchon ne sera définitif que le soir du 23 avril 2017, si tant est que le président en exercice soit candidat à sa propre succession. Après que François Hollande se soit dernièrement perdu dans des confidences qui n’honorent certainement pas sa fonction présidentielle, le doute est permis ! Mais cela est une autre histoire. Ce qui peut être analysée aujourd’hui, c’est la manière dont Jean-Luc Mélenchon mène déjà sa campagne présidentielle.

Au-delà des idées et des projets, il faut reconnaître à l’ex-président du Front de gauche sa capacité à innover sur la façon de faire de la politique. En effet, Jean-Luc Mélenchon tente de concilier deux approches qui fondamentalement sont opposables, se situant entre horizontalité et verticalité. Le candidat a bien saisi dans les derniers mouvements d’humeur sociale l’importance accordée par ceux qui y participèrent de l’absence de meneur véritable. Il y avait certes des figures mais pas de tête unique menant les dernières protestations d’envergure, avec Nuit Debout par exemple ou encore lors des contestations de masse contre la loi El Khomri. Cette tendance à l’horizontalité n’est pas spécifique à la France. Dans d’autres endroits du monde, comme en Ukraine sur la place Maidan, ou encore aux Etats-Unis avec Occupy Wall Street, les leaders se sont effacés devant les masses protestataires. Les soulèvements contestataires sont désormais de moins en moins personnifiés, notamment avec les réseaux sociaux qui multiplient les porte-voix.

S’agissant de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas là un mouvement spontané de révolte ou encore de rébellion, mais d’une organisation se mettant progressivement en place dans l’objectif de concourir aux prochaines élections présidentielles. Dans le cas présent, l’horizontalité est possible jusqu’à un certain point. Il faudra bien une tête et une seule à présenter aux électeurs français. Le défi de l’ex-patron du Front de gauche sera donc de passer d’une campagne horizontale à la verticalité qu’exige le dépôt d’une candidature individuelle. Pas-sûr qu’il puisse alors réaliser la transition sans avoir à faire le grand-écart, ce que les électeurs bien souvent n’apprécient guère.

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Sarkozy et Hollande dos à dos sur le chômage et la compétitivité en France, le Front national en embuscade

Sarkozy et Hollande contre le chômage

François Hollande aura mené durant son mandat une politique de l’offre. Sa ligne économique a en effet consisté à mettre à contribution les pouvoirs publics pour un allègement des charges des entreprises, de façon à rendre celles-ci plus compétitives vis-à-vis de l’étranger et les inciter à embaucher en diminuant le coût du travail. Le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) a été créé en ce sens, en allégeant les frais salariaux en France sur base d’une réduction d’impôt. C’est ainsi presque 20 milliards d’euros qui chaque année sont désormais reversés aux entreprises. Le chômage a-t-il ainsi baissé et la France est-elle devenue plus compétitive sur la scène internationale ? Les derniers chiffres livrés par Pôle Emploi au titre d’août 2016 font état d’une  hausse de 50 000 demandeurs d’emploi dans la catégorie A, soit sur l’un mois les plus catastrophique du mandat de François Hollande. Autant dire que le CICE a du plomb dans l’aile. Certes, s’agissant des données concernant août, un effet saisonnier peut biaiser la tendance de fond. Il s’agit en effet d’un mois caractérisé par une entrée massive de jeunes demandeurs d’emploi juste compte tenu de la fin d’une période scolaire, en attendant que les sollicitations de poste auprès des entrepreneurs produisent leurs effets. Mais tout de même, Pôle emploi une fois encore douche très froidement l’exécutif en place et ses chiffres confirment l’impasse politique actuelle à propos du chômage. François Hollande n’en a pas moins conditionné sa candidature aux prochaines présidentielles à l’inversion de la courbe du chômage. Reconnaissons que sa démarche dégageait un certain panache. Mais cela ne suffit pas pour emmener l’économie avec soi sur des chemins plus prometteurs.

