Finances publiques et dette entre expertise et manipulation

Finances publiques et dette au coeur de l'expertise et de la manipulation

A entendre bon nombre de politiques français plutôt classés à droite et bon nombre d’économistes de tradition libérale, la dette publique serait un mal français. Les commentaires sont légion sur une situation française présentée volontiers comme catastrophique concernant les finances publiques. Nous serions près du précipice, au bord même de la faillite selon les propos du récent vainqueur des primaires, François Fillon, quand celui-ci était à Matignon. Les discours alarmistes ne suffisent pas cependant à effacer les contre-vérités qui parfois les fondent pour affirmer des positions bien plus idéologiques que descriptives de la réalité. Concernant la dette, il est possible d’en distinguer deux.

Premièrement, la France est loin d’être le seul pays riche endetté. Certains Etats le sont d’ailleurs dans des proportions plus élevées, comme le Japon dont la dette est deux fois supérieure à la richesse produite annuellement et ceci depuis de nombreuses années. Une dette est en effet supportable si elle est financée. Concernant l’Etat japonais, celui-ci peut compter sur l’épargne des ménages pour emprunter. La France aussi dispose de capacités d’emprunt, notamment auprès des investisseurs institutionnels qui lui prêtent volontiers de l’argent. En outre, comme au Japon, une partie de la dette française est financée par les français eux-mêmes, au travers des contrats d’assurance-vie qui restent l’un des placements privilégiés des épargnants.

Ensuite, dire que la France est en faillite est un non-sens puisque contrairement à une entreprise, un Etat ne peut pas être déclaré comme tel, donc disparaître, même s’il n’est plus en mesure de rembourser ce qu’il doit. Tout pays s’appuie sur un cadre étatique qui perdure et évolue. Tout au plus un Etat fait-il défaut lorsqu’il se trouve dans l’incapacité de régler son dû. Ce n’est pas le cas actuellement de la France. D’ailleurs, il y a bien longtemps que l’Etat français n’a plus fait défaut vis-à-vis de ses créanciers, soit la dernière fois en 1812 après un quart de siècle traversé par une révolution sans précédent et des campagnes napoléoniennes ayant asséché les caisses de l’Etat. C’était là seulement une situation historique suite à des soubresauts politiques d’une ampleur rarement égalée. Même après les deux guerres mondiales du XXe siècle, la France a toujours depuis su faire face à ses échéances…

L’endettement public occupe une place importante dans les débats économiques, politiques, médiatiques. D’un côté on trouvera l’expert qui promet aux générations futures d’être écrasées par le poids d’une dette dont ils ne sont absolument pas responsables. De l’autre, un expert réclamera plus d’endettement pour relancer l’économie, laquelle relance profiterait aux même générations futures. Qui a raison ? Seul un troisième expert nous le dira ! En matière de finances publiques, les expertises se mêlent aux discours politiques jusqu’à devenir inaudibles. On finit par ne plus savoir qui a raison et qui a tort, plus grave qui manipule qui.

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Merci patron !…ou le scandale des rémunérations de certains dirigeants du CAC 40

Salaire des grands patrons

Les actionnaires, à l’instar de députés de la majorité, seraient-ils devenus des frondeurs en manifestant leur désaccord à propos de la rémunération de leurs dirigeants ? Par le passé, les salaires de l’exécutif opérationnel ne sortaient guère des conseils d’administration feutrés. Mais depuis 2014, les entreprises adhérentes au Medef sont tenues de pratiquer le « say on pay », soit de demander aux actionnaires leur avis à propos de la rémunération des dirigeants. Il s’agit là uniquement d’un vote consultatif, les administrateurs restant les seuls décideurs sur ce point. La directive initiée par le syndicat patronal est certes une démarche intéressante en obligeant les grandes sociétés à plus de transparence. Mais compte tenu des niveaux astronomiques, pour ne dire scandaleux, de certaines rémunérations allouées, la transparence ne suffit pas toujours. A l’évidence, le recours à la loi apparaît nécessaire. Dans cet esprit, il serait peut-être temps de changer un point clé de gouvernance des grandes entreprises, à savoir donner aux actionnaires, et non plus aux seuls administrateurs, le soin de décider des salaires à verser au dirigeant.

