François Fillon, un Thatcher à la française

Fillon et les primaires, Thatcher à l'Elysée

Assurément, les sondages sont aussi myopes en France qu’aux Etats-Unis. Même si une remontée de François Fillon était pressentie par les observateurs professionnels, personne n’avait anticipé une victoire aussi éclatante de celui que l’on présentait il n’y pas si longtemps de cela comme le troisième, voir le quatrième homme des primaires de la droite et du centre. Fillon a réalisé un score au premier tour qui à la fois siffle la fin de la partie pour Nicolas Sarkozy et douche les espoirs d’Alain Juppé quant à devenir le prochain président de la République. Depuis hier soir, une fois les résultats annoncés, Fillon est devenu le leader de la droite française. Quant au centre, il est certainement trop tôt pour le dire. Plane en effet l’incertitude d’une candidature de François Bayrou en cas d’élimination d’Alain Juppé dimanche soir prochain. Par contre, s’agissant du programme porté par l’ex-premier ministre de Sarkozy, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un projet pour la France profondément ancré à droite. Passe encore que les sondages tout compte fait anticipent bien peu de chose. Mais sur le plan des idées, toute myopie n’est guère concevable.

François Fillon est libéral sur un plan économique et conservateur sur les questions sociales. Celui que l’on présentait volontiers comme le successeur de Philippe Séguin, en digne héritier d’une forme de gaullisme social, semble désormais bien éloigné des idées de son mentor. On le verrait bien plus aujourd’hui proche de Margareth Thatcher. Fillon lui-même reconnait d’ailleurs une certaine admiration à son égard. Mais c’est surtout sur son programme que le rapprochement peut être fait avec celle qui fût la Dame de fer. Pendant que Jean-François Copé revendiquait une droite décomplexée, Fillon lui ne faisait guère de complexe sur le front libéral.

Haro tout d’abord sur les trente-cinq heures ! Fillon n’en veut plus. Lui président, la France retournera au travail en moyenne quatre heure de plus par semaine. Fillon souhaite que le temps de travail soit renégocié à la hausse dans les entreprises. Concernant la fonction publique, il estime que revenir à 39 heures permettra de supprimer jusqu’à 500 000 postes de fonctionnaires. Fidèle à la pensée libérale, François Fillon s’inscrit dans une logique comptable laissant peu de place aux considérations sur la qualité du service public. Les services hospitaliers par exemple sont déjà très sollicités aujourd’hui. Avec moins de moyens, on leur demandera encore plus. L’Education nationale sera elle aussi touchée, comme à l’évidence tous les ministères puisque Fillon présente à droite le programme le plus drastique en matière de coupe budgétaire. Lui président, la France va se serrer la ceinture. Jusqu’à s’étrangler ? Pas moins de 110 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques sont annoncées par le grand gagnant du premier tour de la primaire…

Toujours en matière de droit du travail, Margareth Thatcher n’aurait pas désavoué les propositions de celui qui comme elle occupa les fonctions de premier ministre. L’ancien locataire de Matignon envisage de libéraliser le marché du travail, en permettant notamment le licenciement pour réorganisation. Une entreprise pourrait ainsi réduire ses effectifs sous prétexte qu’elle révise ses modes d’organisation. On ne sait rien encore des conditions d’emploi de ce nouveau droit pour les employeurs qui ressemble pourtant bien à une régression pour les salariés. Toujours est-il que ce projet s’accompagnerait d’une limitation de l’exercice syndical en privilégiant, comme annoncé, le référendum dans l’entreprise en guise de dialogue social.

Libéralisme toujours chez François Fillon lorsqu’il affiche sa volonté d’accroître la compétitivité des entreprises en réduisant significativement les cotisations sociales et l’impôt sur les sociétés. Les ménages seraient par contre contraints de financer ces mesures. Comme si rien n’avait été fait depuis 2012 pour restaurer la marge des entreprises. Le pouvoir actuel a tout de même mis plus de 40 milliards d’euros dans la corbeille des entreprises tandis que les paniers des ménages étaient de plus en plus percés avec la hausse des impôts. Pourtant, ces mêmes entreprises n’ont pas spécialement recruté pour autant, contredisant la thèse libérale selon laquelle donnant plus aux entreprises, celles-ci embaucheraient plus. François Hollande a choisi cette orientation, axant son action économique sur une politique de l’offre qui finalement restera bien infructueuse en matière d’emplois. Et bien lui président, François Fillon promet de faire plus que son prédécesseur. Là non plus, Margareth Thatcher n’aurait pas fait mieux, ou plutôt pas moins !

