La réforme du collège unique avec l’enseignement personnalisé

La réforme du collège unique

Il ne suffit pas qu’une idée soit juste pour que sa mise en œuvre soit garantie de succès.  Le collège unique illustre l’écart possible entre une bonne intention et le résultat effectif de celle-ci. En 1977, le ministre de l’Education nationale de l’époque, René Haby, sur instruction du président Valéry Giscard d’Estaing, met en place une réforme visant à instaurer un système d’enseignement commun à tous, après l’école primaire et ce jusque l’âge de 16 ans. Le collège devient donc unique après avoir été divisé en trois, l’objectif étant que chaque enfant puisse disposer d’un niveau de connaissances identique à tous et ce quelle que soit son origine familiale. C’était là une mesure de justice visant à réduire l’endogamie sociale. Idée juste donc initialement mais résultat plus que décevant. Le collège est aujourd’hui le moment où des parcours scolaires se brisent, où les inégalités s’accroissent, où les difficultés rencontrées à l’école primaire se prolongent pour devenir définitives. Le collège unique est pourtant l’une des réformes les plus emblématiques de la Ve République en matière de lutte contre les inégalités. Faut-il donc enterrer aujourd’hui un projet destiné à constituer un socle de savoirs communs à tous ? La personnalisation des parcours scolaires défendus par certains représentants politiques en remplacement du système actuel ne serait-il pas un retour vers une école plus inégalitaire qu’elle ne l’est aujourd’hui ?

L’école est très peu présente pour l’instant dans les débats ouverts pour les prochaines présidentielles. Les primaires à droite se sont centrées sur d’autres thèmes, tandis que chez EELV l’élimination surprise de Cécile Duflot a occulté toute médiatisation du sujet, si tenté qu’il y en avait un. L’éducation est pourtant le premier poste de dépenses nationales, représentant un peu de plus de 25% du budget de l’Etat, soit un niveau légèrement supérieur aux intérêts de la dette. L’endettement public n’en reste pas moins une thématique plus souvent reprise dans les échanges politiques que peut l’être l’Education nationale. En matière d’avenir, le désendettement semble être une préoccupation plus forte que l’école. Celle-ci est pourtant le meilleur des investissements sociaux qui soit en permettant des développements économiques capables de résorber les dettes actuelles et à venir. La campagne pour les prochaines présidentielles ne fait que commencer. Espérons que les débats s’élèvent avec l’école…

On ne peut pas dire que la gauche actuellement au pouvoir n’a rien fait en direction du collège. La ministre Najat Vallaud-Belkacem a engagé une série de mesures visant un enseignement plus interdisciplinaire afin de réduire le cloisonnement des matières, dans l’esprit de Montaigne à propos du savoir : il vaut mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine. Non pas qu’il soit question de réduire le niveau des connaissances, comme le prétendent les détracteurs du collège unique, mais de mieux transmettre les savoirs pour un apprentissage intelligent. Sur ce point, Najat Vallaud-Belkacem a peut-être manqué d’ambition. Le rythme d’acquisition des connaissances aurait pu être revu, en supprimant les classes annualisées selon l’âge des collégiens pour instaurer une approche pluriannuelle personnalisée. Autrement dit, chaque collégien aurait quatre ans pour acquérir les connaissances sur base d’une cadence personnalisée, sans avoir à passer par des échelons communs à tous. Procédant ainsi, le collège permettrait une personnalisation plus forte des enseignements tout en restant unique.

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