Même si la loi impose un cumul des mandats, il n’est pas rare de retrouver les mêmes personnes dans différents conseils d’administration des principales sociétés cotées en Bourse, siégeant dans certaines entités, appartenant à l’exécutif dans d’autres. Autrement dit, un administrateur dans telle société peut décider de la rémunération d’un dirigeant, lequel dans une autre entité sera décideur du salaire de l’administrateur en question puisqu’à son tour membre de l’exécutif. Ainsi, des situations de conflit d’intérêt sont toujours possibles si c’est entre-soi que sont fixés les salaires des grands patrons. Le code de gouvernance émis par le Medef va certainement dans le bon sens, pour preuve la rémunération des dirigeants n’est plus seulement une simple formalité entre personnes averties, en étant projetée sous les feux de l’actualité. Mais le droit est nécessaire pour éviter à l’inverse de tomber dans des travers populistes. Il n’est pas anormal qu’un dirigeant est un niveau de rémunération conséquent compte tenu de la responsabilité qui est la sienne sur la marche générale de l’entreprise. Mais encore faut-il que son salaire soit véritablement indexé sur cette responsabilité, ce qui n’est pas toujours le cas. Certaines pratiques sont révoltantes au regard des niveaux de salaire et autres avantages de type « parachute doré » dont les sommes en jeu sont indécentes.

Les actions de performance pensées par Emmanuel Macron et inscrites dans la loi éponyme ont très vite reçu la faveur de certains grands groupes pour remplacer les fameuses stock-options devenues bien moins intéressantes une fois fiscalisées comme du salaire. Cette disposition cependant apparaît comme un nouvel avantage allouable au grand patronat sans guère de contrepartie. Même si y est accolé le terme de performance, ce type d’actions correspond bien plus à une ponction sur le capital existant qu’à une rémunération indexée sur les résultats. Au moins, avec les stock-options, le dirigeant était personnellement concerné par la situation financière de la société puisqu’il tirait sa rémunération en revendant les titres de la société lui appartenant une fois le cours de bourse supérieur au prix d’exercice des options. Les actions de performance sont elles attribuées gratuitement au dirigeant, d’où une plus value latente sans condition. Les actionnaires auront manifestement encore de quoi afficher leur mécontentement dans les années à venir.

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SOS Fantômes contre les banques parallèles

Shadow banking

Le shadow banking qui caractérise le monde des banques dites parallèles, est un sujet particulier du débat économique compte tenu du caractère fantomatique qu’on lui prête volontiers et qui n’exclut pas nombre d’extrapolations proches du fantasme. Il repose pourtant sur des techniques bien réels de financement et suffisamment structurantes pour la constitution d’un circuit financier distinct des banques traditionnelles. En outre, les sommes en jeu n’empruntent rien à l’imaginaire, représentant environ 80 000 milliards de dollars d’actifs financiers. Le shadow banking n’est donc pas un épiphénomène, il s’est fortement développé ces dernières années pour devenir une composante à part entière de la finance mondiale.

Le shadow banking  par nature est difficile à cerner. Il concerne cependant pour l’essentiel les Fonds Communes de Titrisation (FCT). Pour bien comprendre le shadow banking, il est impératif de savoir ce qui le nourrit : la titrisation. Elle est une technique financière permettant à un établissement bancaire de vendre des crédits à une entité créée pour l’occasion, le FCT, laquelle émettra des titres qui seront souscrits par des investisseurs généralement institutionnels, comme les compagnies d’assurance. Les souscriptions versées au FCT lui permettent ainsi de payer les crédits cédés par la banque, cette dernière récupérant donc des liquidités. Autrement dit, l’établissement bancaire octroie le crédit à son client et le FCT en devient finalement le prêteur. L’intérêt de ce montage pour la banque est de lui permettre de produire du crédit tout en disposant très vite des liquidités représentatives de cette production, sans attendre plusieurs années avant que les clients aient remboursé l’argent emprunté. En outre, en cédant ses créances, la banque transfère le risque de crédit vers le FCT et se trouve dès lors moins contrainte en termes d’exigences de fonds propres imposées par les règles en vigueur.

La titrisation était à l’origine une technique parmi d’autres à disposition du secteur bancaire pour l’optimisation des activités. Mais avec l’accroissement des normes prudentielles, elle s’est intensifiée, jusqu’à générer un nouveau modèle de financement de l’économie. La titrisation a dépassé sa condition d’accessoire financier à la gestion d’un stock de prêts, pour devenir une phase à part entière du process de production des crédits. En octroyant un prêt, l’établissement bancaire sait déjà qu’il sera logé dans un fonds dédié pour le recevoir. Les FCT ne sont plus seulement une possibilité de placement de l’épargne et un procédé de mutualisation des risques de crédit pour les établissements bancaires. Ils participent indirectement à la création monétaire des banques, donc impactent plus sensiblement l’économie en constituant un circuit parallèle de financement.

Le shadow banking en soi n’est pas un problème. C’est la façon dont il est traité réglementairement qui pose question. Car en effet, les FCT ne sont pas soumis aux obligations prudentielles des  établissements bancaires bien qu’ils se soient transformés en quasi-banque. Rappelons que les contraintes de fonds propres appliquées aux entreprises bancaires sont avant tout destinées à la protection des épargnants car ce sont leurs dépôts qui servent à financer la production de crédits. Mais si ces derniers se retrouvent comptabilisés au bilan d’une entité appartenant au shadow banking, les épargnants perdent en quelque sorte leur protection. Le risque de crédit produit avec leur épargne échappera, avec la titrisation, à l’obligation pour la banque qui l’a généré de détenir un niveau minimal de fonds propres faisant office d’une certaine garantie en cas de perte.