A quelques mois de la fin du mandat de François Hollande, il est déjà possible de tirer un premier bilan de son action contre le chômage. Sauf surprise de dernière minute qui voudrait que l’activité économique s’emballe brutalement en 2017, ce que ne dit aucune projection sur le sujet tant en France qu’à l’étranger, le nombre de chômeurs aura augmenté d’un peu plus de 600 000 personnes depuis 2012. Autant dire que le bilan est mauvais, mais ne l’est pas plus, voire un peu moins que celui de Nicolas Sarkozy qui a vu le chômage s’accroître d’un peu plus de 780 000 personnes en cinq ans, ce que la droite au passage omet de signaler actuellement dans le débat des primaires. On peut toujours dire que le mandat de Sarkozy a été traversé par la plus grave crise financière et économique de l’après-guerre. Mais il est tout aussi possible de répondre que c’est Hollande qui en a connu les effets. Voilà bien de quoi renvoyer dos à dos les deux prétendants à l’Elysée.

En matière de compétitivité de la France à l’égard du reste du monde, ni droite ni gauche ne font non plus la différence. L’économie française n’est certainement pas moins compétitive aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 5 ans. Mais elle ne l’est pas plus avec le CICE. Le solde extérieur français reste déficitaire, autour de 24 milliards d’euros au titre de l’année 2015. Pourtant, nous nous trouvons actuellement dans ce que l’on désigne comme l’alignement des planètes, avec un euro faible favorable aux exportations, des cours du pétrole au plancher réduisant d’autant la facture énergétique, des taux d’intérêts historiquement bas propices à l’investissement. Mais rien n’y fait. La France ne vend pas plus aujourd’hui au reste du monde que par le passé.

Les candidats aux primaires de droite ont bien-sûr des solutions pour qu’il en soit différent dans un avenir très proche. A gauche aussi des voix se font entendre sur le sujet, partagés entre ouverture à l’internationale et quelques appétences protectionnistes. Mais pour l’essentiel, rien de nouveau sous le soleil. Sur ce sujet, comme pour bien d’autres, les débats sont stériles. Il est pourtant urgent qu’à gauche comme à droite un projet soit dessiné à propos de l’emploi et de la compétitivité en France. Le Front National en effet est en embuscade.

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Quand le Front National cherche à rentrer dans le rang pour prendre le pouvoir

Front National et la présidentielle de 2017

On ne naît pas de gauche ou de droite, on le devient. Est-il possible d’emprunter à Simone de Beauvoir sa célébrissime réflexion à propos de la condition féminine pour l’appliquer à la formation des opinions politiques ? Ou alors être de gauche ou de droite ne pose pas question, l’étant par déterminisme familial, social, historique ? Toujours est-il que lorsqu’il s’agit questionner son appartenance politique, il n’est pas aisé d’expliquer pourquoi on est de gauche ou de droite alors même qu’avant de s’interroger c’était là une évidence sans appel. Pour répondre, il est toujours possible de mettre en avant quelques valeurs, comme la justice, l’égalité, la liberté, la solidarité, que représenterait tel ou tel camp, ce qui ainsi justifierait notre adhésion. Pour autant, les lignes entre les courants politiques ne sont pas si nettement tracées comme on pourrait le penser. C’est d’ailleurs pour cela qu’il peut arriver à tout à chacun, un jour, de voter différemment des fois précédentes, au nom des mêmes valeurs. Cependant, votant à rebours de ses habitudes, très vite apparaît le sentiment de s’être exprimé contre quelque chose en soi, et non d’avoir adhéré pleinement par choix. Interrogé le cas échéant sur le sens de ce vote, tout de suite il est nécessaire de se justifier, comme s’il fallait s’excuser d’avoir rompu avec une opinion traditionnelle nous dépassant. C’est que la politique est tout autant une construction qu’une très longue suite d’héritages.

