Quand François Hollande tomba après Nicolas Sarkozy

Hollande et Sarkozy absents de la présidentielle 2017

François Hollande ne sera pas candidat à sa propre succession. Celui qui se voulait être un président « normal » a décidé une sortie politique inédite dans l’histoire de la Ve République puisque tous ses prédécesseurs s’étaient eux engagés dans la course présidentielle pour prolonger leur mandat. Mais Hollande avait-il vraiment le choix ? Jamais un président ne fût aussi impopulaire et ceci si durablement que l’actuel locataire de l’Elysée. Rarement un homme au pouvoir aura vu son propre camps se déchirer à son propos jusqu’à générer des fractures dangereuses pour l’avenir même de son parti. Jamais un Président de la République ne se livra comme lui à la confidence, l’exercice ressemblant fort bien à un suicide politique. Rarement un chef d’Etat n’eût à connaître autant de critiques, de sarcasmes, de railleries même à son encontre, jusqu’à ce que son autorité soit ébranlée et son image totalement écornée, rendant inaudible le moindre de ses messages politiques.

François Hollande ne sera jamais vraiment parvenu à incarner le pouvoir. C’est bien plus sur la forme, sur l’exercice de la fonction présidentielle, qu’il a échoué. C’est l’histoire d’un candidat qui après avoir séduit les français les a perdus une fois devenu président. Après tout, le bilan de François Hollande n’est pas plus mauvais que celui de ses prédécesseurs. On lui doit au moins de ne pas avoir sabordé le système de protection sociale en France malgré des tensions économiques très fortes. Il a également permis aux entreprises de restaurer leurs marges, n’en déplaise à la droite qui ne propose pas mieux. Il a son actif la dernière grande avancée républicaine en France avec la loi sur le mariage pour tous. Il s’attela aussi à redonner à l’école les moyens de ses ambitions, soit la réduction des inégalités pour moins d’endogamie sociale. Il fût aux côtés des forces de l’ordre lorsque la France fût victime d’attaques terroristes inégalées sur son sol.

François Hollande a fait des erreurs politiques. Mais qui n’en fait pas. La plus importante de toutes est certainement de ne pas avoir renégocié le traité budgétaire européen dès son accession à l’Elysée. Très vite le discours du Bourget ne fût plus qu’un souvenir de campagne. François Hollande donna aussi l’impression de renoncer face à la pression de l’Allemagne pour plus d’austérité en Europe. Alors que nombres d’économies européennes étaient déjà exsangues, celles-ci se retrouvèrent à payer un coût budgétaire toujours plus élevé. François Hollande n’a pas su inverser la tendance. Le discrédit s’est emparé de sa fonction puis le désamour des français de sa personne. Un d’Etat incarne un mandat présidentiel et aussi un rapport affectif entre un peuple et celui qui le représente. Cette relation rapidement a été troublée entre François Hollande et les français.

Décider de ne pas être candidat est tout aussi courageux que de s’engager en politique mais plus douloureux lorsque l’on y est contraint. François Hollande une fois de plus sème le trouble dans les esprits. On est à la fois partagé entre le courage qu’inspire sa décision pour le service de l’intérêt  général et une forme d’apitoiement devant un homme qui n’a d’autre choix que de partir. François Hollande rebat également quelques cartes pour les semaines à venir en n’étant pas candidat. Son départ programmé crée un nouvel espace politique qui à n’en pas douter sera très vite investi par Manuel Valls. Qui sait si bientôt nous ne verrons pas s’affronter deux ex-premier ministres respectivement débarrassés de « leur » président et impatients d’être à leur tour au sommet de l’Etat.

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Quand Hollande et Valls s’affrontent au sommet de l’Etat

Hollande contre Valls au sommet de l'exécutif

Les jeux ne sont pas encore faits et rien ne va presque déjà plus au sommet de l’Etat. Dans un entretien auprès d’un quotidien national, le premier ministre s’affirme un peu plus mais toujours sans le dire comme un probable candidat à la primaire socialiste. Dans le même temps, François Hollande devrait prochainement annoncer si lui aussi s’engage dans la bataille élyséenne à venir en se soumettant tout d’abord au vote des militants et sympathisants de gauche. Fait inédit donc dans l’histoire de la Ve République où un président et un premier ministre en exercice et du même bord politique seraient engagés demain dans la même course présidentielle. La gauche était déjà divisée, il ne manquerait plus qu’à son débit s’ajoute une crise institutionnelle. Car en effet, comment imaginer qu’un pays, qui plus est sous état d’urgence, puisse être gouverné sereinement si les deux fonctions clés de l’exécutif s’opposent pour conserver le pouvoir…

La Ve République est un régime présidentiel. Pensé par le Général de Gaulle, le suffrage universel direct devait donner au président élu l’aura suffisante et la légitimité incontestable pour conduire la politique du pays. Assisté d’un gouvernement avec à sa tête un premier ministre, s’appuyant sur un Parlement votant les lois, le Président de la République est ainsi constitutionnellement le premier représentant de l’Etat dont l’autorité est garantie par les institutions. Mais le cadre institutionnel est une chose, l’exercice du pouvoir en est une autre. Même si elle est présidentielle, la Ve République s’est caractérisée par une série d’oppositions, d’affrontements, voire de luttes au sommet de l’Etat. La collaboration entre l’Elysée et Matignon n’a pas toujours été de tout repos, loin de là. Le Général de Gaulle lui-même fût au centre de tensions au sein d’un régime qu’il s’était pourtant taillé à sa mesure. A l’issue de mai 68, son autorité vacille tandis que son premier ministre, Georges Pompidou, sort lui grandi dans sa famille politique tant il sembla affronter seul l’insurrection après que le président se soit réfugié à Baden-Baden. On se souvient également des relations conflictuelles entre le président Giscard et le chef de gouvernement Chirac, ce dernier claquant avec fracas la porte de Matignon pour très vite s’opposer bien plus au pouvoir giscardien qu’au socialiste Mitterrand dont il contribua pour partie à la victoire en 1981. Sont restées également dans les mémoires les passes d’armes entre le même Mitterrand et son meilleur ennemi à gauche, Michel Rocard. L’association des deux hommes au sein de l’exécutif fût moins une collaboration qu’une forme de cohabitation. Mitterrand ne se privera pas d’ailleurs de contrer Rocard aux élections européennes en manipulant son fringuant ministre Bernard Tapie, condamnant son premier ministre à un échec qui l’écartera d’une possible candidature un an plus tard aux présidentielles de 1995.