Eu égard les sommes en jeu et compte tenu que la titrisation entraîne dorénavant plus de dispersion des risques que leur mutualisation, il est urgent que la chaîne réglementaire aille jusqu’au bout de tous les processus de financement de l’économie, en intégrant le shadow banking. Les règles existent aussi pour lever les voiles.

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La folie des banques centrales, un livre de Patrick Artus et Marie-Paule Virard

La folie des banques centrales

Le dernier ouvrage de Patrick Artus écrit conjointement avec Marie-Paule Virard, journaliste économique, est intéressant à plus d’un titre. En dressant les risques inhérents à la politique monétaire telle que pratiquée actuellement en Europe et aux Etats-Unis, on en apprend un peu plus et concrètement sur le fonctionnement d’une économie financière parfois bien hermétique aux communs des mortels. Ensuite, les auteurs ne tombent pas dans un catastrophisme financier à tous crins, en proposant des alternatives aux actions engagées à ce jour par les banques centrales. Car disons le tout de suite, la politique monétaire expansionniste qui inonde de liquidités le circuit économique est une aberration pour les deux économistes. Premièrement, elle est sans effet sur l’économie dite réelle. La croissance économique est et reste atone dans bon nombre de pays. Il ne suffit pas d’injecter massivement de la monnaie pour que la demande globale s’accroisse et avec elle, que l’activité redémarre. Mais le pire pour les auteurs, c’est que ces liquidités sans emploi dans l’économie réelle sont sources de bulles dans la sphère financière. Plus d’argent sur les marchés financiers induit plus d’investissements, donc plus de prise de risques et des effets volumes concentrés. Autrement dit, les marchés actions et obligations aujourd’hui se portent bien car gonflés artificiellement. Mais jusque quand ? La sphère financière ne risque-t-elle pas de s’emballer ? Les bulles se créent avec la concentration des risques, laquelle est favorisée par des anticipations auto réalisatrices, mais aussi avec les moyens financiers qu’on leur donne pour exister, à savoir toujours plus de liquidités. Pour Artus et Virard, la politique de taux historiquement bas et les plans d’assouplissements monétaires nourrissent les bulles d’aujourd’hui dont l’éclatement demain provoquera des crises. La trappe à liquidités, comme la qualifiait Keynes en son temps, serait devenue un péril, surtout à notre époque où les nouvelles technologies et la dérégulation des marchés financiers permettent une mobilité toujours accrue des capitaux.

Les auteurs livrent également une réflexion sur le rapport entre les banques centrales et le pouvoir. La politique monétaire est indépendante, mais ne l’est-elle pas trop aujourd’hui, telle est implicitement la question posée dans le livre ? Lorsque toutes les anticipations et les décisions économiques se construisent sur la base des déclarations des banquiers centraux, voire des rumeurs à propos des orientations monétaires, le pouvoir politique apparaît isolé et sans prise sur mouvements macroéconomiques. Pourtant, c’est bien ce pouvoir qui a été choisi démocratiquement, alors que les banquiers centraux et leurs collaborateurs ne sont pas des représentants élus. Ensuite, les injections massives de liquidités qui profitent surtout à la sphère financière sont une source d’inégalités. En effet, les marchés actions et obligataires sont tirés à la hausse, mais seuls les épargnants aux revenus confortables en profitent réellement. Les ménages financièrement plus modestes sont bien souvent titulaires de compte épargne classique dont les rendements sont très faibles au égard le niveau très bas des taux d’intérêt et d’une inflation quasi nulle. Enfin, Artus et Virad nous font part d’une autre inquiétude à propos de la situation monétaire internationale. Offrir massivement de la monnaie impacte la valeur de la monnaie, laquelle alors se déprécie. On sait que les dépréciations monétaires, se prolongeant, créent des tensions entre les États au sein du commerce mondial. Les deux économistes n’hésitent pas à brandir la menace d’une nouvelle guerre des monnaies dont les banques centrales américaine et européenne en seraient les acteurs involontaires.

Les auteurs ne s’arrêtent pas aux constats, ils proposent. Selon eux, les banques centrales doivent réviser leur perception de l’inflation, en distinguant d’un côté les actifs financiers, de l’autre les biens et services. Pour les premiers, nous nous trouvons dans une phase fortement inflationniste qu’il faut maîtriser. Pour les seconds, un objectif d’inflation est à déterminer en corrélation avec la croissance du PIB que l’on souhaite atteindre. Le statut des banques centrales doit également être rénové, sur base d’un contrôle démocratique plus étroit et avec plus de coordination entre les hautes autorités monétaires à l’échelle internationale. Plus de politique donc pour que les banquiers centraux ne fassent pas éclater la planète financière.