Sur le plan individuel, il est difficile de distinguer comment se forme et évolue une opinion politique, entre déterminisme et libre-arbitre. Existe-t-il des valeurs universelles nous touchant chacun sans qu’il soit possible d’y échapper, des a priori si malins et humbles pour nous laisser penser que nous sommes maîtres en notre demeure ? Répondre à cette question est plus du domaine philosophique que relevant de la démonstration scientifique. Un individu se réclamant de gauche ou de droite ne sera jamais dire de quand date précisément son orientation, tout juste répondra-t-il en faisant référence à une époque de sa vie, ou alors se justifiant avec une ou plusieurs rencontres qu’il considère déterminante dans son choix. Sous l’angle collectif, les contours politiques sont par contre plus précis. En effet, toute société est fondamentalement divisée en deux ensembles politiques, formant ainsi le bipartisme. Peu importe la dénomination de chacun des appareils, gauche, droite, républicains, démocrates, ou la couleur empruntée, du rouge au bleu, en passant pourquoi pas par le blanc . La structure politique est toujours bipolarisée. D’un côté, un camp, de l’autre, un autre…

Au bipartisme structurel qui conditionne la vie politique, certains s’y opposent, tandis que d’autres cherchent à dépasser cette constante. Ceux-ci peuvent être très minoritaires et ne pas être capables de renverser l’ordre établi. Les anarchistes par exemple refusent toute structuration politique sous une forme institutionnelle, mais ils n’existent qu’au travers de ce refus sans jamais être en mesure de s’imposer. D’autres se présentent également comme différents des gardiens du système sans pour autant chercher à condamner le bipartisme. En son temps, les centristes ont clamé haut et fort qu’en rien ils ne ressemblaient ni à la gauche, ni à la droite française. Ils n’ont cependant jamais réussi à se constituer en une force politique exclusivement au centre. Il y a toujours eu un centre-gauche et un centre-droit. Sans aucun autre rapport avec le centre, le Front National s’est également essayé à renvoyer l’image d’une force hors de tout système convenu. Marine Le Pen a employé à tour de bras l’argument du FN contre l’UMPS. Autrement dit, elle condamna le bipartisme en vigueur…pour tenter d’en créer un nouveau.

Le Front National a aussi été rattrapé par une forme d’atavisme collectif empêchant les électeurs de renverser avec les urnes ce qu’ils ont toujours connu. Le parti d’extrême-droite a certes réalisé ces dernières années des performances électorales, tant au niveau national que local, mais il n’est pas parvenu à briser ce que l’on figure désormais comme un plafond de verre à son propos, à savoir prendre le pouvoir alors qu’il en est toujours plus proche à chaque scrutin. Il n’est donc pas surprenant que Marine Le Pen essaie aujourd’hui d’imposer son parti sur l’échiquier politique tel qu’il existe depuis longtemps, et non plus chercher à le renverser. Manifestement, le Front National s’efforce de rentrer dans le rang pour prendre le pouvoir.

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Quand Alain Juppé risque de perdre les primaires face à Nicolas Sarkozy

Juppé et Sarkozy aux primaires de la droite et du centre

La droite française serait-elle déjà au bord de l’implosion ? Alors que les candidatures aux primaires du parti Les Républicains viennent à peine d’être validées, les divisions s’amplifient entre les concurrents, plus particulièrement entre Sarkozy et Juppé. Les deux hommes en sont désormais réduits à s’opposer par petites phrases interposées, le premier cherchant à faire passer le second comme trop timoré face aux enjeux nationaux, le second visant le populisme du premier comme catalyseur d’un débat s’enfonçant, selon ses propos, dans la nullité. Manifestement, la compétition est en train de se transformer en affrontement. Cela n’augure rien de bon à droite. On sait que le plus difficile avec l’exercice des primaires, ce n’est pas de les organiser, mais de les conclure en rassemblant autour du vainqueur. A ce stade du processus, on voit difficilement qui peut rallier sur sa personne toutes les tendances, tant le débat entre les prétendants à l’investiture a pris une tournure aux contours haineux.

Sarkozy et Juppé sont-ils si différents que cela pour s’opposer à ce point ? Ils sont bien-sûr au centre d’une rivalité que l’on trouve classiquement au sein d’un même parti lorsque s’y rencontrent deux fortes personnalités. Mais cette concurrence courante au plus haut niveau n’est pas indépassable. Les primaires servent justement à cela, à départager démocratiquement les oppositions internes et non plus, comme par le passé, avec des jeux d’influences obscurs. A gauche, en 2011, la compétition était vive entre François Hollande et Martine Aubry. Elle a pourtant été levée le soir du second tour des primaires avec une union au moins affichée, c’est déjà çà, et le parti socialiste s’est rassemblé autour de François Hollande pour la campagne présidentielle. On a du mal aujourd’hui à s’imaginer Alain Juppé et Nicolas Sarkozy se retrouver ensemble, ne serait-ce que pour la photo, le soir des résultats pour saluer celui qui sera investi pour représenter la droite à la course pour l’Elysée.