La Ve République n’a pas été épargnée à sa tête par les conflits.  Cependant, les discordes au plus haut sommet du pouvoir n’ont pas eu raison d’elle. La Ve République demeure. Elle est bien moins instable que le régime des partis qui la précéda. Ce ne sont certainement pas les querelles entre François Hollande et Manuel Valls qui la bousculeront, tout comme les précédents affrontements entre Président de la République et Premier ministre l’ont animée sans la faire tomber. C’est par contre le parti socialiste qui risque fort bien de sombrer un peu plus avec un président et un chef de gouvernement tous deux sortants et candidats.

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La droite vote aux primaires, la gauche se divise avant les primaires

La gauche se divise avant les primaires

Quel que soit le résultat, la droite aura réussi ses primaires. Le premier tour a rassemblé plusieurs millions d’électeurs et a abouti à l’une des plus grandes surprises électorales de la Ve république. Les primaires ont aussi permis d’en finir avec une forme de populisme omniprésent dans les discours et brouillant les messages sensés. Sur la forme, Juppé et Fillon ont délivré un débat sérieux et de qualité dans l’entre-deux tours, bien loin de l’agitation sarkozyste devenue quasi-caricaturale. S’agissant des idées, la droite s’étant durcie ces dernières années, elle proposera un programme mêlant libéralisme, austérité, individualisation. Qui pour lui répondre ? La gauche manifestement ne sera pas dans le meilleur des états pour la contredire d’une voix commune. Au fur et à mesure que les primaires de la Belle Alliance Populaire approchent, les divisions se creusent, au sein du parti socialiste et au-delà.

Il y a tout d’abord ceux qui se présentent sans se soumettre au vote des militants. Arrive en tête Jean-Luc Mélenchon qui a pris tout son monde par une surprise toute relative en se déclarant candidat pour la prochaine présidentielle, ceci sans concertation avec ses alliés d’extrême-gauche. Néanmoins, le concernant les communistes viennent de réaliser un exercice d’un genre nouveau. Les militants se sont en effet prononcés favorablement pour soutenir Mélenchon alors que les cadres du parti ne lui avaient pas accordé leur confiance. Le parti communiste vient en quelque sorte de réaliser une primaire sans candidat en votant pour une personne qui ne leur a même pas demandé leur avis pour se présenter à la prochaine présidentielle. C’est dire dans quel état se trouve aujourd’hui le parti communiste français en sérieux manque d’incarnation.

Côté socialiste, ce serait plutôt l’inverse avec différentes personnalités pour incarner la gauche. Le seul problème, c’est que celles-ci ne s’accordent pas sur la direction politique à emprunter contrairement à la droite. Les affrontements d’ego ne sont certainement pas plus forts chez les socialistes que chez Les Républicains. Ces derniers avec les primaires disposeront d’un candidat unique pour 2017. A gauche par contre, pas sûr que le vote des militants suffit à éteindre les passions discordantes. Les divisions vont bien au-delà des simples luttes de personnes. Les différences idéologiques sont nombreuses et significatives entre les prétendants déclarés et ceux qui le seront bientôt à la candidature présidentielle. La gauche va sortir très fragmentée de cinq ans d’exercice du pouvoir, se cherchant entre la social-démocratie et une voie socialiste plus classique.

A coup sûr la présidentielle de 2017 va constituer un tournant historique pour la gauche dans son ensemble. Les socialistes, les écologistes, les communistes et l’extrême-gauche, sortiront différents de la prochaine élection nationale. Pas étonnant donc qu’ils soient si nombreux à prétendre être celui ou celle qui demain rassemblera après s’être autant divisés aujourd’hui.

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L’Europe pour sauver le candidat François Hollande

Hollande candidat à la présidentielle et l'Europe

Bientôt l’heure du bilan pour François Hollande, qu’il soit candidat ou non pour la prochaine présidentielle. Que retiendra-t-on du mandat de celui qui succéda à François Mitterrand dans l’histoire des présidents socialistes ? L’actuelle côte de popularité, ou plutôt dirions-nous d’impopularité de l’actuel locataire de l’Elysée laisse à penser que l’inventaire sera pénible. Néanmoins, au fil du temps, les bilans politiques tendent à s’améliorer dans la représentation collective. Mitterrand, puis Chirac, furent aussi l’objet de vives critiques venant de toute part, y compris de leur propre camps. Mais une fois quitté le pouvoir, très vite ils gagnèrent définitivement une stature de chef d’Etat à la hauteur de leurs fonctions. Ce ne fût pas le cas de Sarkozy, peut-être parce qu’un retour de sa part sur le devant de la scène politique n’était pas exclu. Après avoir remporté les élections, l’homme politique gagnerait les sondages d’opinion une fois sa carrière publique définitivement terminée. Loin des yeux, loin du cœur, dit-on. En politique, ce serait plutôt l’inverse quant au rapport entre élus et électeurs.

S’agissant de François Hollande, nous n’en sommes pas là. Le président en exercice est sous le feu des commentaires acerbes à son égard. Rien ne semble pouvoir le faire sortir d’une impopularité qui très vite lui a collée à la peau après avoir remporté les dernières présidentielles. Hollande n’a connu aucun état de grâce, même pas au tout début de son mandat alors que bien souvent la victoire donne des ailes dans l’opinion publique. Certes, le président socialiste débuta sa fonction à un moment très difficile, la France étant traversée par une crise économique n’en finissant pas. Mais c’est certainement l’attentisme de François Hollande à propos de l’Europe qui lui a coûté la confiance des français. Il fallait agir très vite pour renégocier avec l’Allemagne une sortie de crise européenne différente de celle engagée par le couple Merkel-Sarkozy pour que l’Union européenne ne plonge pas dans l’austérité. Il n’en fût rien. François Hollande s’aligna sur les positions prises avant son arrivée à l’Elysée. Son manque d’initiative sur la scène européenne lui a coûté sa popularité. Il n’y avait que trop peu de distance entre son discours offensif du Bourget et son consentement à la rigueur budgétaire imposée par l’Allemagne à des économies pourtant déjà à bout de souffle. Ceci  ressembla fort bien à une sorte de renoncement tant Hollande apparaissait désarmé devant l’intransigeance de la chancelière allemande.

L’histoire présidentielle n’est pas terminée pour François Hollande. Peut-être même ne s’achèvera-t-elle pas dans quelques mois même si tous les pronostics prédisent au président une retraite rapide. Après tout, une élection n’est jamais jouée d’avance, ou alors il ne s’agit plus de démocratie. Mais si Hollande est candidat, la tâche pour lui sera bien rude. Plus question de chercher dans la finance un ennemi désigné et néanmoins rassembleur. Le président en exercice a également emprunté une voie sociale-démocrate dont le candidat saura difficilement se défaire pour contenter un électorat de gauche en quête de repères socialistes. Par contre, rien n’empêche à ce que Hollande candidat soit bien plus incisif que le président qu’il est à propos de l’Europe, en proposant pourquoi pas une mutualisation des dettes souveraines et une véritable politique sociale à l’échelle européenne. Le président de gauche qu’il ne fût pas dans son pays ne pourrait-il pas le devenir à l’échelle de l’Union européenne ? C’est peut-être du côté de l’Europe que le candidat Hollande trouvera son salut pour sa réélection.