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Un Donald Trump président de l’Union Européenne ?

Présidence de l'Union européenne

L’Europe ne s’est toujours pas remise de la plus grave crise économique que la planète ait connue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pour preuve, le PIB par habitant de la zone euro, soit la richesse produite par européen, sera en 2017 très certainement inférieur au niveau constaté une décennie plus tôt, juste avant que le système financier ne s’effondre. Nous sommes ainsi, nous européens, individuellement moins riche que nous l’étions dix ans auparavant. La crise de 2007-2008 n’en a donc pas encore fini de produire ses effets, ce qui dans l’histoire économique représente un impact d’une durée exceptionnellement longue. D’ordinaire, les crises sont transitoires, elles marquent un changement de cycle, de rythme, mettant un terme à une surchauffe de l’activité économique, éclatant des bulles spéculatives. Habituellement, les crises sont donc conjoncturelles. Pourtant, celle que nous connaissons actuellement s’est installée durablement en Europe jusqu’à devenir structurelle. Est-ce à dire que nous sommes désormais dans une nouvelle ère dont une croissance anémiée et un chômage de masse sont les marqueurs ? Difficile de répondre déjà à cette question. Les cycles économiques sont généralement identifiés une fois arrivés à leur terme. Par contre, les conditions de leur prolongement sont caractérisables sans attendre leur fin, comme actuellement en Europe avec l’endettement public et les défauts politiques de la zone euro qui à l’évidence entretiennent les effets de la crise.

Pour diminuer la dette, divisons la dépense ! Ce qui est vrai pour un individu l’est cependant moins pour un Etat. Les faits confirment cette différence. La zone euro s’est engagée brutalement dans l’austérité après 2008, avec l’Allemagne en tête et la France qui l’a suivie. Le moment était pourtant très mal choisi pour exiger des Etats des efforts budgétaires sans précédent alors que l’économie était entrée dans la dépression. L’austérité a ruiné les espoirs d’une reprise de l’activité en Europe. L’économie américaine, elle, redémarrait grâce à la puissance publique, alors même que le foyer de la crise de 2007-2008 se trouvait aux Etats-Unis. Priver les pays de la zone euro de l’instrument budgétaire pour soutenir l’activité, avec l’investissement public, n’a fait qu’accroître l’endettement. La dette publique se résorbe bien mieux avec les fruits de la croissance qu’avec les recettes de la rigueur.

La crise se maintient également en Europe faute d’une force politique suffisante à l’échelle continentale. L’Union européenne est bien plus la réunion d’intérêts divergents qu’une véritable communauté politique. Le Parlement européen, même si elle est élue au suffrage universel direct, n’a pas la puissance symbolique des assemblées nationales. L’Europe n’a donc pas su parler d’une même voix politique pour dépasser les ennuis économiques. Des divisions se sont même exprimées plus fortement encore qu’auparavant, entre Europe du Nord et Europe du Sud, la première imposant à la seconde une austérité budgétaire insoutenable.

Les divisions ont un coût. Les Etats-Unis sont en train de le payer avec l’élection de Trump à la présidence. En Europe, nous n’en sommes pas là puisque nous avons plusieurs présidents sans qu’aucun ne soit élu, entre le président du Conseil européen, le président de la Commission européenne, le président du Parlement européen, ou bien encore la présidence du Conseil de l’Union européenne. Qui donc incarne la tête de l’exécutif européen ? Nul ne peut vraiment le dire, et cette dispersion des responsabilités sans visibilité publique est très certainement l’explication du déficit politique à l’échelle européenne. L’espace communautaire en Europe est resté trop institutionnel, pas suffisamment incarné. Sans président élu, l’Union européenne n’avancera guère dans son histoire politique, restant un espace complexe dont le reflet renvoie une opacité qui nourrit les populismes. Ils leur est en effet faciles de rendre l’Europe responsable de tous les maux puisque celle-ci est insaisissable, non personnifiée. L’Europe a besoin d’un président élu. Mais s’il fallait aujourd’hui procéder à son élection, qui ne dit pas que la montée des extrêmes et les divisions entre Nord et Sud ne réserveraient pas aux européens le même sort que celui des américains après que Trump ait été préféré à Clinton pour les représenter.