La politique, en plus d’animer les rivalités, est la confrontation de tempéraments. Force est de constater que sur ce point, Sarkozy et Juppé sont antinomiques. On pourrait penser cela comme anecdotique. Mais il n’en est rien. Dans une société de l’image telle que la nôtre, la façon d’incarner le pouvoir est devenue déterminante dans tout processus électif. On peut le regretter mais c’est ainsi, la forme bien souvent l’emporte sur le fond, la communication sur les idées. Toujours est-il que la différence de style entre Sarkozy et Juppé ajoute encore de la distance entre les deux hommes qui réduit d’autant la possibilité d’un rapprochement futur. Mais nul ne peut présager de l’avenir et la politique n’en finit jamais de surprendre…

Sur le plan des idées, Sarkozy a pris un chemin identitaire, Juppé l’a suivi. Même si ce dernier s’exprime différemment à ce propos, parlant d’identité heureuse, on a le sentiment qu’il court après son concurrent sur le sujet. Pourtant, sur la communauté nationale à laquelle renvoie le dont il est question avec le thème de l’identité, Juppé se positionne bien différemment de son adversaire, préférant l’intégration à l’assimilation concernant les personnes d’origine étrangère vivant sur le sol français. La divergence est de taille puisqu’il n’y est pas seulement question de reconnaissance nationale, mais également de vie culturelle. Pourquoi donc Alain Juppé n’a-t-il pas imposé la culture contre l’identité dans le débat actuel ? Craint-il en s’engageant plus en avant sur le terrain des idées de déclencher une bataille idéologique bien plus dangereuse à terme pour son camp qu’une simple confrontation de style ? Si tel est le cas, Juppé risque fort bien de perdre les primaires en se laissant enfermer par Sarkozy dans la forme. Il ne suffit pas au maire de Bordeaux de dénoncer la nullité du débat en visant son adversaire. A lui de l’élever pour espérer l’emporter.

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Quand l’UNEDIC s’invite dans la campagne présidentielle en annonçant une hausse du chômage en 2017

Hollande et l'inversion de la courbe du chômage

François Hollande a fait de l’inversion de la courbe du chômage l’enjeu principal de son mandat et la condition de sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Alors que les chiffres de l’emploi concernant 2016 tendent à confirmer, certes dans des proportions modestes, que le président a atteint son objectif, l’UNEDIC vient de doucher froidement toute autopromotion élyséenne sur le sujet. L’association en charge de la gestion de l’assurance-chômage vient d’annoncer que le chômage repartira à la hausse en 2017. Il s’agit là bien-sûr d’une prévision, en conséquence la prudence est de mise. Des réactions se sont d’ailleurs fait entendre, notamment du côté de l’OFCE, sur une estimation jugée trop pessimiste des perspectives d’emploi par l’UNEDIC. La prévision n’étant pas une science exacte, le débat n’est jamais très loin. De plus, dans un environnement économique où l’évolution du chômage est très sensible à toute variation du PIB, aussi minime soit-elle, difficile de dégager une tendance de fond qui fasse consensus auprès des experts. Mais là n’est pas la question, ce n’est pas d’expertise consensuelle dont a besoin François Hollande, mais de crédibilité pour asseoir avec force sa prochaine candidature.

Le message de l’UNEDIC, contestable ou pas sur un plan prévisionnel, n’apporte pas d’eau au moulin du président actuel. Les chiffres bien souvent s’effacent devant le sentiment de l’opinion publique, sentiment qui se nourrit plus facilement d’annonces que de statistiques. La communication de l’UNEDIC risque fort bien de peser dans l’esprit collectif en laissant l’image d’un président qui a échoué sur le front du chômage même si, rappelons-le, les évolutions des derniers mois démontrent le contraire. Parler de réussite à ce propos serait certainement exagéré, mais accuser François Hollande d’avoir échoué serait totalement inapproprié.