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Le désormais candidat Emmanuel Macron et son programme social

Macron en marche vers l'Elysée

Emmanuel Macron est en marche depuis qu’il a démissionné du gouvernement. Peut-être était-il déjà en route vers une candidature à la prochaine présidentielle lorsqu’il était ministre par le bon vouloir du président actuel. Toujours est-il que l’ancien protégé de François Hollande s’apprête à entrer officiellement dans la prochaine course pour l’Elysée. La surprise n’est pas de taille, voire est-elle inexistante tant la démarche personnelle engagée par Macron ne laissait guère de place au doute quant à ses intentions présidentielles. Il lui restera à recueillir les parrainages nécessaires pour être en droit de se présenter devant les électeurs, ce qui vraisemblablement ne devrait pas lui poser de problème quoiqu’en disent certains…

Se déclarer candidat à une élection ne suffit pas à nourrir un projet politique. Emmanuel Macron pour l’instant a bénéficié d’une certaine popularité, tout du moins d’un intérêt du grand public, en jouant le rôle du nouveau-venu sur la scène présidentielle. Le calendrier lui était également profitable, entre la droite occupée par ses primaires et une gauche qui n’en finit pas de se diviser. Mais la représentation ne dure qu’un temps. L’heure du programme est venue. Comme tout candidat à une élection, même s’il prétend faire de la politique autrement, Emmanuel Macron n’échappe pas au difficile et bien souvent périlleux exercice consistant à faire des propositions.

Quelles sont-elles ces propositions de l’ex-ministre de l’économie pour la prochaine présidentielle de 2017 ? Pour l’instant, seul le volet social a été présenté par Emmanuel Macron, mais ses premiers dires en disent déjà suffisamment sur la nature de son projet. Tout d’abord, la flexibilité est au rendez-vous, en promettant de moduler la durée du temps de travail en fonction de l’âge du salarié. On se souvient de la charge d’Emmanuel Macron contre les 35 heures. Pour autant, il ne dit pas que lui, président, il les supprimera. Mais elles seront flexibles selon l’ancienneté du salarié. Autrement dit, avec Macron, les jeunes travailleront plus de 35 heures hebdomadairement tandis que les plus âgés disposeront d’une semaine horaire moins chargée. En soi, l’idée n’est pas mauvaise. Après tout, les nouveaux entrants sur le marché du travail ont pour eux l’énergie de leurs jeunes printemps. Pourquoi ne pas mobiliser plus cette force de travail et permettre ainsi aux salariés plus expérimentés de disposer d’un rythme professionnel plus conciliant avec des aspirations personnelles. Seulement voilà, le chômage  touche massivement les jeunes en France comme dans la plupart des pays européens. Une personne sur quatre âgée de moins de 25 ans est aujourd’hui sans emploi. Compte tenu de l’ampleur du phénomène, réduire la durée du temps de travail des salariés les plus âgés pour accroître celle des plus jeunes apparaît comme une mesure bien timide pour lutter contre le chômage de masse. Le volet social du programme de Macron ne semble guère être à la hauteur de la première préoccupation des français, à savoir une baisse conséquente du chômage.

Flexibilité d’un côté, nationalisation de l’autre, Emmanuel Macron se préparerait-il au grand écart ? Pas tant que cela. L’ancien locataire de Bercy souhaite en effet nationaliser le système d’assurance-chômage. Exit donc les partenaires sociaux qui aujourd’hui gèrent le versement des indemnités suite à un licenciement. A demi-mot, en voulant étatiser, Emmanuel Macron reconnaît que les partenaires sociaux sont responsables de l’endettement chronique de l’UNEDIC. Laissez donc faire l’Etat, il s’occupe de tout et fera certainement mieux ! Manifestement, le projet de Macron ne s’embarrasse guère du dialogue social qui existe à ce jour en France. Pas étonnant d’ailleurs que l’idée de nationaliser l’UNEDIC soit également défendue par Nicolas Sarkozy. On connaît le goût peu prononcé de l’ex-président pour le monde syndical. Ensuite, concernant le financement, sur cette proposition comme pour le reste Emmanuel Macron est très évasif. Il ne suffit pourtant pas que l’Etat gère à son tour l’assurance-chômage pour que miraculeusement les dettes et les déficits s’estompent. C’est surtout la réduction du chômage de longue durée et une reprise sensible du marché de l’emploi qui peuvent réduire significativement le coût de la prestation sociale. Sur ces deux points, Macron ne dit pas grand-chose…

L’ex-ministre de l’économie se présente volontiers aujourd’hui comme celui capable de révolutionner le paysage politique français, en dépassant le clivage gauche-droite pour être le candidat hors du commun. Il est vrai que la rhétorique antisystème connaît actuellement un certain succès, notamment outre-Atlantique. Pourtant, les premières propositions du désormais candidat Macron écornent l’image d’une révolution heureuse dont il se réclame le fer de lance. Au lieu de dépasser les partis dits traditionnels, Macron semble bien plus reprendre des idées défendues aussi bien à droite qu’à gauche. Dépasser n’est cependant pas réunir. On attendra encore un peu, après la divulgation des aspects économiques de son programme pour savoir si Emmanuel Macron est si révolutionnaire qu’il le prétend.

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Quand François Hollande fait valser Manuel Valls pour la prochaine présidentielle

Hollande et Valls pour la primaire socialiste

La nature a horreur du vide, dit-on. La vie politique aussi. Les incertitudes en matière d’intention politique ouvrent aussi les appétits et conduisent alors à des situations inédites. Nous vivons actuellement au somme de l’Etat une configuration des plus particulières dans l’exercice du pouvoir en France. Jamais en effet un Président de la République et son premier ministre du même bord politique n’ont autant été en compétition pour une prochaine présidentielle, alors même qu’aucune des deux têtes de l’exécutif ne se soit déclarée à ce jour candidat. Il y a bien eu par le passé des associations plus que tendues entre l’Elysée et Matignon bien que les locataires respectifs soient du même parti. On se souvient du tandem Mitterrand-Rocard qui ressembla bien plus à une cohabitation qu’à une collaboration.