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La BCE à l’origine et contre une nouvelle bulle financière

La Banque Centrale Européenne, BCE; la bulle, les taux d'intérêts négatifs

En 2005, Ben Barker, alors à la tête de la banque centrale américaine, la FED, affirmait que le niveau d’épargne mondiale était en excès. Cette déclaration pouvait sembler à contretemps du dynamisme économique alors ambiant, la croissance mondiale avoisinant les 5% par an. Cette activité soutenue  nécessitait de l’investissement, donc de l’épargne pour le financer. Pour autant, le patron de la FED était dans le vrai au regard de la situation actuelle. Ben Barker anticipait peut-être bien plus qu’il ne constatait son époque, et si tel était le cas, force est de constater qu’il a vu juste. Dix ans plus tard, nous nous trouvons dans une situation monétaire caractéristique d’une épargne excédentaire par rapport à l’investissement,  comme le vit le Japon depuis plusieurs années. C’est ainsi que les taux d’intérêts sont historiquement bas et que l’inflation flirte dangereusement vers un zéro pointé. A défaut d’être investie dans l’économie dite réelle, l’épargne s’oriente dès lors vers les actifs financiers, incitation d’autant plus vive que les taux d’intérêts sont faibles. Les investisseurs institutionnels préfèrent le marché financier au crédit classique.

Depuis que la Banque Centrale Européenne a lancé un programme de rachats massifs de titres subordonnés, en janvier 2015, les obligations d’Etat sont transférées des établissements bancaires vers la BCE. Les sommes en jeu sont colossales, suffisamment pour orienter les marchés financiers. Les investisseurs se tournent volontiers aujourd’hui vers les actions, avec des exigences de rendement qui n’ont pas été revus à la baisse même si les taux d’intérêts sont très faibles. Le levier financier, soit la différence entre le produit des actifs investis grâce à l’endettement et la charge d’intérêt relative à cette dette, est au centre de toutes les exigences. Compte tenu que la croissance économique est atone, que les pays émergents montrent des signes d’essoufflement, les investisseurs demandent plus des actifs possédés dans un contexte où le capital croît peu. Cette situation s’apparente à une économie de rentier qui n’est guère favorable au développement. Premièrement, c’est là source de plus d’inégalité car seuls ceux qui possèdent déjà captent le plus de richesse créée. Tout le monde n’a pas non plus les capacités pour s’endetter et cela même si les taux d’intérêts sont très bas. Ensuite, les pressions sur le levier financier conduit à chercher des rendements toujours plus élevés, donc à des prises de risques toujours plus conséquentes. Les bilans bancaires sont dès lors plus exposés à des défauts de paiement, et dans le même temps les patrimoines des banques sont de plus en plus tributaires des valorisations boursières eu égard des portefeuilles d’actifs financiers en croissance permanente.

Une inflation proche de zéro caractéristique d’une économie poussive, une injection continue de liquidités dans la sphère financière, nous ne sommes à l’évidence pas très loin de connaître une nouvelle bulle financière. On sait ce qu’il advient de ce type de fluctuation économique extrême. Les bulles éclatent bien plus souvent qu’elles ne se dégonflent. La BCE est bien plus contrainte dorénavant de racheter des titres pour maintenir les cours et éviter aux banques des dépréciations considérables d’actifs, afin que n’éclate une bulle naissante. L’économie réelle attendra bien encore un peu.

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Lehman Brothers, Deutsche Bank, ces banques devenues trop grosses pour mourir

too-big-to-fail

Voilà bientôt dix ans qu’une crise financière sans précédent depuis la fin de la seconde guerre mondiale a touché l’économie mondiale. Alors que nous en subissons encore les effets, l’activité économique en Europe restant faible et la dette publique se situant à des niveaux particulièrement élevés, une prochaine crise n’est pas exclue dans un avenir plus ou moins proche. La Deutsche Bank par exemple est en très grande difficulté, dans le viseur de la justice américaine, sa fin serait fortement préjudiciable pour l’ensemble des établissements bancaires européens et d’ailleurs. En effet, plus une banque est volumineuse, plus celle-ci est liée à d’autres organisations financières au travers de sommes qu’elle a emprunté auprès d’elles. Sa faillite voudrait qu’elle ne rembourse pas ce qu’elle doit, entraînant en cascade des pertes chez ses créanciers, lesquels à leur tour se trouveraient en grande difficulté, ne pouvant plus à leur tour régler leurs dettes…Cet enchaînement correspond au risque dit systémique, soit la survenance d’un événement défavorable qui entraîne l’ensemble du système bancaire dans la tourmente.