Il est fort à penser que bientôt le président laissera la place au candidat pour entrer dans la campagne à venir. Espérons que son entrée élèvera le niveau des débats actuels pour le moins englués dans des palabres sécuritaires et identitaires. Il est urgent de parler du chômage et de ses causes. Au-delà des prévisions de l’UNEDIC, il est intéressant de comprendre ce qui explique que l’emploi peine à progresser durablement en France. Il y a bien-sûr des phénomènes conjoncturels qui pénalisent le travail, comme le Brexit actuellement en créant un climat d’inquiétude défavorable au dynamisme économique. Mais ce qui relève de la conjoncture par définition n’explique pas le chômage structurel. L’économie française structurellement ne produit pas suffisamment d’emplois pour que soient absorbées chaque année toutes les entrées dans la population active. Le dynamisme démographique de la France des dernières décennies peine à se transformer en emploi. Ce constat met surtout en lumière la nécessité pour notre économie à s’adapter, à évoluer, à innover. Autant d’enjeux fondamentaux, qui conditionnent le vivre-ensemble, et pourtant à mille lieux des propositions et autres considérations qui cristallisent actuellement le débat public.

La route est encore longue avant l’élection présidentielle, les discours peuvent évoluer. Mais concernant la droite il est permis d’en douter. Sarkozy a décidé d’emmener son camp sur le chemin identitaire, en défendant la vision d’une France profondément enracinée mais aussi implicitement exclusive. Peut-être se perdra-t-il en route. Quant à François Hollande, on se doute qu’il rejoindra prochainement la compétition élyséenne, même s’il faut attendre fin janvier 2017 le résultat des primaires socialistes pour en avoir confirmation. Gageons tout de même que son entrée dans la campagne fasse évoluer le débat sur la faculté de notre société à trouver une place à tous au sein de la population active, au lieu de chercher des arguments pour exclure. Il est aussi permis d’espérer encore avec la gauche.

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Le pari risqué de Sarkozy vis-à-vis du Front National pour la prochaine élection présidentielle de 2017

Sarkozy et le Front National

Sur le principe, les primaires donnent plus de souffle à la démocratie en permettant à celles et ceux qui le souhaitent de désigner un candidat aux prochaines élections présidentielles. Par contre, rien ne garantit la qualité des débats s’inscrivant dans ce moment démocratique. En 2011, l’exercice des primaires avait plutôt été profitable à la gauche car le parti socialiste était prêt à débattre sur des sujets de fond. Il est vrai qu’une décennie dans l’opposition laisse le temps de se préparer. Aujourd’hui, la gauche au pouvoir est en déliquescence, la personnalité du président en exercice l’emporte sur les idées, des candidatures se sont déclarées mais celles-ci semblent plus employées pour une projection vers 2022 que pour nourrir le débat de fond…

A droite, d’idées il est question mais nullement de vision. Pour preuve, bon nombre de candidats n’ont rien d’autre à promettre que le repli sur soi, s’enfermant dans des considérations identitaires pour mieux chasser sur les plates-bandes du Front National. Nicolas Sarkozy en tête de meute fait partie de ces chasseurs. En 2007, cette tactique a payé. Sarkozy est devenu président en intégrant quelques thèses frontistes à son discours. Mais dix ans plus tard, la configuration est toute autre. Marine Le Pen est désormais à la tête du Front National avec l’intention de prendre le pouvoir, ce qui n’était pas le cas de son père en 2007. Elle a su également entre-temps écarter Jean-Marie Le Pen de la direction du parti, lui qui était devenu trop encombrant pour lisser l’image d’une force politique en quête de dédiabolisation et de respectabilité. Enfin, le Front national a renversé le bipartisme pourtant ancré depuis plusieurs décennies dans le paysage politique français. Les frontistes ont gagné nombre de scrutins locaux même s’ils n’ont pas su briser le plafond de verre pour l’emporter dans de grandes collectivités territoriales.