S’agissant du couple Hollande-Valls, celui-ci s’est construit sur de bonnes bases. Le premier ministre fût l’un des artisans de la victoire du Président actuel, lui apportant sans ambigüité tout son soutien le soir du premier tour des primaires de 2011 et s’engageant sans retenue derrière Hollande lors de la campagne qui suivit. Manifestement, pour ce qui est des relations humaines, plus particulièrement politiques, de bonnes fondations ne garantissent pas la pérennité de l’édifice. Le duo Hollande-Valls montrait une certaine solidité devant l’adversité. Mais les dernières confidences du Président de la République rendues publiques ont ébranlé la sérénité qui s’était installée au sommet de l’Etat. Manuel Valls n’a pas apprécié le livre Un président ne devrait pas dire ça, dans lequel François Hollande s’est livré si ouvertement qu’il a fini pas écorner la fonction présidentielle. On peut comprendre que Valls s’insurge, mais sur la forme sa réaction à quelques mois de la prochaine présidentielle laisse planer quelques doutes. Valls mécontent pouvait très bien faire part de sa désapprobation au chef de l’Etat dans le secret de l’Elysée. Mais il a préféré la petite phrase qui souvent en dit bien plus que son contenu…

François Hollande annoncera prochainement s’il est ou non candidat à sa propre succession. Le calendrier des primaires socialistes lui permet d’être encore aujourd’hui maître de la situation préélectorale. On se doute que si le parti socialiste a choisi janvier 2017 pour l’investiture de son candidat, c’est pour se conformer au rythme élyséen et pourquoi pas sur ordre du Président lui-même. Sur ce point, Hollande ne s’est pas confessé. Toujours est-il que le couple Hollande-Valls désormais n’échappe plus au malaise que crée l’usure du pouvoir et malgré tout l’envie pour chacun des protagonistes de s’y maintenir. Difficile donc de dire quelle sera la fin de ce tandem. Néanmoins, on imagine fort bien que le premier ministre actuel se verrait bien à terme exercer le pouvoir dans un autre fauteuil qui est le sien aujourd’hui. Reste pour lui à savoir quand s’engager officiellement pour l’accession à l’Elysée.

2017 peut aussi bien être une opportunité qu’un piège pour Valls. Participant aux primaires sans les emporter, il peut ensuite se positionner comme le prochain chef d’opposition en vue des présidentielles de 2022. Mais pour cela, encore faut-il qu’il réalise un score conséquent afin de rassembler ensuite la gauche autour de sa personne. Son score de 2011 n’y suffirait pas. Ou bien alors Manuel Valls gagne les primaires, profitant d’une division des voix avec la candidature simultanée de François Hollande. Ragaillardi par cette victoire, la chute pourrait cependant être d’autant plus brutale le soir d’un premier tour des présidentielles que l’on annonce crépusculaire pour les socialistes. Il n’est certes pas impossible de renaître de ses cendres. Mais en politique, il est des défaites historiques qui vous colle à la peau. Y aller ou pas, voilà bien Manuel Valls entraîné dans quelques pas d’une danse politique dont le meneur reste encore aujourd’hui François Hollande.

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Quand François Hollande se perd dans la synthèse au lieu de rassembler

Holllande, la synthèse, le rassemblement

En 1967, Georges Pompidou alors Premier ministre déclarait que la France serait au bord de la révolution si plus de 500 000 personnes se trouveraient sans emploi. Cinquante plus tard, la société française n’a pas eu à connaître de renversement révolutionnaire même si le nombre de chômeurs est aujourd’hui bien supérieur au seuil crépusculaire annoncé par Pompidou. Y’a-t-il donc comme une sorte de fatalité qui pousse les esprits à la résignation à propos du chômage ? En 1993, le président François Mitterrand semblait rendre les armes sur le sujet, en affirmant que l’on avait tout essayé. Fin de l’histoire. Le modèle français comme dans d’autres pays dits riches intègrerait le fait qu’une part importante de la population soit sans activité. Le fatalisme pourtant est un bien piètre conseiller, et la politique sert justement à refuser les déterminismes, à ne pas considérer que tout est joué d’avance, pire à sombrer dans le renoncement. Tout a peut-être été essayé comme le disait François Mitterrand, cela n’empêche pas de réessayer dans des formes différentes. En matière de lutte contre le chômage, les recettes ne sont pas non plus multiples.

Les façons de dynamiser l’emploi sont un marqueur clivant entre gauche et droite. D’ordinaire, à gauche on vise plutôt la sécurité des salariés, à droite la flexibilité du travail. Mais notre époque politique est singulière, traversée par deux tendances politiques de fond, avec d’une part la poussée des extrêmes à droite, d’autre part le centrisme. C’est surtout cette seconde direction qui a permis l’émergence de la flexisécurité censée être la solution au problème du chômage, en conciliant sécurité et flexibilité sur le marché du travail. Les promoteurs de cette idée la présente comme gagnante pour les deux parties concernées, les salariés et les employeurs, et ainsi ce gain mutuel permettrait des assouplissements en termes d’offres et de demandes d’emploi bénéfiques aux personnes en recherche d’activité professionnelle. A l’inverse, ceux qui s’opposent à la flexisécurité la considère comme une voie profitant exclusivement aux entreprises en leur permettant de pouvoir licencier plus aisément. L’équilibre entre salariés et employeurs promis en synthétisant sécurité et flexibilité serait un leurre. La loi El Khomri ne leur a pas donné tort. La partie sécurité du dispositif est passée presque inaperçue car bien trop générale par rapport aux mesures précises en faveur d’une plus grande souplesse du marché du travail, notamment à propos des licenciements. Il ne manquait plus que la loi soit portée par le pouvoir de gauche en place pour que les pistes soient définitivement brouillées.

La synthèse est un art bien difficile en politique. Elle suppose de renoncer à une partie de ses convictions pour en accepter d’autres qui à l’origine ne sont pas les siennes. Elle est cependant indispensable pour celle ou celui qui prétend prendre la tête d’un parti politique. Les courants y sont en effet nombreux, il ne faudrait pas que tout cela déborde jusqu’à créer des scissions, des ruptures. François Hollande a très bien su faire cela en tant que secrétaire national du parti socialiste durant une décennie. Une fois devenue président de la République, il pensait manifestement pouvoir conserver la même méthode. Mais la tête de l’Etat exige plus le rassemblement que la synthèse, autour d’un projet clair et précis. Sur le chômage avec entre autres la loi El Kohmri, comme sur le reste, François Hollande s’est perdu à synthétiser plutôt qu’à rassembler.