Seuls quelques établissements financiers, compte tenu de leur taille, peuvent mettre à terre le secteur bancaire dans son ensemble. Ces mastodontes sont désignés comme « Too big to fail », trop gros pour faillir. Lorsqu’ils sont en grande difficulté, les pouvoirs publics peuvent être bien embarrassés les concernant. Soit ils ne font rien pour leur en venir en aide, et c’est toute l’économie qui en pâtit. Soit l’Etat les aide, et ce sont finalement les contribuables d’aujourd’hui, mais aussi de demain avec la dette, qui épongent leurs pertes. On fait mieux en matière de justice sociale ! En outre, sauver une banque créé un précédent, en quelque sorte une jurisprudence vis-à-vis des autres grands établissements financiers qui ne comprendraient pas ne pas être sauvés à leur tour s’ils étaient au bord du précipice. En conséquence, certaines banques peuvent penser bénéficier d’une garantie implicite de l’Etat sur leurs activités, donc prendre encore plus de risques pour gagner plus d’argent en s’estimant protégées. Cette réaction représente l’aléa moral, un concept utilisé en économie pour expliquer des comportements plus risqués que d’autres.

Lehman Brothers appartenait à ces établissements considérés comme « Too big to fail ». L’Etat américain n’a pas sauvé la banque d’affaires vieille de plus d’un siècle et demi. Sa faillite annoncée en septembre 2008 a provoqué des dégâts financiers en chaîne, comme une trainée de poudres allumant des foyers tout aussi explosifs à leur tour un peu partout dans le monde. En Europe, les Etats sont venus à la rescousse de leur système bancaire. On connaît la suite. Ce sont les dettes publiques qui ont explosé, pas les banques, lesquelles très vite se sont remises sur pied. Les européens en paient aujourd’hui la facture avec des politiques d’austérité mises en place depuis pour éviter que ne dérapent encore un peu plus les dépenses publiques. Les européens de demain règleront également la note compte tenu des niveaux très élevés d’endettement public, parfois supérieurs à la richesse produite par les Etats en une année.

Deutsche Bank serait-elle sauvée à son tour si nécessaire ? Difficile aujourd’hui de répondre à cette interrogation. On sait seulement que le sort de la grande banque allemande est désormais suspendu à la décision de la justice américaine. Deutsche Bank, comme Lehman Brothers, fait partie de cette finance à l’origine de la crise financière de 2007. La banque allemande a commercialisé massivement des produits très risqués à une clientèle pas totalement avertie sur le sujet et qui finalement ne valaient pas grand-chose. Deutsche Bank doit donc être condamnée pour ses agissements passés et payer en conséquence. Doit-elle pour autant disparaître, elle qui au fil du temps est devenue trop grosse pour mourir ?

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Décryptage du lobby bancaire avec le livre de Jézabel Couppey-Soubeyran, Blabla Banque, Le discours de l’inaction

Blabla Banque et le lobby bancaire

Dix ans bientôt après la crise bancaire de 2007, force est de constater que les intentions de réguler le système bancaire se sont dissipées sans effet. Il y a eu certes des volontés politiques mais celles-ci sont restées dans les discours. Est-ce parce que les acteurs concernés, banquiers en tête, n’ont rien compris à la crise qui les a secoués ? Certainement pas, bien au contraire. C’est justement certaines failles du système bancaire révélées par les secousses financières et économiques de 2007 et 2008 que les grandes banques et leurs représentants cherchent à faire taire. Il existe ainsi aujourd’hui un discours des banquiers destiné à éviter à tout prix toute forme de contrainte réglementaire d’ampleur les concernant. L’ouvrage de Jézabel Couppey-Soubeyran, Maître de conférences à l’Université Paris I, intitulé « Blabla Banque, Le discours de l’inaction », est intéressant à ce titre, s’agissant d’une déconstruction de la rhétorique bancaire. L’auteure met en évidence les stratégies du lobby bancaire pour influencer les choix politiques.

La réglementation est brandie comme un frein à la croissance économique par des banques bien plus menaçantes que prévenantes sur le sujet. En effet, le secteur bancaire prétexte un rationnement fort du crédit pesant sur l’investissement, donc sur l’activité future, compte tenu de coûts plus élevés liés à une réglementation prudentielle plus forte. Les banques acceptent mal que leur soit imposée une plus grande sécurité par le bais des exigences croissantes de fonds propres. Il s’agit ici, selon l’auteure, de l’emploi d’une technique argumentaire classique : le remède serait pire que le mal. Le  lobby bancaire sait également mettre en scène tel ou tel ajustement réglementaire en le qualifiant d’inutile, s’appuyant sur des prétendues lois du marché s’accommodant fort mal avec toute forme d’interventionnisme. Rien de mieux donc pour maintenir le statu quo que de faire d’une évolution la source d’une angoisse ou d’un mépris. Le conservatisme est le crédo du lobby bancaire puisqu’il s’agit de préserver une position dominante. Les leçons de la crise financière ont été très bien apprises puis retenues. La finance dans son ensemble a pris une ampleur considérable dans le champ économique qu’elle ne veut pas perdre. Son omniprésence, nous explique l’auteure, n’en est pas moins improductive pour l’économie réelle, en captant toujours plus de richesse créée sans impact  sur la production globale. En outre, la financiarisation sans limite de l’économie génère des mastodontes bancaires représentant finalement des risques systémiques dangereux pour tout le monde.