Il y a fort à parier que Marine Le Pen sera au second tour de la prochaine présidentielle. La triangulaire n’étant pas permise, elle sera obligatoirement opposée à un représentant de gauche ou de droite. Cette perspective rend d’autant plus importantes les primaires à venir, avec le sentiment que celui ou celle qui à droite en sortira vainqueur sera de facto le prochain Président de la République. Ainsi, quand Nicolas Sarkozy se fait l’écho de propositions qu’affectionnent l’extrême-droite, on se doute que c’est pour mieux contrer son principal adversaire du moment, Alain Juppé. Celui-ci en effet représente la droite et le centre. Sarkozy quant à lui a choisi le chemin inverse, en cherchant à incarner la droite et la droite-extrême. Les prochaines primaires serviront donc à déterminer une candidature pour les présidentielles, mais aussi à savoir si la droite française aujourd’hui est plutôt proche du centre ou de la droite-extrême. Quant au scrutin présidentiel de 23 avril et du 7 mai 2017, il nous dira si Sarkozy, en reprenant à son compte certaines idées frontistes, aura réussi à étouffer le Front National ou s’il lui aura permis d’être plus fort qui ne l’est d’ores et déjà.

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L’erreur de François Hollande à propos d’Emmanuel Macron

Macron, En marche, Hollande et les présidentielles de 2017

Emmanuel Macron est en marche. Vers quelle direction ? On ne le sait pas. L’ex-ministre de l’économie ne s’est pas déclaré à ce jour candidat pour la prochaine présidentielle. On ne connaît pour l’instant que le point de départ de son itinéraire proclamé : sa sortie à peine mise en scène de Bercy. Et désormais, il marche, parcourant la France, à la rencontre des françaises et des français nous dit son entourage selon la formule consacrée, pour les écouter nous précise ses proches, pour faire campagne murmure d’autres…Il ne fait guère de doute qu’Emmanuel Macron se présentera aux prochaines élections présidentielles. L’ex-locataire de Bercy s’est suffisamment engagé dans cette voie pour que son absence en 2017 de la compétition élyséenne soit désormais considérée comme une énorme surprise. « Un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule »nous avait dit en son temps Jean-Pierre Chevènement, démissionnaire par trois fois du gouvernement. Un ministre ça démissionne également pour prendre définitivement son envol politique en pensant qu’il est temps de réaliser un destin personnel. Dans une perspective freudienne, on pourrait dire qu’un ministre ça démissionne aussi pour assassiner le père, celui qui vous a fait prince mais dont seule la disparation vous permettra d’accéder aux fonctions suprêmes.

L’histoire entre François Hollande et Emmanuel Macron est un classique de la scène politique. On y trouve la séduction, l’ambition, la trahison. Tout débute avec un jeune conseiller fringuant et très talentueux qui s’attire les bonnes grâces du président jusqu’à lui être très proche. Les deux hommes forment alors un couple au sommet du pouvoir que beaucoup observent, avec admiration, parfois jalousement. Ce couple pourtant ne peut survivre que si perdure le rapport dominant, dominé, sur lequel il est fondé. Le roi en effet fait prince celui qui l’aidera dans l’exercice de son pouvoir tout en le contrôlant, le laissant à distance en l’autorisant à être à ses côtés. Il faut savoir donner pour mieux recevoir dit-on. La relation entre le roi et le prince fonctionne sur ce principe. Mais quelque fois le second cherche à conserver ce que le premier lui a donné. C’est à cet instant que se joue la survie du couple. Soit le roi réagit très vite et tue dans l’œuf toute velléité d’indépendance, soit il laisse au prince plus d’autonomie en pensant mieux le maîtriser encore. Ou il échoue, et la rupture devient la seule issue possible.

François Hollande a échoué à propos d’Emmanuel Macron. Cet éche1818c s’est nourri de plusieurs erreurs successives. La plus importante n’est pas d’avoir ouvert à son jeune conseiller les portes de Bercy, mais de lui avoir laissé la capacité de les refermer derrière lui quand il le souhaitait. C’est Emmanuel Macron qui a rompu le couple qu’il formait avec François Hollande en arrêtant le moment de son départ. Le prince ainsi prît l’ascendant sur le roi une fois qu’il décida de ne plus le servir. En s’éloignant du pouvoir, il en gagna. Reste à savoir maintenant qu’elles seront les effets de cette rupture pour François Hollande. Les prochaines présidentielles de 2017 nous le diront.

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