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« Un président ne devrait pas dire çà… », ou quand François Hollande peut-être solde ses comptes

Hollande et le président qui ne devrait pas dire ça

« Un président ne devrait pas dire çà… ». On pourrait prendre au pied de la lettre le titre du livre dans lequel François Hollande se confie et se demander quelle mouche à bien pu piquer le président actuel pour se livrer de la sorte dans cet ouvrage. On connaît le goût de Hollande pour la confidence et les rapports particuliers qu’il peut entretenir avec la presse. Ce n’est pas la première fois qu’il s’exécute devant des journalistes en ouvrant son intimité. Ce n’est pas non plus le premier homme politique à pratiquer ainsi. L’épanchement public est un moment politique parmi d’autres. Mais ce qui est nouveau, c’est qu’il est désormais pratiqué alors même que l’intéressé est en fonction. Par le passé, les confidences venaient se glisser dans des mémoires écrites à la suite d’un long parcours au service de l’Etat. Dorénavant, elles n’attendent plus. Il faut écrire ou faire écrire de suite, avant même que le pouvoir soit rendu, comme s’il fallait battre le fer pendant qu’il est encore chaud. La vie politique elle non plus n’a pas échappé à cet air du temps qui veut que tout soit immédiat pour très vite passer ou penser à autre chose. Les livres politiques sont désormais plus des témoignages instantanés que des mémoires de fond puisqu’il n’est pas laissé le temps à leurs auteurs de les coucher sur le papier, ou alors ne le souhaitent-ils pas pour des considérations électoralistes, ce qui semble être le cas de François Hollande à quelques mois de la prochaine présidentielle.

Un président de la République commet toujours des erreurs durant son mandat. Certaines sont plus importantes que d’autres et compromettent un avenir politique. François Hollande comme ses prédécesseurs s’est trompé et cela n’a rien d’anormal. Mais qu’une erreur se répète, celle-ci prend très vite des allures de faute. En matière de communication, et l‘on sait l’importance de l’image en politique, le président socialiste se sera égaré depuis sa prise de fonction présidentielle. On se souvient qu’il se présenta comme un « président normal » une fois prises ses fonctions élyséennes. C’était une façon pour lui de rompre avec le style Sarkozy. Ce fut une bévue. Les français ne le comprirent pas. On ne peut imaginer qu’être Président de la République puisse être une fonction ordinaire, et les électeurs ne le souhaitent pas. Etre chef de l’Etat exige des qualités exceptionnelles et la normalité ne peut satisfaire cette exigence. La présidence de la République requiert une stature unique chez celle ou celui qui la représente. Mitterrand l’avait, Chirac un peu moins peut-être. Il n’est pas étonnant que Juppé actuellement en pleine course des primaires déclare aujourd’hui une certaine admiration pour le premier et l’on sait la fidélité qui fût la sienne à l’égard du second. Lui qui n’est pourtant pas le plus à l’aise avec la communication a compris que la République fonctionne aussi avec des symboles, et la présidence en est un des plus illustres. François Hollande lui se perd toujours dans ses errances communicantes. Une fois encore il avance en « président normal » avec le dernier livre confidence dont il est le héros, mettant au passage très mal à l’aise son camp politique à quelques mois d’une campagne présidentielle qui comme toujours sera très rude. L’exercice a de quoi surprendre. On comprend mal pourquoi François Hollande pratique de la sorte, notamment lorsqu’à longueur de pages il fait part de convictions qui sont à l’opposé de ce que fût son action à la tête de l’exécutif, comme à propos de la déchéance de nationalité. Le procédé est pour le moins surprenant chez celui qui peut-être bientôt se déclarera candidat. A moins qu’il s’agisse d’un livre pour solde de tout compte…

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Quand Nicolas Sarkozy se prend pour le Général De Gaulle à propos du référendum

Sarkozy et de Gaulle avec le référendum

La vie politique s’anime avec de nouvelles têtes émergentes ou lorsque des idées neuves s’imposent dans le débat. Parfois une candidature inattendue fait sensation lors d’une élection, quand une personnalité jusqu’alors inconnue dans le paysage politique récolte un grand nombre de voix, bénéficiant d’une sorte de prime à la nouveauté auprès de l’électorat. Les soirs de premier tour ont souvent vu l’avènement d’un troisième homme, celui ou celle que l’on n’attendait pas à ce niveau, celui ou celle propulsé au centre de l’arène politique une fois devenu faiseur de roi avec ses voix reportables pour le second tour. Pour autant, les vieilles méthodes en politique aussi font réagir, surtout quand il s’agit de ficelles bien usées. Il est vrai que le risque de redite, de répétition, est d’autant plus élevé que l’on est engagé politiquement depuis longtemps. On peut aussi être fidèle à ses idées, tout comme se faire écho à soi-même dans le temps, en maintenant une ligne de conduite invariante quelle que soit la saison politique. Mais il est des rengaines qui traversent les débats, passant d’une campagne à l’autre, comme la proposition de Nicolas Sarkozy sur l’organisation de référendums juste après les présidentielles.

Le patron du parti Les Républicains se présente volontiers comme le parangon d’une France forte. Manifestement, ses idées n’ont pas la force de ce qu’il prétend représenter. En 2007, Nicolas Sarkozy  raillait son adversaire Ségolène Royal à propos de la démocratie participative que la candidate socialiste défendait, lui reprochant de céder à la démagogie et de minorer la responsabilité du pouvoir politique en sollicitant régulièrement l’avis des français. Cinq ans plus tard, en 2012, puis à nouveau aujourd’hui, Nicolas Sarkozy trouve dans le référendum des vertus qui manifestement lui avait totalement échappé quelques années plus tôt. Il n’est certes pas interdit de changer d’opinion.  Mais la façon à laquelle Nicolas Sarkozy a transformé les discours en antienne pro-référendaire laisse à penser que derrière tout cela se joue un coup électoraliste pour capter un électorat de moins en moins attentif à son égard.

Le référendum est une forme d’exercice démocratique, au même titre que la représentation nationale au sein des assemblées parlementaires. Néanmoins, la manière est une chose, la matière en est une autre. Il ne faudrait pas que la méthode efface le fond. Les questions que s’apprête à poser Nicolas Sarkozy aux français s’il était élu sont de deux ordres : oui ou non concernant le regroupement familial à propos des personnes immigrées, pour ou contre la rétention des individus fichés S par les services de renseignement. Autant dire que la première question reflète bien le réflexe identitaire désormais au cœur de la campagne de Sarkozy pour récupérer à son profit une partie des voix du Front National. Quant à la seconde, elle illustre assez bien l’empressement d’un ex-président de la République à sortir du cadre institutionnel qui garantit pourtant le fonctionnement de la justice en France. Les référendums témoignent ainsi de l’envergure de ceux qui en font usage selon la nature de la question posée. Le général De Gaulle à plusieurs reprises appela les français à se prononcer, en 1958 à propos de la Constitution, en 1961 sur l’autodétermination en Algérie pour ouvrir la voie vers la fin du conflit, en 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat pour lesquelles le premier président de la Vème République mit sa carrière en jeu. On connaît la suite. Toujours est-il que De Gaulle questionna les français sur des sujets essentiels engageant le pays, et non pas sur des thèmes clivant la population. Nicolas Sarkozy s’affirme volontiers comme un héritier du général De Gaulle en proposant des référendums. Au vu des questions qui l’animent, ce serait là bien plus un emprunt qu’un héritage.