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100 milliards d’euros de dépenses publiques en moins, ou ce que la droite française ne dit pas dans ses primaires

Les primaires de la droite et du centre et les dépenses publiques

Toute campagne électorale est traversée par des discours qui très vite tombent dans l’oubli une fois l’élection venue. Certains propos électoraux pourtant demeurent après que les urnes se soient exprimées. On se souvient encore aujourd’hui de la fracture sociale diagnostiquée par le candidat Chirac à propos de la société française, ou bien encore François Hollande se déclarant en guerre contre la finance. Ainsi, les campagnes électorales se nourrissent de mots prononcés ici et là et dont certains restent gravés dans la mémoire collective. Les chiffres également peuvent jalonner le temps préélectoral et marqués durablement les esprits. S’agissant de la présidentielle à venir en France, il est un chiffre, ou plutôt une somme, qui commence à s’installer dans la campagne électorale : cent milliards d’euros. Ce montant, important en soi, l’est encore plus lorsqu’il correspond au niveau de réduction des dépenses publiques qu’envisage la droite si elle revient au pouvoir. Cent milliards, voilà très certainement le chiffre qui serait porté par le candidat de droite pour 2017 et qui franchirait les portes de l’Elysée si celui-ci l’emportait aux prochaines présidentielles.

La droite nous promet donc qu’avec elle aux commandes, l’Etat sera à nouveau vertueux en matière de dépenses. Il faut cependant avoir les moyens de ses vertus. En finances publiques, rien ne va de soi, il faut des choix. Sur la baisse des dépenses de l’Etat, les candidats à la primaire se maintiennent à une déclaration d’intention sans véritable précision. Les chiffres en politique gagnent aussi en notoriété avec le mystère qui les entoure. La droite en campagne reste pour l’instant évasive sur le sujet, tout au plus annonce-t-elle des réductions du nombre de fonctionnaires. C’est certainement là de sa part plus de prudence que défaut de transparence. On ne réduit pas significativement les coûts de fonctionnement de l’Etat sans coupe drastique dans des budgets électoralement sensibles. L’Education nationale par exemple serait forcément impactée par l’austérité promise par la droite. L’école en effet représente un quart du budget de l’Etat. Mais contrairement à une idée reçue, la France n’est pas la plus dispendieuse parmi les pays dits riches en matière d’éducation. Et l’on sait depuis une dernière enquête menée par l’OCDE que le système éducatif français est loin de faire partie des premiers de classe au niveau mondial en matière de performance. L’Education nationale a donc besoin de plus de moyens pour que l’école française contribue véritablement à réduire les inégalités et ainsi limiter l’endogamie sociale. L’abaissement massif des dépenses publiques défendu par le parti Les Républicains semble pourtant aller à l’inverse d’une plus forte allocation budgétaire au bénéfice de l’instruction en France. Mais cela, la droite ne le dit pas…

Ce que la droite et le centre ne disent pas non plus dans le débat actuel, c’est que diminuer sensiblement le coût de fonctionnement de l’Etat impactera les collectivités locales. Les régions, les départements, les communes, reçoivent une dotation de l’Etat, soit une somme versée pour financer leur fonctionnement. Cette participation nationale aux dépenses locales n’a cessé de diminuer avec l’exécutif actuel. L’austérité budgétaire n’est pas l’apanage de la droite ! La gauche au pouvoir a déjà fortement mis à contribution les collectivités locales pour la diminution des dépenses publiques. La droite aux commandes de bon nombre de collectivités depuis 2014 après les revers électoraux du parti socialiste s’est suffisamment insurgée à propos de la baisse des dotations de l’Etat pour nous rappeler que le service public n’est pas que national, qu’au contraire la puissance publique dont chacun bénéfice est avant tout de proximité. On est pourtant surpris du silence de ces mêmes élus locaux sur le risque que soient à nouveau amputés les budgets communaux, départementaux, régionaux, avec les coupes drastiques des dépenses que proposent les ténors nationaux de droite. Réduire de cent milliards d’euros les charges publiques ne se fera pas sans que les collectivités locales aient à mettre une fois encore la main à la poche. Mais cela, la droite ne le dit pas non plus…