Une fois le discours du lobby bancaire déconstruit, Jézabel Couppey-Soubeyran émet des idées pour que les choses changent. Selon elle, il faudrait déjà accorder plus de poids aux superviseurs, notamment avec des rémunérations attractives pour que la surveillance bancaire ne soit plus le parent pauvre du secteur financier, pour attirer entre autres les jeunes talents. Il conviendrait également d’accorder au régulateur la capacité d’orienter l’activité des banques vers le financement des crédits. Les établissements bancaires n’ont pas l’excuse d’un assèchement de leurs liquidités puisque la banque centrale a rarement été aussi généreuse en la matière. Les liquidités abondent aujourd’hui en Europe, mais elles servent trop peu la production, donc l’emploi. La politique monétaire expansionniste mise en œuvre bénéficie quasi-exclusivement aux marchés financiers et immobiliers. En d’autres termes, la finance aujourd’hui s’autoalimente avec la banque centrale, comme si elle se coupait encore un peu plus de l’économie réelle. On comprend alors avec Jézabel Couppey-Soubeyran que la régulation du secteur bancaire est le passage obligé pour que la finance soit à nouveau au service de l’économie, et non plus un espace protégé dont bénéfice quelques-uns au détriment du plus grand nombre.

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Margin Call, un film de Jeffrey C. Chandor, ou retour sur les heures précédant la crise des subprimes

Margin Call et la crise des subprimes

Margin Call est un film remarquable. Il nous plonge au cœur du fruit pour en découvrir le ver à propos de la finance. L’histoire se situe durant les heures précédant l’une des plus grandes catastrophe financière de l’histoire économique. Pour cause, les protagonistes sont les déclencheurs de la crise des subprimes. Ils appartiennent à une équipe de traders découvrant que le portefeuille financier dont ils ont la gestion, parce qu’adossé à des crédits hypothécaires américains, présente des risques démesurés par rapport aux capacités financières de leur employeur. Si rien n’est fait, c’est la faillite de leur établissement. La seule chance de sauver la banque d’investissement qui les emploie est de vendre ce qu’elle possède, tout en sachant que cela ne vaut plus rien. C’est là l’attrait du film que de mettre en évidence des contradictions fondamentales du monde financier. Sous cette perspective, les marchés financiers que la pensée dominante et affairée par les performances boursières présente volontiers comme efficients, ne sont en réalité que des châteaux de sable. Il n’est d’ailleurs pas anodin que l’un des personnages principaux, une fois exclu de la sphère financière par ses pairs, se souvienne avoir construit dans sa jeunesse un pont. A quoi bon en effet brasser des sommes astronomiques pour finalement conduire un système à sa perte, emportant toute l’économie dans la tourmente. Un pont est bien plus solide que tous les édifices de la haute-finance, aussi complexes soient-ils.

Margin Call nous fait comprendre que les marchés financiers sont la rencontre d’une foule d’aspirations  individuelles mais qu’en rien ils ne sont le produit de l’intérêt général. Lorsque le patron de la banque d’investissement dont il est question dans le film décide de vendre toutes les positions existantes en portefeuille, il sait pertinemment, et ses collaborateurs avec lui, qu’il va déclencher une crise systémique. Mais comme le marché au moment de sa décision n’est pas encore informé de l’ampleur du désastre financier à venir, il peut encore escompter réduire ses pertes en les faisant payer pour partie par les autres. Le marché, à défaut d’information sur la situation réelle,  attribue une valeur à ce qui déjà ne vaut plus rien. C’est ainsi qu’il est possible de disséminer des pertes colossales sur les marchés, qui plus est sur toute la planète du fait de l’hyper connexion des acteurs et autres investisseurs financiers.

Margin Call n’est jamais caricatural. Jeffrey C. Chandor, le réalisateur, évite ce travers que l’on trouve bien souvent dans les fictions sur la haute finance avec des personnages sur-joués et des ambiances hystérisées à souhait. Certes, on retrouve dans Margin Call le financier cynique et sans scrupule, le trader expérimenté et désabusé, le jeune loup sifflant ses collaborateurs pour les réunir, le débutant prodige découvrant l’étendue de la catastrophe à venir et tirant la sonnette d’alarme, un autre collaborateur tout aussi jeune et déjà aussi cynique que ses supérieurs…Le film de Chandor échappe donc au traitement conventionnel du sujet en étant aussi et surtout une profonde réflexion sur l’existence. La question du sens de la vie est en arrière-fond de cette histoire portant sur un milieu où tout semble calculé, où le profit apparaît comme la finalité indépassable et déterminante pour chacun y participant, où les considérations personnelles n’ont que très peu leur place dans cet environnement. Mais dès lors qu’un système commandant tout, gouvernant les opinions comme les comportements, s’effrite, un nouvel espace se crée prêt à tout engloutir. Margin Call nous fait entrevoir un trou s’ouvrant sous les pieds des protagonistes et qui n’a rien de financier. Il y a ceux qui s’accrochent à la façade pour ne pas y tomber, comme le patron de la banque qui vend tout, peut-être moins pour tout perdre que de préserver ce pourquoi il existe. Et il y a les autres qui n’ont pas d’autre choix que de basculer dans le vide en étant brutalement renvoyés de leur établissement. S’agit-il pour autant d’une chute ? Margin Call suggère que plus d’humanité attend au bout de la descente celles et ceux qui y ont été entraînés.