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Ras-le-bol fiscal et retenue à la source, le faible bilan de François Hollande

Le ras le bol fiscal

François Hollande avait promis lors de sa campagne en 2012 une réforme fiscale d’ampleur en France. Son engagement ne sera pas tenu d’ici le prochain scrutin de 2017. Le candidat Hollande proposait de  fusionner la Contribution Sociale Généralisée (CSG) avec l’impôt sur le revenu, ceci permettant plus de simplification mais aussi plus de progressivité au niveau de la fiscalité des particuliers. En effet, la CSG, créée par la Loi de finances de 1991, a toujours été assise sur les salaires selon l’application d’un taux. Elle est une contribution dont la proportionnalité est identique quel que soit le niveau de rémunération, contrairement à la progressivité de l’impôt sur le revenu avec une imposition qui est d’autant moins élevée que les revenus sont faibles et inversement. La CSG étant ainsi moins juste que l’impôt sur le revenu, sa fusion aurait abouti à plus de justice fiscale.

En matière de réforme de la fiscalité, il faudra se contenter pour ce mandat du prélèvement à la source concernant l’impôt sur le revenu. C’est certes un changement qui n’est pas sans conséquence pour tous les contribuables, encore que beaucoup sont déjà mensualisés. Mais la réforme est seulement technique puisqu’elle porte sur la façon de prélever l’impôt. Pas de révolution fiscale à l’horizon ! Il y aura bien-sûr une année de revenu qui ne sera jamais fiscalisée, 2017 puisque la retenue à la source sera effective à compter du 1er janvier 2018. Mais loin de là l’idée que cette année dite « blanche » permettra d’échapper à l’impôt. Beaucoup de choses ont été dites à ce propos, les commentaires ont parfois frisé le phantasme. Le projet de Loi de finances pour 2017 pose désormais les règles à venir et confirme que la mesure ne change rien à la donne fiscale.

Hollande aura également déçu sur la question fiscale. Les réformes auront surtout visé les entreprises, avec le CICE. Très vite, le « ral-le-bol fiscal » s’est fait sentir chez les particuliers. En plus d’avoir manqué d’ambition, l’exécutif s’est mis à dos le contribuable lambda avec une hausse conséquente des prélèvements obligatoires à partir de 2012. Le projet de budget 2017 prévoit néanmoins une réduction de la facture fiscale des classes moyennes. On peut toujours se poser la question sur le choix du moment. A un an des prochaines échéances présidentielles, il n’est pas interdit de penser qu’il y a là un calcul électoraliste. Mais il n’est pas défendu non plus de croire qu’après des années de rigueur fiscale soit redistribué du pouvoir d’achat au travers d’allègements fiscaux afin de conforter une tendance à la reprise économique. La question sera bientôt tranchée dans les urnes.

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Sarkozy et Hollande dos à dos sur le chômage et la compétitivité en France, le Front national en embuscade

Sarkozy et Hollande contre le chômage

François Hollande aura mené durant son mandat une politique de l’offre. Sa ligne économique a en effet consisté à mettre à contribution les pouvoirs publics pour un allègement des charges des entreprises, de façon à rendre celles-ci plus compétitives vis-à-vis de l’étranger et les inciter à embaucher en diminuant le coût du travail. Le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) a été créé en ce sens, en allégeant les frais salariaux en France sur base d’une réduction d’impôt. C’est ainsi presque 20 milliards d’euros qui chaque année sont désormais reversés aux entreprises. Le chômage a-t-il ainsi baissé et la France est-elle devenue plus compétitive sur la scène internationale ? Les derniers chiffres livrés par Pôle Emploi au titre d’août 2016 font état d’une  hausse de 50 000 demandeurs d’emploi dans la catégorie A, soit sur l’un mois les plus catastrophique du mandat de François Hollande. Autant dire que le CICE a du plomb dans l’aile. Certes, s’agissant des données concernant août, un effet saisonnier peut biaiser la tendance de fond. Il s’agit en effet d’un mois caractérisé par une entrée massive de jeunes demandeurs d’emploi juste compte tenu de la fin d’une période scolaire, en attendant que les sollicitations de poste auprès des entrepreneurs produisent leurs effets. Mais tout de même, Pôle emploi une fois encore douche très froidement l’exécutif en place et ses chiffres confirment l’impasse politique actuelle à propos du chômage. François Hollande n’en a pas moins conditionné sa candidature aux prochaines présidentielles à l’inversion de la courbe du chômage. Reconnaissons que sa démarche dégageait un certain panache. Mais cela ne suffit pas pour emmener l’économie avec soi sur des chemins plus prometteurs.

A quelques mois de la fin du mandat de François Hollande, il est déjà possible de tirer un premier bilan de son action contre le chômage. Sauf surprise de dernière minute qui voudrait que l’activité économique s’emballe brutalement en 2017, ce que ne dit aucune projection sur le sujet tant en France qu’à l’étranger, le nombre de chômeurs aura augmenté d’un peu plus de 600 000 personnes depuis 2012. Autant dire que le bilan est mauvais, mais ne l’est pas plus, voire un peu moins que celui de Nicolas Sarkozy qui a vu le chômage s’accroître d’un peu plus de 780 000 personnes en cinq ans, ce que la droite au passage omet de signaler actuellement dans le débat des primaires. On peut toujours dire que le mandat de Sarkozy a été traversé par la plus grave crise financière et économique de l’après-guerre. Mais il est tout aussi possible de répondre que c’est Hollande qui en a connu les effets. Voilà bien de quoi renvoyer dos à dos les deux prétendants à l’Elysée.

En matière de compétitivité de la France à l’égard du reste du monde, ni droite ni gauche ne font non plus la différence. L’économie française n’est certainement pas moins compétitive aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a 5 ans. Mais elle ne l’est pas plus avec le CICE. Le solde extérieur français reste déficitaire, autour de 24 milliards d’euros au titre de l’année 2015. Pourtant, nous nous trouvons actuellement dans ce que l’on désigne comme l’alignement des planètes, avec un euro faible favorable aux exportations, des cours du pétrole au plancher réduisant d’autant la facture énergétique, des taux d’intérêts historiquement bas propices à l’investissement. Mais rien n’y fait. La France ne vend pas plus aujourd’hui au reste du monde que par le passé.

