Finances publiques et dette entre expertise et manipulation

Finances publiques et dette au coeur de l'expertise et de la manipulation

A entendre bon nombre de politiques français plutôt classés à droite et bon nombre d’économistes de tradition libérale, la dette publique serait un mal français. Les commentaires sont légion sur une situation française présentée volontiers comme catastrophique concernant les finances publiques. Nous serions près du précipice, au bord même de la faillite selon les propos du récent vainqueur des primaires, François Fillon, quand celui-ci était à Matignon. Les discours alarmistes ne suffisent pas cependant à effacer les contre-vérités qui parfois les fondent pour affirmer des positions bien plus idéologiques que descriptives de la réalité. Concernant la dette, il est possible d’en distinguer deux.

Premièrement, la France est loin d’être le seul pays riche endetté. Certains Etats le sont d’ailleurs dans des proportions plus élevées, comme le Japon dont la dette est deux fois supérieure à la richesse produite annuellement et ceci depuis de nombreuses années. Une dette est en effet supportable si elle est financée. Concernant l’Etat japonais, celui-ci peut compter sur l’épargne des ménages pour emprunter. La France aussi dispose de capacités d’emprunt, notamment auprès des investisseurs institutionnels qui lui prêtent volontiers de l’argent. En outre, comme au Japon, une partie de la dette française est financée par les français eux-mêmes, au travers des contrats d’assurance-vie qui restent l’un des placements privilégiés des épargnants.

Ensuite, dire que la France est en faillite est un non-sens puisque contrairement à une entreprise, un Etat ne peut pas être déclaré comme tel, donc disparaître, même s’il n’est plus en mesure de rembourser ce qu’il doit. Tout pays s’appuie sur un cadre étatique qui perdure et évolue. Tout au plus un Etat fait-il défaut lorsqu’il se trouve dans l’incapacité de régler son dû. Ce n’est pas le cas actuellement de la France. D’ailleurs, il y a bien longtemps que l’Etat français n’a plus fait défaut vis-à-vis de ses créanciers, soit la dernière fois en 1812 après un quart de siècle traversé par une révolution sans précédent et des campagnes napoléoniennes ayant asséché les caisses de l’Etat. C’était là seulement une situation historique suite à des soubresauts politiques d’une ampleur rarement égalée. Même après les deux guerres mondiales du XXe siècle, la France a toujours depuis su faire face à ses échéances…

L’endettement public occupe une place importante dans les débats économiques, politiques, médiatiques. D’un côté on trouvera l’expert qui promet aux générations futures d’être écrasées par le poids d’une dette dont ils ne sont absolument pas responsables. De l’autre, un expert réclamera plus d’endettement pour relancer l’économie, laquelle relance profiterait aux même générations futures. Qui a raison ? Seul un troisième expert nous le dira ! En matière de finances publiques, les expertises se mêlent aux discours politiques jusqu’à devenir inaudibles. On finit par ne plus savoir qui a raison et qui a tort, plus grave qui manipule qui.

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