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Les chiffres et les études contre les fantasmes de l’extrême-droite à propos de l’immigration et du « Grand Remplacement »

L'extrême droite et l'immigration

L’extrême-droite a régulièrement exprimé le rejet de l‘immigration, voire même une certaine aversion contre les personnes immigrées. Malgré tout, des penseurs se sont attelés à fonder intellectuellement cette profonde antipathie pourtant plus proche des instincts que de la raison. Ainsi, la biologie comme l’histoire ont pu être détournées pour rendre plausible les thèses les plus scandaleuses qui soient. La politique et l’économie n’ont pas été non plus épargnées pour accréditer des idées discriminantes et ségrégationnistes. Sur ce sujet, Laurent Eloi dans son livre, Nos mythologies économiques, parle d’idéologie social-xénophobe. Celle-ci repose sur une idée très simple, ou plutôt simpliste, celle considérant les populations immigrées comme une menace pour le modèle social français compte tenu de leur présence dans l’Hexagone. Selon les tenants de l’idéologie social-xénophobe, la société française ne serait plus capable d’accueillir durablement des personnes d’origine étrangère, estimant que la solidarité nationale n’est pas extensible et qu’ainsi elle doit être réservée à une partie de la population.

Considérer un système social sur un plan quantitatif est une erreur. La solidarité nationale ne peut être que qualitative car la circonscrire selon des critères déterminants conduit irrémédiablement à l’appauvrir. Pourtant, l’idéologie social-xénophobe fait peu de cas de cet appauvrissement puisqu’elle concentre l’expression d’un vœu, celui d’une société exclusive, d’un corps social réservé d’après des modèles et refusant la diversité. Il est donc bien question ici d’un projet politique, relayé par des partisans prêts à agiter les peurs pour convaincre, développant l’idée d’une substitution à plus ou moins longue échéance de la population française par des personnes d’origine étrangère. Cette thèse, plus connue sous l’expression « Grand Remplacement », s’est imposée dans de nombreux courants et mouvements d’extrême-droite.

Une théorie fallacieuse ne résiste guère à l’épreuve des faits et des chiffres. L’expérience est bien utile pour démonter des élucubrations et autres prétendues vérités, surtout quand celle-ci sont destinées à un usage politique. A propos du « Grand Remplacement », les statistiques suffisent amplement pour renvoyer ses auteurs à leurs inepties. En effet, la France accueille chaque année un peu plus de 200 000 immigrés, lesquels représentent ainsi 0,3% de la population, l’un des taux les plus bas des pays de l’OCDE. Ce constat n’est certainement pas des plus flatteurs pour un Etat emblématique des droits de l’homme comme l’est la France. Il n’en contredit pas moins et sans appel l’idée d’un envahissement insidieux et organisé du sol français par des étrangers.

Il est également une autre obsession, au même titre que le « Grand Remplacement », qui anime la pensée d’extrême-droite et qui malheureusement a trouvé un certain écho dans l’opinion publique. Les immigrés représenteraient un coût pour la société lorsqu’il s’agit de les accueillir et de permettre leur installation, tout comme ils contribueraient à l’augmentation du chômage. Concernant ces deux affirmations, les études suffisent à lever le voile identitaire qui bien souvent les recouvre. Dernièrement, trois économistes français ont publié les résultats de leurs recherches sur le poids économique de l’immigration en France. Leurs observations ont porté sur une période suffisamment longue pour valider leur conclusion, à savoir que les personnes d’origine étrangère s’installant en France contribuent à augmenter le PIB par habitant. Autrement dit, avec l’immigration, la richesse par français s’accroît. De plus, à propos de l’emploi, nombres de postes sont pourvus  par des personnes d’origine étrangère faute de main d’œuvre suffisante. Des emplois qualifiés sont également occupés par des étrangers venus s’installer en France après avoir été formés dans leur pays natal. Autant dire que les concernant, l’économie française profite de qualifications qu’elle n’a pas dû financer elle-même.