Les candidats aux primaires de droite ont bien-sûr des solutions pour qu’il en soit différent dans un avenir très proche. A gauche aussi des voix se font entendre sur le sujet, partagés entre ouverture à l’internationale et quelques appétences protectionnistes. Mais pour l’essentiel, rien de nouveau sous le soleil. Sur ce sujet, comme pour bien d’autres, les débats sont stériles. Il est pourtant urgent qu’à gauche comme à droite un projet soit dessiné à propos de l’emploi et de la compétitivité en France. Le Front National en effet est en embuscade.

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Quand l’UNEDIC s’invite dans la campagne présidentielle en annonçant une hausse du chômage en 2017

Hollande et l'inversion de la courbe du chômage

François Hollande a fait de l’inversion de la courbe du chômage l’enjeu principal de son mandat et la condition de sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Alors que les chiffres de l’emploi concernant 2016 tendent à confirmer, certes dans des proportions modestes, que le président a atteint son objectif, l’UNEDIC vient de doucher froidement toute autopromotion élyséenne sur le sujet. L’association en charge de la gestion de l’assurance-chômage vient d’annoncer que le chômage repartira à la hausse en 2017. Il s’agit là bien-sûr d’une prévision, en conséquence la prudence est de mise. Des réactions se sont d’ailleurs fait entendre, notamment du côté de l’OFCE, sur une estimation jugée trop pessimiste des perspectives d’emploi par l’UNEDIC. La prévision n’étant pas une science exacte, le débat n’est jamais très loin. De plus, dans un environnement économique où l’évolution du chômage est très sensible à toute variation du PIB, aussi minime soit-elle, difficile de dégager une tendance de fond qui fasse consensus auprès des experts. Mais là n’est pas la question, ce n’est pas d’expertise consensuelle dont a besoin François Hollande, mais de crédibilité pour asseoir avec force sa prochaine candidature.

Le message de l’UNEDIC, contestable ou pas sur un plan prévisionnel, n’apporte pas d’eau au moulin du président actuel. Les chiffres bien souvent s’effacent devant le sentiment de l’opinion publique, sentiment qui se nourrit plus facilement d’annonces que de statistiques. La communication de l’UNEDIC risque fort bien de peser dans l’esprit collectif en laissant l’image d’un président qui a échoué sur le front du chômage même si, rappelons-le, les évolutions des derniers mois démontrent le contraire. Parler de réussite à ce propos serait certainement exagéré, mais accuser François Hollande d’avoir échoué serait totalement inapproprié.

Il est fort à penser que bientôt le président laissera la place au candidat pour entrer dans la campagne à venir. Espérons que son entrée élèvera le niveau des débats actuels pour le moins englués dans des palabres sécuritaires et identitaires. Il est urgent de parler du chômage et de ses causes. Au-delà des prévisions de l’UNEDIC, il est intéressant de comprendre ce qui explique que l’emploi peine à progresser durablement en France. Il y a bien-sûr des phénomènes conjoncturels qui pénalisent le travail, comme le Brexit actuellement en créant un climat d’inquiétude défavorable au dynamisme économique. Mais ce qui relève de la conjoncture par définition n’explique pas le chômage structurel. L’économie française structurellement ne produit pas suffisamment d’emplois pour que soient absorbées chaque année toutes les entrées dans la population active. Le dynamisme démographique de la France des dernières décennies peine à se transformer en emploi. Ce constat met surtout en lumière la nécessité pour notre économie à s’adapter, à évoluer, à innover. Autant d’enjeux fondamentaux, qui conditionnent le vivre-ensemble, et pourtant à mille lieux des propositions et autres considérations qui cristallisent actuellement le débat public.

La route est encore longue avant l’élection présidentielle, les discours peuvent évoluer. Mais concernant la droite il est permis d’en douter. Sarkozy a décidé d’emmener son camp sur le chemin identitaire, en défendant la vision d’une France profondément enracinée mais aussi implicitement exclusive. Peut-être se perdra-t-il en route. Quant à François Hollande, on se doute qu’il rejoindra prochainement la compétition élyséenne, même s’il faut attendre fin janvier 2017 le résultat des primaires socialistes pour en avoir confirmation. Gageons tout de même que son entrée dans la campagne fasse évoluer le débat sur la faculté de notre société à trouver une place à tous au sein de la population active, au lieu de chercher des arguments pour exclure. Il est aussi permis d’espérer encore avec la gauche.

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L’erreur de François Hollande à propos d’Emmanuel Macron

Macron, En marche, Hollande et les présidentielles de 2017

Emmanuel Macron est en marche. Vers quelle direction ? On ne le sait pas. L’ex-ministre de l’économie ne s’est pas déclaré à ce jour candidat pour la prochaine présidentielle. On ne connaît pour l’instant que le point de départ de son itinéraire proclamé : sa sortie à peine mise en scène de Bercy. Et désormais, il marche, parcourant la France, à la rencontre des françaises et des français nous dit son entourage selon la formule consacrée, pour les écouter nous précise ses proches, pour faire campagne murmure d’autres…Il ne fait guère de doute qu’Emmanuel Macron se présentera aux prochaines élections présidentielles. L’ex-locataire de Bercy s’est suffisamment engagé dans cette voie pour que son absence en 2017 de la compétition élyséenne soit désormais considérée comme une énorme surprise. « Un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule »nous avait dit en son temps Jean-Pierre Chevènement, démissionnaire par trois fois du gouvernement. Un ministre ça démissionne également pour prendre définitivement son envol politique en pensant qu’il est temps de réaliser un destin personnel. Dans une perspective freudienne, on pourrait dire qu’un ministre ça démissionne aussi pour assassiner le père, celui qui vous a fait prince mais dont seule la disparation vous permettra d’accéder aux fonctions suprêmes.

L’histoire entre François Hollande et Emmanuel Macron est un classique de la scène politique. On y trouve la séduction, l’ambition, la trahison. Tout débute avec un jeune conseiller fringuant et très talentueux qui s’attire les bonnes grâces du président jusqu’à lui être très proche. Les deux hommes forment alors un couple au sommet du pouvoir que beaucoup observent, avec admiration, parfois jalousement. Ce couple pourtant ne peut survivre que si perdure le rapport dominant, dominé, sur lequel il est fondé. Le roi en effet fait prince celui qui l’aidera dans l’exercice de son pouvoir tout en le contrôlant, le laissant à distance en l’autorisant à être à ses côtés. Il faut savoir donner pour mieux recevoir dit-on. La relation entre le roi et le prince fonctionne sur ce principe. Mais quelque fois le second cherche à conserver ce que le premier lui a donné. C’est à cet instant que se joue la survie du couple. Soit le roi réagit très vite et tue dans l’œuf toute velléité d’indépendance, soit il laisse au prince plus d’autonomie en pensant mieux le maîtriser encore. Ou il échoue, et la rupture devient la seule issue possible.