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Amende record pour Deutsche Bank, ou quand la justice américaine fait trembler l’Europe financière

Deutsche Bank et l'amende record avec la justice américaine

Deutsche Bank est dans la tourmente. Après des résultats mitigés concernant les tests menés dernièrement par l’Autorité Bancaire Européenne sur la solidité des principaux établissements bancaires en Europe, la célèbre banque allemande est aujourd’hui poursuivie par la justice américaine. Celle-ci lui reproche son rôle dans la crise des subprimes et elle pourrait lui faire payer cher, très cher ! Les premières informations font état d’une amende de 14 milliards de dollars qui serait potentiellement réclamée par la justice américaine. Même si ce montant n’est pas définitif et à priori revu à la baisse une fois les négociations engagées entre les parties, le coup est très dur pour Deutsche Bank. La justice américaine en effet n’est peut-être pas prête à des concessions majeures. On se souvient que récemment BNP Paribas a fait les frais d’une intransigeance des autorités américaines à l’égard des mastodontes financiers dont le comportement est reconnu douteux.  L’amende s’est élevée à près de 9 milliards de dollars, un record pour un établissement européen que pourrait bien dépasser Deutsche Bank.

Les Etats-Unis et l’Europe n’ont pas réagi de la même façon à la crise financière de 2007 parce que ses effets n’ont pas été les mêmes de part et d’autre de l’Atlantique. Aux Etats-Unis, c’est le citoyen américain qui personnellement a été la victime d’un système spéculatif, alors qu’en Europe ce sont les contribuables dans leur ensemble qui ont mis à contribution pour solder les pertes bancaires. C’est là certainement la raison principale qui explique des réponses différentes à la crise entre les Etats-Unis et l’Europe. Les premiers se sont engagés à sanctionner individuellement les établissements responsables, marquant ainsi au fer rouge les banques peu scrupuleuses pour que le citoyen américain personnellement touché ait conscience que justice ait été faite. Les instances européennes quant à elles ont abordé la responsabilité des banques sous un angle plus collectif afin que le contribuable n’ait plus à mettre la main à la poche dès lors que le système bancaire est en sérieuse difficulté. L’union bancaire créée dernièrement et le système de supervision des banques mis en œuvre depuis visent à encadrer l’exercice du métier de banquier, à prévoir également les dispositifs de sauvegarde des banques sans que les Etats à l’avenir soient appelés au sauvetage des établissements en perdition. La flambée des dettes souveraines en Europe à partir de 2010 est passée par là…

Deutsche Bank a contribué à l’emballement spéculatif d’une partie de la finance internationale, en vendant massivement des produits très risqués sans en informer les investisseurs. Pire, Deutsche Bank dans le même temps prenait des positions financières à l’inverse de ce qu’elle conseillait à ses clients, anticipant que le marché immobilier américain sous-jacent des montages financiers et des titrisations en série s’effondrerait. Ne renversons donc pas les rôles. Deutsche Bank n’est pas la victime d’une justice américaine par trop vengeresse. Sa responsabilité est forte dans le désastre financier qui a touché l’économie mondiale. Pour autant, faut-il sanctionner une entreprise jusqu’à la mettre en danger ? Dans le cas de Deutsche Bank, c’est bien la survie de l’établissement qui est en jeu selon la décision qui sera rendue par les autorités américaines. Si la banque devait être condamnée à verser plus de 10 milliards de dollars, elle se trouverait dans l’obligation de se recapitaliser, donc de demander à ses actionnaires de remettre la main à la poche. Pas sûr que les investisseurs l’entendent de cette oreille. L’affaire reviendrait alors sur le terrain politique car Deutsche Bank, en plus d’être un acteur majeur de l’économie allemande, est un établissement de nature systémique. Sa perte entraînerait l’ensemble du système bancaire dans de sérieuses difficultés. Autrement dit, l’Europe financière voit son sort en partie suspendu au verdict de la justice américaine. On ose espère que la récente amende infligée par la Commission européenne à Apple, pour un montant de 13 milliards d’euros, n’interféra pas dans l’affaire qui oppose Deutsche Bank et les autorités judiciaires des Etats-Unis.

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