« Grand Remplacement », solidarité nationale en péril, finances publiques en faillite, l’extrême-droite n’est pas à court d’arguments pour condamner ce qui l’a toujours révulsée, l’immigration. Sous quelques airs et postures prétendument rationnels, elle s’attaque aux personnes d’origine étrangère sur la base de ce qu’elles sont, non pas de ce qu’elles font. Heureusement des études sérieuses et les statistiques viennent à leur secours, confirmant que les pensées d’extrême-droite sont bien plus fantasmagoriques que véritables.

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Les fondements de la gauche française, ou la différence fondamentale entre la gauche et la droite

Les différences entre gauche et droite en politique française

Le mandat de François Hollande s’achèvera bientôt. Difficile de savoir d’ores et déjà s’il se poursuivra. On ne connaît d’ailleurs pas encore les intentions du chef de l’Etat à propos des prochaines présidentielles, même si le calendrier des primaires socialiste semble avoir été déterminé en sa faveur, avec la clôture des candidatures à l’investiture en décembre et un scrutin en janvier de l’année prochaine. C’est là un timing plutôt classique pour une entrée en campagne d’un président en exercice. Mais que ce soit Hollande ou pas qui se présentera devant les français, l’heure du bilan sonnera en temps voulu pour les socialistes. On ne doute pas que ce sera là un exercice ô combien difficile que de défendre la présidence Hollande. Rarement un locataire de l’Elysée n’aura été aussi impopulaire que le président actuel pendant presque toute la durée de son mandat. Hollande n’a connu aucun moment de grâce auprès des français, même lorsque sa politique internationale s’agissant du Mali a été largement saluée. Mais au-delà des réprobations et autres reproches qu’inspirent très souvent son action, le mandat de Hollande laisse les militants et sympathisants socialistes quelque peu déboussolés sur un plan idéologique. Qu’est-ce qu’être de gauche aujourd’hui, voilà bien une question qui au fur et à mesure de l’exercice du pouvoir par l’exécutif actuel est devenue de plus en plus complexe, voire même embarrassante.

Retourner aux fondements d’une idée n’est jamais inintéressant pour ce qui est d’en définir les contours actuels, avec toutefois la précaution d’éviter les anachronismes. A ce titre, l’introduction du livre de Jacques Julliard, Les gauches françaises 1762-2012, est éclairante pour comprendre ce qu’est être de gauche.  On apprend en effet que la conscience de gauche s’est nourrie de la rencontre entre l’idée de progrès et celle de justice. Point de progrès s’il ne profite pas à tous, et la justice est bien peu de chose sans progrès. Les premiers penseurs de gauche concevaient cette complémentarité comme le moteur de l’Histoire, un sens universel. L’esprit humain progresse, avec la religion, la politique, puis la science. Avec cette dernière, la technique permet une matérialisation des progrès de l’intelligence qui impacte les conditions d’existence en les améliorant. De là un progrès social qui s’installe et conduit finalement à une élévation des consciences. Il y a comme un enchaînement avec le progrès à condition de le mettre en marche et d’en favoriser l’expansion, ce que projetaient les forces politiques de gauche émergeant au XIXe siècle, avec la réforme ou la révolution.

L’idéologie de gauche repose également sur l’individu, concrétisant en quelque sorte la pensée de Descartes à propos du sujet. Le concept d’individu s’impose avec les Lumières, puis la gauche s’en saisit en posant les bases de l’égalitarisme. L’individu a en effet une portée universelle que n’ont pas la personne et la communauté. L’égalitarisme trouve ainsi dans l’individu sa justification essentielle. Le progrès, la justice, l’égalité, sont donc les points cardinaux de la pensée de gauche. La démocratie permit à la gauche en tant que parti de les incarner.

Dans son introduction, Jacques Julliard nous prévient qu’au fil de l’histoire politique, les valeurs fondatrices de la gauche ne sont pas restées la propriété exclusive de celles et ceux qui les exprimèrent en premier. La droite a repris aussi à son compte les idées de progrès, de justice, d’égalité, mais certainement les exprima t’elle plus fortement sur le terrain économique, en défendant plus les intérêts individuels que l’individu lui-même. Il existe donc encore une différence fondamentale entre gauche et droite, mais elle est trop peu exprimée aujourd’hui dans les débats, encore moins dans les actes. Pas étonnant dès lors que les extrêmes se portent de mieux en mieux.

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