François Hollande a échoué à propos d’Emmanuel Macron. Cet éche1818c s’est nourri de plusieurs erreurs successives. La plus importante n’est pas d’avoir ouvert à son jeune conseiller les portes de Bercy, mais de lui avoir laissé la capacité de les refermer derrière lui quand il le souhaitait. C’est Emmanuel Macron qui a rompu le couple qu’il formait avec François Hollande en arrêtant le moment de son départ. Le prince ainsi prît l’ascendant sur le roi une fois qu’il décida de ne plus le servir. En s’éloignant du pouvoir, il en gagna. Reste à savoir maintenant qu’elles seront les effets de cette rupture pour François Hollande. Les prochaines présidentielles de 2017 nous le diront.

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Présidentielles 2017 : Hollande et Sarkozy face à face par primaires interposées

Sarkozy contre Hollande pour les présidentielles 2017

Les primaires à venir pour la prochaine élection présidentielle en France seront inédites aussi bien à gauche comme à droite. Même si en 2006, puis en 2011, les socialistes organisèrent ce mode de sélection pour désigner leur candidat, ils se trouvent cette fois-ci dans une configuration nouvelle. Pour la première fois, un président en exercice au moment de l’investiture se soumettra très probablement au vote des militantes et autres sensibilités de gauche. Pour la droite, la situation est également inédite avec un ex-président qui s’est déclaré dernièrement candidat à l’investiture. Ainsi, par primaires interposées, le duel Hollande-Sarkozy est à nouveau en marche, mais pendant combien de temps. La perspective d’un affrontement des deux hommes au second tour des présidentielles apparaît aujourd’hui peu probable. Même si rien n’est jamais joué d’avance, force est de constater que le Front National passera très certainement le premier tour. Cette perspective rend donc les primaires encore plus importantes qu’elles ne l’ont été par le passé.

Au sein des partis politiques, c’est d’ores et déjà le 1er tour des présidentielles qui se joue avant l’heure officielle. Il n’y a qu’à voir l’énergie, l’activisme, voire une certaine forme de frénétisme, développés par Nicolas Sarkozy depuis plusieurs mois, avant même de s’être déclaré officiellement candidat aux primaires de droite. François Hollande lui non plus n’est pas en reste. Il est déjà en campagne, différemment bien-sûr. Sa fonction présidentielle exige de lui une certaine réserve et son tempérament n’est pas celui de son principal adversaire. Hollande mesuré, certains diront mollasson, n’en est pas moins redoutable dès lors qu’il est en campagne électorale, tout comme l’est Sarkozy. Tous deux appartiennent à cette trempe d’homme politique aux ressources inépuisables pour la conquête du pouvoir, à la manière de Chirac et de Mitterrand, inusables dans l’effort et franchissant allègrement les cotes d’impopularité exprimées par les sondages. Il dégage alors une force sans pareille d’autant plus regrettable ensuite lorsqu’elle s’épuise une fois les portes de l’Elysée franchies. Quel gouffre entre le candidat et le président ! Certes, la fonction présidentielle n’est pas une partie de campagne, le projet doit devenir réalité. Mais tout de même, très vite on ne reconnaît plus le candidat que l’on a connu et parfois tant soutenu une fois celui-ci devenu président. Sarkozy a bien tenté au début de son mandat de rester le ministre hyperactif qu’il était et avait séduit la majorité des français. Cela n’a pas duré. Hollande quant à lui a essayé d’endosser les habits du président tout en restant « normal ». Cela n’a pas fonctionné. Tous deux sont devenus très rapidement méconnaissables, créant un malaise dans leur propre camp politique. Le pouvoir transforme les hommes qui le conquièrent mais ne le possèdent pas…

En novembre, nous connaîtrons le ou la candidate du parti Les Républicains à la présidentielle. Pour les socialistes, ce sera fin janvier 2017. Les états-majors fourbissent leurs armes. Ils sont surtout nombreux puisque plusieurs personnes sont candidates à la candidature. Et dire qu’une fois ces primaires terminées, l’union doit être de mise autour du vainqueur ! On peine à imaginer celle-ci tant l’exercice des primaires exacerbe les divisions au sein d’un parti. Ségolène Royal et Martine Aubry ne s’en sont pas encore totalement remises aujourd’hui. La première a depuis abandonné toute ambition présidentielle, tandis que la maire de Lille semble perdue dans une gauche contestataire qu’elle ne maîtrise guère. Gagner les primaires ne suffit pas à faire le ou la meilleure candidate, encore faut-il être capable non pas de rassembler autour de soi, mais de recoller les morceaux une fois terminé le scrutin interne. François Hollande a très bien su faire lorsqu’il a été investi par les militants et autres sensibilités de gauche. Il faut dire que l’homme avait une grande expérience du consensus après une décennie passée à la tête du Parti socialiste en tant que Secrétaire national. Nicolas Sarkozy lui, n’avait pas été contraint par ce délicat exercice de pacification au sein de son parti puisqu’il était le seul candidat à l’investiture lors des primaires organisées en 2007 par l’UMP. La donne est totalement différente aujourd’hui. Le parti Les Républicains aligne huit candidats sur la ligne de départ : Sarkozy, Juppé, Fillon, Kosciusko-Morizet, Le Maire, Copé, Mariton, Poisson. Rien que cela ! Bon courage à l’heureux ou l’heureuse élue pour rassembler ensuite. Bien-sûr, certains se rallieront très vite au candidat investi en visant un poste ministériel. Manuel Valls l’a très bien fait en son temps lorsqu’il apporta son soutien à François Hollande dès le soir du premier tour des primaires socialistes de 2011, on connaît la suite…Le nombre de compétiteurs socialistes pour le palais élyséen n’est pas définitivement établi à ce jour. Son locataire actuel ne sait pas encore déclaré au sujet de sa propre succession. Toujours est-il que pour François Hollande, les choses aussi ont bien changé depuis 2011. Le changement qu’il a promis tout au long de sa précédente campagne électorale est désormais un bilan. Et comme tout bilan en politique, bon ou mauvais, il s’agit bien souvent d’un boulet à porter pour tout candidat en fonction avant l’élection. Sauf que dans le cas de Hollande, compte tenu que les primaires ajoutent deux scrutins au processus électif pour la présidentielle, le boulet sera à traîner plus souvent, le rendant ainsi d’autant plus lourd.

Sarkozy contre Hollande prochainement dans vos bureaux de vote ? Peut-être. Rien n’est impossible avant que l’élection n’ait eu lieu, sinon il n’est plus question de démocratie. Ce que l’on sait déjà, c’est que ni l’un ni l’autre ne fait aujourd’hui l’unanimité dans son parti. Demain, les primaires nous diront s’ils disposent encore d’une majorité dans leur propre camp.

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